Incendies récurrents à travers le pays : à quand la fin de cette série noire ?

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Que voilà une question à réponse facile ! Même Toto, catalogué comme étant  le prototype de celui que l’on ‘’colle‘‘ aisément, pour son supposé faible quotient intellectuel y répond allègrement : le jour qu’on cessera de mettre du feu !

En effet, pour qu’il y ait incendie, il faut qu’il y ait du feu au préalable. Dès lors que celui-ci est allumé, il n’y a rien à faire, l’incendie se déclare. C’est aussi simple que ça. C’est un principe bien connu. Aucune magie n’interfère !

L’incendie est toujours précédé par un feu, si petit soit-il au départ, à l’échelle d’une simple braise ou même d’une étincelle. Les deux termes sont si proches qu’ils sont comme synonymes. Ils se confondent au point d’être comme interchangeables. Parler de l’un, sous-entend l’autre.

Pour nous en convaincre, empruntons plutôt aux formateurs en lutte contre l’incendie, de la protection civile et des pétroliers, ces quelques définitions : « le feu est un dégagement simultané de flamme, de lumière et de chaleur produit par la combustion vive de certains corps » et «  l’incendie est un grand feu qui survient généralement de façon accidentelle et qu’on a du mal à maîtriser. »

C’est l’ensemble des dispositions destinées à éviter, diminuer, combattre les incendies et leurs dégâts et à protéger les hommes et leurs biens qui sont développées à l’intention des nouveaux membres de ces corporations dans un module intitulé : sécurité incendie.

D’autre part, chez les pétroliers, on apprend à tous les personnels, notamment les chauffeurs de camions citernes que pour provoquer du feu, il faut réunir les trois éléments constitutifs du triangle du même nom, à savoir: le combustible (le produit inflammable transporté : essence, gasoil…), le comburant (l’air ambiant) et la source d’énergie ou de chaleur (flamme nue, étincelle, point chaud…)

On leur apprend également qu’il y a quatre classes de feux :

Classe A: feux de matière solide. Ex. bois, papier, textile etc.

Classe B: feux liquides d’hydrocarbures et des solides liquéfiables.  ex. essence, gasoil, pétrole lampant, huile, graisse, alcool, vernis, peinture, pneus etc.

Classe  C: feux de gaz ex. méthane, butane, acétylène etc.

Classe  D: feux de métaux ex. aluminium, cuivre, zinc, étain, laiton etc.

Voici donc, sommairement décrite, la grande théorie liée à la compréhension des deux concepts, feu et incendie. C’est pour traduire l’environnement à risque dans lequel  nous  baignons tous, tant dans nos habitations qu’en dehors, pour nos activités quotidiennes. A tous ces niveaux, nous faisons usage d’utilitaires aussi nombreux que variés. Sans doute des choses très utiles dont nous ne pouvons nous passer. Mais, au demeurant, des choses qui brûlent toutes quand même, dès lors qu’on y met le feu. Et nous avons tous vécu ainsi, sans trop y penser, jusqu’à cette époque fatidique qui nous réveille en sursaut, du fait de son horreur et surtout de la régularité dantesque de sa survenue. Les incidents sont devenus quotidiens et ils frappent tous les genres, tous les lieux et dans tous les sens. Et le pire, c’est que leur origine n’est pas toujours connue et les moyens pour les contrer ne sont pas à la hauteur des attentes.

Les incendies sont en général, de deux ordres : accidentels  ou criminels. Nous n’aborderons ici que  le premier aspect. Le  second, portant sur le côté criminel est géré par des structures autres, en général peu loquaces et dont on attend encore impatiemment, au moins un début d’explications par rapport à tout ce qui se passe depuis ce début d’année.

Les incendies domestiques accidentels

Ils surviennent dans les lieux d’habitation (cases, maisons). Nous avons une longue liste de facteurs déclenchant: la bougie que l’on cite de moins en moins, grâce à l’amélioration sensible des conditions d’éclairage dans les foyers ; l’installation électrique qui reste un problème entier avec la mauvaise qualité du matériel disponible sur le marché et l’incompétence ou le manque de scrupules des agents installateurs.

