Journée africaine de la sécurité routière : une allocution pour toute célébration

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C’est une allocution du ministre d’état aux transports et porte-parole du gouvernement, relayée par les médias d’état, qui a annoncé l’événement, le 16 novembre dernier. Le thème de cette année est «Respecter le code de la route est un acte de civisme.»

L’UA (l’Union Africaine) a institué la célébration de la journée africaine de la sécurité routière le troisième dimanche de chaque mois de novembre. Cet événement est organisé simultanément dans tous les pays membres. Ce qui lui confère une dimension continentale qui véhicule à la fois et le plus amplement possible, un message de prévention censé tempérer les comportements des usagers de la route. Ce qui augure une réduction des accidents de la route à l’échelle du continent, ne serait-ce que le temps de la célébration.

Comme pour mieux marquer les esprits et générer une meilleure sécurité routière, la célébration de cette date coïncide avec la Journée Mondiale du Souvenir des Victimes de la Route. Une superposition d’événements marquants qui interpelle davantage les consciences et conditionne les citoyens et usagers de tous les pays à faire montre de plus de prudence dans la circulation. Notre pays donc, à l’instar des autres membres de l’UA, est suffisamment engagé dans la commémoration de ces dates symboliques.

Pour rappel, c’est en 2009 que l’ONU a institué la décennie mondiale de la sécurité routière (2011-2020). Au regard du nombre élevé des accidents et leurs conséquences à travers le monde. L’hécatombe enregistrée annuellement à l’échelle planétaire est phénoménale. Selon l’ONU, « chaque année la route tue 1 200 000 personnes, en blesse quelques 30 000 000 dont la plupart décèdent ou survivent avec des infirmités. Sans compter les dégâts matériels importants qui en découlent toujours ». Dans son allocution, le ministre fera état d’autres  données onusiennes qui précisent que « 65% des victimes sont des piétons et 35% des enfants. Pour la tranche d’âge allant de 5 à 44 ans, les accidents de la route constituent la deuxième cause de mortalité au monde. »

Pour inverser cette tendance à l’échelle mondiale, l’ONU a enjoint à tous les états membres de mettre en œuvre les cinq piliers définis dans un plan d’action intitulé : décennie d’action pour la sécurité routière.

Depuis le lancement de cette décennie, notre pays n’a pu célébrer avec le faste requis que deux dates : en 2012 et 2016. En ces deux occasions, des rencontres solennelles ont eu lieu au Palais du Peuple à Conakry et dans quelques capitales régionales à l’intérieur. Les raisons invoquées par les autorités pour justifier cette ‘’irrégularité’’ dans la célébration à date de cette recommandation onusienne tient à des facteurs conjoncturels comme l’épidémie d’Ebola et des épisodes intermittents de crises politiques qui ne permettaient pas le regroupement festif des acteurs.  En 2012 et 2016, quand le contexte a été favorable le Palais du Peuple a fait le plein de tous les intervenants de notre système des transports et de la sécurité routière: union nationale des transporteurs routiers, fédération syndicale professionnelle des transports et mécanique générale, police et gendarmerie routières, pour ne citer que ceux-là. A chacune de ces célébrations, la DNTT (Direction Nationale des Transports Terrestres), organisatrice de l’événement au nom du département des transports, a déroulé un programme comprenant des séances de projection vidéo sur la problématique de la circulation routière, étayées par des témoignages de victimes d’accident. Ce qui a permis de sensibiliser l’auditoire et de créer une synergie d’action entre les intervenants du secteur. Au-delà, cette approche a également servi à poser un diagnostic réel des problèmes qui assaillent notre circulation et à dégager des pistes de solutions pour réduire les accidents.

