Interview : Le cri de cœur d’un artiste-bussinessman

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Artiste, danseur, chanteur et compositeur, il s’appelle Mamoudou Kaba ‘’le confirmé’’ pour les intimes. Il est le leader du groupe BCBG qui signifie ‘’Bon Conakryka, Bon guinéen’’

Mamoudou Kaba est le fils de feu Mamady et de Fatoumata Kantara. Il a fait ses études primaires entre la Guinée et la Côte d’Ivoire (Port Bouët et Dixinn centre1) pour ensuite continuer les études secondaires et le lycée à Donka. Il achèvera ses études supérieures à l’institut Gamal Abdel Nasser de Conakry, option Economie Finances.

Afin de parler et de se situer sur cet emblématique groupe de danses et de musique, Guineenews a rencontré Mamoudou Kaba alias ‘’Moud’’ au quartier Kipé dans la commune de Ratoma.

Dans cette interview et très relaxe, Mamoudou Kaba nous explique ses premiers pas dans la musique, des conditions de création du groupe BCBG et de sa discographie.

S’inscrivant en faux contre ceux qui croient que le groupe tarit présentement d’inspirations, Mamoudou Kaba décrit les perspectives du groupe et livre le ‘’secret’’ quant à la prochaine sortie de l’album du groupe intitulé ‘’Woratou’’.

D’un œil de professionnel, l’invité donne son point de vue sur l’actuelle musique guinéenne et ne cache pas son cri de cœur quant à la non-implication effective de l’Etat pour le développement tangible du secteur culturel. Lisez l’interview.

Guineenews : peut-on savoir comment êtes-vous venu à la musique ?

Mamoudou Kaba : C’est au moment où j’étais encore à l’école, que j’ai aimé la danse et la musique. J’ai bien aimé écouter feu Aboubacar Demba Camara qui est mon idole sur le plan de la musique. En plus, je venais le plus souvent assister aux répétitions des Ballets Africains de Guinée. Sur le plan de la danse, en compagnie de mes amis, nous interprétons les danses du groupe Wengué Musica, lors des compétitions inter établissement dénommées ‘’School show dance’’, qui étaient organisées par Ibrahim C. En cemoment, on ne fait qu’imiter et finalement nous avons décidé de créer le BCBG en 1992. Les membres fondateurs du groupe ont été Moussa Bakayoko et Bangaly Sangaré.C’est ainsi pour l’évolution du groupe, ils se sont entourés d’une dynamique équipe qui a contribué efficacement à l’évolution du groupe.Il faut noter que nous sommes tous des universitaires.

Guineenews : Quand et comment a été créé le groupe BCBG ?

Mamoudou Kaba :Comme je voulais le dire au départ, le groupe a été créé en 1992 au même moment que le groupe ‘’Kill Point’’. Le groupe BCBG a été le premier groupe de danse en Guinée. Au début, on ne faisait qu’imiter les pas de danse du groupe ‘’Wengué Musica’’. Progressivement avec persévérance nous nous sommes lancés au chant. Ce ne fut pas facile et j’avoue que quand vous n’êtes pas griots, il n’est pas aussi aisé d’évoluer dans ce secteur. Dans le parcours nous avons été aidés par plusieurs personnes dans le cadre des compositions musicales. Et comme nous étions engagés et passionnés de la musique, nous avons pu aboutir à l’objectif fixé.

Guineenews : Pouvez-vous nous situer sur votre discographie ?

Mamoudou Kaba :Le groupe BCBG compte à ses actifs 3 albums sur le marché. Le premier qui a pour titre ‘’Véridique’’ est sorti le 5 mai 2000 du côté du cinéma Liberté. Le second titré ‘’Nun Pagati’’ qui nous a rappelé notre enfance par le biais de la bande dessinée ‘’l’hyène et le lièvre’’ est sorti en 2004. Le troisième appelé ‘’Ma Guinée’’ est sorti le 14 décembre 2013.

Guineenews : Depuis 20013, vous n’aviez pas produit d’albums. Peut-on croire que le groupe BCBG n’a plus d’inspirations ou a atteint le gratin de sa marmite à chansons ?