Les citoyens sont friands de ‘’bonne occasion’’ et de ‘’petit prix’’. Cela les conduit au marché où le ‘’Taiwan’’ est la règle.  Fils, disjoncteurs, interrupteurs, prises, boîtiers, coffrets, unipolaires…, tout est disponible, à bon prix. Ils achètent ces matériaux non homologués et les font monter par des électriciens à la compétence discutable, mais surtout à la conscience érodée parce que, indifférents aux conséquences futures de leurs actes. Après tout, ils ne cherchent que l’argent et ne jouent pas au conseiller, convaincus qu’ils sont, que le propriétaire ne les écoutera même pas, s’ils lui disaient de se procurer la bonne qualité, bien entendu, qui est plus chère.

C’est ainsi que ça fonctionne dans tous les compartiments de notre vie socio-économique. Les gens sont toujours tentés par le ‘’petit prix, petit délai’’, au détriment de la qualité et des rendez-vous étalés. En pareil cas, le risque d’incendie n’est guère éloigné, surtout la nuit, quand tout le monde dort. On branche de gros consommateurs sur des lignes qui ne peuvent pas supporter les charges imposées en continu. Voilà qu’il y a surchauffe, les fils brûlent, les équipements fondent et le feu se déclare peu de temps après, activé rapidement par les différents composants énumérés plus-haut dans ‘’le triangle du feu’’ et ‘’les classes de feu’’.

Les incendies accidentels de forêts et/ou plantations.

Là, nous avons à faire aux cultivateurs, aux chasseurs, aux adeptes de pique-nique, aux randonneurs ou aux fumeurs de passage. Pour l’un ou l’autre de ces cas, un feu est souvent allumé: feu précoce avant les cultures ; feu pour régénérer les pâturages ; feu pour encercler le gibier; feu pour camper, s’éclairer ou cuire des aliments. Il arrive que celui-ci provienne d’un simple mégot de cigarette jeté en bordure de route, du haut d’un camion de passage ou de la fenêtre baissée d’une voiture, en rase campagne. Le mégot incandescent, roulé par le vent, activé par l’air ambiant, se retrouve au milieu des herbes sèches et le reste suit. Nous avons par ce biais, un incendie aux proportions incroyables qui se développe, brûlant des centaines, voire des milliers d’hectares de forêts, sans témoin, ni auteur.

L’auteur involontaire d’une pareille calamité est bien souvent même, loin d’imaginer les conséquences que son geste a pu entrainer.

Les incendies accidentels provenant d’autres sources

C’est le cas dans les industries, dans des sites particuliers et dans une moindre mesure, la réparation automobile…. Un mauvais entretien, une mauvaise  manipulation et le coup est parti. L’explosion ou la flamme jaillit aussitôt!

Quelques pistes  de solutions pour faire face à ce fléau  

La première étape dans ce processus commence par la formation des populations. Elles doivent se familiariser aux comportements à risque en vue de les éviter et s’ils se manifestent, savoir adopter les bons comportements pour y faire face. Des cours de secourisme pour tout dire. En prévision des incidents, accidents et catastrophes pouvant survenir.

Les équipements de lutte contre l’incendie dans les domiciles, les lieux de travail et les lieux publics

En tout premier lieu, il s’agit de vulgariser l’usage des extincteurs. De former à leur utilisation et veiller à leur installation partout où un risque de feu est probable. Leur usage permet, dans bien des cas, d’éteindre un début d’incendie, tant dans le cadre d’une entreprise que dans celui de la vie domestique. Souvent il permet de limiter l’extension du feu et d’attendre ainsi la mise en action des moyens plus puissants, dont en premier lieu, les sapeurs pompiers.

Il est important de savoir que l’intervention en début d’incendie est plus efficace que si on attend qu’il soit beaucoup avancé.