Voilà que cette année encore, il n’y a pas eu de manifestations. Mais, l’allocution du ministre des transports est venue apporter quelques éclaircissements sur la situation de la circulation routière dans notre pays. L’état des lieux, l’ampleur du phénomène, ses répercussions sur le plan socio économique, les faisceaux de dispositions initiées, réactivées ou projetées pour cadrer en continu un processus dont l’évolution s’avère plutôt positive aux dires du ministre. D’après lui, « bien que l’objectif ultime visé ne soit pas encore atteint, en faveur d’une circulation routière plus sûre pour l’ensemble des usagers, mais avec un nombre total de 3394 cas d’accidents enregistrés en 2019, contre une moyenne annuelle de plus de 4000 accidents enregistrés au cours des trois dernières années, il est à constater que la courbe des accidents a amorcé cette année une trajectoire décroissante. »

Cette note optimiste qui clôt son allocution est plutôt encourageante et bonne à partager. Cependant il n’y a pas que cet aspect positif portant au sourire, qu’il a mis en relief. D’après Aboubacar Sylla, qui cite  les services spécialisés de la police et de la gendarmerie, « plus de 21 980 cas d’accidents se sont produits chez nous au cours des cinq dernières années, faisant plus de 2 781 décès et 13 711 blessés. En outre, le bilan matériel et économique par an de ce phénomène se chiffre à plusieurs dizaines de milliards de nos francs. »

 Pour un pays comme le nôtre, à l’économie encore fragile, la simple évocation de ces chiffres fait frémir. Ils sont annonciateurs de pertes en vie humaine, de blessures et de handicaps, mais aussi, de destructions de biens matériels. Un faisceau de calamités qui inhibe le développement social et économique du pays, d‘autant que c’est la couche active de la population qui est le plus souvent victime. Et le ministre d’enfoncer encore le clou comme pour dire qu’il y a pire que ce qui est déjà dit. « je tiens cependant à souligner la part inquiétante qu’occupent aujourd’hui les accidents impliquant les engins à deux roues. Il ressort du constat des services spécialisés qu’il ne se passe pas un seul jour, sans qu’une moto ne fasse une victime quelque part sur le territoire national. Au cours de l’année 2019, plus de 9 074 accidents, et la plupart en zone urbaine, ont impliqué ces engins.»

Face à ce constat alarmant, le ministre déclare que le gouvernement « reste conscient de la réalité de ce phénomène et de l’urgence de la nécessité d’y remédier. »

C’est ainsi que, s’inspirant des résultats issus des Etats Généraux de la Sécurité Routière tenus à Conakry en novembre 2017, son département s’est attelé à rechercher des solutions pour atténuer le phénomène. Au nombre de celles-ci, il liste : la vulgarisation du code de la route ainsi que la rédaction de ses textes d’application ;  la promulgation de la loi sur l’organisation du transport routier et des intermédiaires de transport (l’OTRIT) ; l’adoption du plan de déplacements urbains (PDU) ; l’institution du contrôle technique périodique obligatoire pour certaines catégories de véhicules ; l’implantation de plus de 1000 panneaux de signalisation routière dans les communes de la capitale ; l’adoption par le gouvernement du plan de sécurité routière (PSR) ; la sensibilisation à la sécurité routière.

Malgré toute cette panoplie de solutions, l’amélioration tant souhaitée de la  circulation tarde encore à être effective. Du moins pour l’instant. Malgré cela, Aboubacar Sylla affiche son optimisme et annonce que les « efforts se poursuivront pour l’avènement d’une circulation routière plus sûre et plus sécurisée pour les personnes et les biens. » Il tient sa certitude de »tout l’appui de monsieur le Président de la République, de celui du gouvernement et des partenaires. » Il conclue en disant que « l’agence guinéenne de sécurité routière (AGUISER) et l’autorité organisatrice des transports urbains (AOTU) viendront bientôt renforcer ces efforts consentis et aider à l’amélioration de la sécurité routière. » Aussi exhorte-t-il « les conducteurs et piétons à plus de discipline et de vigilance sur les routes » car, affirmera-t-il, « la sécurité routière est l’affaire de tous. »

S’il est admis que tout ceci reste du domaine du possible, il est permis cependant de rester dubitatif. Le sort réservé à bien des textes pris dans cet ordre est révélateur. Ils souffrent d’un manque de finalisation à temps échu et  d’un déficit de vulgarisation pour leur parfaite appropriation par les populations. Ce qui fait que bien souvent, leur mise en œuvre sur le terrain manque de l’efficacité et du suivi nécessaires pour produire l’effet escompté.