Mamoudou Kaba :Je dirais non nous ne sommes pas en manque d’inspiration. J’attire votre attention que le groupe ne se focalise pas seulement que sur la musique. Nous avons d’autres priorités, des projets qui sont en cours et qui nous permettent de joindre les deux bouts. Nous avons aimé la musique sans cesse, c’est une passion et nous allons bientôt nous retrouver pour fignoler d’autres albums. Il faut noter qu’à part ces trois albums, nous avions réalisé plusieurs autres singles et des featuring en compagnie de plusieurs artistes, notamment Diékoria Fanta, les Zawagui, Krimpoko et autres.

Guineenews : Quelles sont donc les perspectives en matière de musique ?

Mamoudou Kaba : Je pourrais vous dire que le BCBG a plus de 27 chansons qui sont prêtes dans sa besace. A l’intention de nos fans et je suis obligé de dévoiler très tôt le secret, nous avons un album intitulé ‘’Woratu’’, qui signifie (Rappelez-vous en français) qui sera bientôt sur le marché.

Guineenews : Parlez-nous de la configuration de ce nouvel opus ‘’Woratu’’que vous comptez mettre sur le marché ?

Mamoudou Kaba : Dans cet album nous chantons l’amour, la paix et plusieurs autres sujets qui concernent la vie courante. Nous avons mis un accent particulier sur nos devanciers artistes qui ont posé de valeureux actes dans le domaine des arts, de la culture et des sports. C’est notre façon de leur rendre hommage et de faire connaître à l’actuelle génération à travers quelques notes de musique de ces anciens, que la Guinée a un glorieux passé musical. Dans cet album, vous allez découvrir plusieurs remix de ces grands tubes de nos formations orchestrales d’antan. Nous trouvons réellement du plaisir en interprétant ces chefs d’œuvres de ces anciens musiciens.

Guineenews : Quel est votre point de vue sur l’actuelle musique guinéenne ?

Mamoudou Kaba :Je me dis que ça va un peu. Sur le plan des compositions musicales, c’est plus ou moins appréciable. Ce que je déplore, c’est se laisser aller qui domine notre ou cette génération actuelle. Nous voyageons de trop et quel que soit la modernisation, bien que la musique n’a pas de frontière, je n’apprécie pas cet abandon de la musique guinéenne qui est mélodieuse.Quand vous constatez que l’épanouissement de votre culture est en baisse par rapport aux autres, il faut revenir à la source et garder son identité culturelle. Selon l’histoire, nos anciens artistes étaient soutenus ne serait-ce que par ces dotations en instruments de musique. Il y avait aussi ces locaux ou lieux affectés à nos orchestres tant nationaux que fédéraux pour s’épanouir. De nos jours, quel que soit ton engagement, il est difficile d’évoluer dans ce domaine.

Guineenews : N’est-ce pas un cri de cœur qui se cache derrière vos affirmations ?

Mamoudou Kaba :Tout à fait et ça ne finit pas. J’aimerai que l’Etat se tourne vers la culture et mette une politique en place pour pouvoir propulser cette culture au-devant de la scène.Un exemple, même si tu veux faire un spectacle digne du nom, à part le palais du peuple, il n y a pas d’autres lieux appropriés. Pourquoi ne pas avoir un palais de la culture comme chez les autres. Ces maisons des jeunes ne sont pas indiquées. En spectacles dans ces salles, vous avez toujours des problèmes de sonorisation qui ne sont pas à la hauteur.

Guineenews : Pourtant il existe aujourd’hui des structures qui volent au secours des artistes sur ce plan de sonorisation. « Bénédi records », « Sandénia Prod » et tant d’autres parviennent tant bien que mal à soulager. Que pensez-vous de ces différentes démarcations ?

Mamoudou Kaba : C’est le lieu pour moi de remercier et d’encourager « Bénédi Record » qui se bat dans ses activités pour la promotion de la culture guinéenne. C’est grâce à son courage et l’amour qu’il a pour la culture qu’il a pu se frayer un chemin et trouver une place au sein de cette culture. Si ce Monsieur était soutenu, j’avoue qu’il ne serait pas là où il est aujourd’hui. Il faut donc que l’Etat s’implique. Les promoteurs et maisons de productions sont engagés et veulent vraiment contribuer au développement de la culture guinéenne.

Guineenews : Musicien de votre état et présentement moins actif sur la scène musicale, peut-on savoir vos sources de revenus ?

Mamoudou Kaba : Vous savez, je suis quelqu’un de très discret et je ne voudrais pas aborder cette question. Pour tout dire, à part la musique, je suis un homme d’affaires.