Quelque soit le type d’extincteur, il existe deux familles d’appareils :

Les appareils à pression permanente et les appareils à pression auxiliaire (à percuter). Une simple casserole accompagnant un seau d’eau est très efficace pour les débuts d’incendie de classe A. On projette l’eau avec violence et par petites quantités à la base des flammes (feu solide).

Le sable et la terre peuvent servir à étouffer le feu, à endiguer des liquides combustibles enflammés répandus en flaques.

Les couvertures et linges mouillés sont de bons étouffoirs, particulièrement adaptés aux feux de vêtements. De même une calebasse, comme moyen de bord, peut servir à éteindre un feu de poêle dont l’huile trop chauffée flambe.

Les formateurs en lutte contre l’incendie insistent pour dire qu’on doit connaître les extincteurs que l’on peut avoir à utiliser. Ils ne doivent pas servir d’ornement et leur maniement devrait être aussi familier que l’emploi du téléphone.

Les grands outils de lutte contre  l’incendie

L’organisation et la mise en œuvre de ce secteur sont régies par les pouvoirs publics. Chez nous, c’est la Direction Générale de la Protection Civile qui assure ce rôle éminemment social. Avec l’intensification des incendies à Conakry et dans les villes de l’intérieur, le moins qu’on puisse dire est que ce service  est intensément sollicité. A quelque chose malheur est bon, dit-on souvent. En tout cas, cette situation a permis de comprendre les difficultés dans lesquelles il baigne au quotidien.

Un nombre de camions nettement insuffisant pour couvrir les besoins. La plupart de ceux qui existent ont une capacité de 3000 litres, ce qui sur le terrain, à pleine charge finit en cinq minutes, donnant l’impression aux citoyens présents sur les lieux de sinistre, que le camion est venu sans eau. D’où la frustration, la colère et parfois des scènes de rejet dues à l’incompréhension. A cela s’ajoute le manque d’eau dans les canalisations urbaines. Ce qui empêche de se réapprovisionner à partir des bouches d’incendie, certes difficiles d’accès, mais qui existent dans certains quartiers.

Pour compenser ce handicap, la rotation des véhicules disponibles sur de longues distances est nécessaire. Ce qui compromet les chances de lutter efficacement contre les incendies et crée un doute dans l’esprit des citoyens.  Le professionnalisme et la bonne foi des unités de sapeurs pompiers s’en trouvent, à tord, écornées.

A tous ces griefs, s’ajoute le déficit de communication qui fait que les informations correctes ne circulent pas efficacement entre les citoyens, victimes d’incendie et les sapeurs pompiers. Sans compter l’effet de quelques mauvais plaisantins qui donnent de fausses alertes et aussi les embouteillages qui causent de nombreux retards, les sirènes et gyrophares des pompiers n’arrivant pas à les surmonter.

Ainsi qu’on le voit, il reste encore beaucoup à faire pour garantir à chacun une assistance convenable en cas d’incendie en ville. Cette couverture n’étant pas optimum, que dire alors, quand il s’agit d’une intervention de plus grande envergure (feux de forêt, usines et grands immeubles). Il s’agit bien d’éventualités pouvant survenir à tout moment. Il faut s’y préparer dès maintenant.

La  vigilance doit être de mise

Quand on se comporte de façon responsable, on peut ne jamais avoir à faire aux sapeurs pompiers. Il suffit pour cela de ne pas provoquer d’incendie. Pour le réussir, il faut se prémunir de certains comportements à risque en amont, dans la maison, sur le lieu de travail ou en tout autre endroit où l’on séjourne.

Quant à combattre les incendies criminels, nous ne pouvons l’enseigner ici. Nous n’en avons pas les attributs et somme toute, la parade est difficile. Les criminels se cachent pour agir. Mais, l’expertise acquise et la vigilance en éveil peuvent nous permettre d’élucider plein d’affaires d’incendies au mystère bien enfoui dans les cendres des crimes commis.

Cela se voit bien ailleurs et pourquoi pas chez nous?