Justice – Cheick Sako : « Il y a des apprentis sorciers dans ce pays qui mettent de l’huile sur le feu »

décembre 12, 2018 5:59

Ce 10 décembre, les Nations Unies ont célébré le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. En Guinée, les organisations de défense des droits de l’homme ont profité de cette cérémonie pour exprimer au ministre de la Justice, leurs préoccupations sur la situation des droits humains dans le pays.

Dans son intervention, le président par intérim de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme et du citoyen (OGDH), Elhadj Mamadou Maalal Diallo, a fait savoir que les activistes, au nom de qui il parle, sont préoccupés par l’impunité et certaines mesures prises par les autorités. «Nos organisations et associations de défense des droits de l’homme sont, en effet, très préoccupés par certaines situations. Premièrement, la diligence d’enquêtes sérieuses pour faire la lumière sur des cas de violences commises par les forces de l’ordre et d’autres acteurs au cours des manifestations politiques et sociales. Cette année 2018, au moins 16 personnes ont perdu la vie lors des manifestations liées aux contestations des élections locales et à la crise qui secoue l’éducation. La mesure prise par les autorités d’interdire toutes manifestations politiques et sociales et le fait d’associer l’armée dans le maintien de l’ordre en violation de la Constitution», a-t-il déclaré.

Plus loin, il a demandé au président Alpha Condé de s’engager dans le cadre de la lutte contre l’impunité dans le pays : « Soucieuses de la préservation de la paix, de la quiétude sociale et du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales du citoyen, les organisations de défense, de protection et de promotion des droits de l’homme que nous sommes, interpellent monsieur le président de la République, garant de la Constitution, pour qu’il s’engage personnellement en faveur de la lutte contre l’impunité et notamment par la tenue d’un procès du massacre stade du 28 septembre au plus tard au premier trimestre 2019, ainsi que par la poursuite de tous les auteurs et éventuels commanditaires de violations des droits de l’homme quels que soient leurs rangs ou positions administrative, politique ou sociale. »

Dans le cadre de la protection des droits de l’homme en Guinée, le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a appuyé les institutions et organisations de la société civile. Le HCDH, selon son représentant résident et coordinateur par intérim du Système des Nations unies, a également mené des missions dans les prisons du pays.

« En 2018, c’est seize missions de terrain dans les villes, les villages et les contrées de la Guinée que le Système des Nations Unies a organisées pour voir la situation des droits de l’homme. C’est 130 visites des prisons, 100 cas de protections, y compris 55% d’hommes, 45% de femmes 31% de mineurs. C’est 12 sessions de formation organisées pour la société civile avec 500 bénéficiaires dont 250 femmes. C’est 5 sessions de formation organisées pour la gendarmerie avec 120 participants et 20 femmes. C’est 5 sessions de formation organisées pour 200 magistrats dont 50 femmes », a indiqué le Dr Patrice Vahard.

Dans son intervention, le ministre de la Justice, Me Cheick Sako, a affirmé que les crises en Guinée sont artificiellement crées par des apprentis sorciers :  « Le doyen Malal a parlé de l’impunité tout à l’heure, mais je le répond au nom du gouvernement […]. Nous demeurons dans ce pays malgré les difficultés que nous traversons, et Dieu seul sait, ces difficultés sont grandes, ça va dans tous les sens, dans toutes les formes. Nous sommes quand même attachés à la consolidation de l’espace pouvant engendrer la paix dans ce pays. Quand vous allez à Mali, à Siguiri ou à Yomou et que vous discutez avec les citoyens, on voit qu’ils sont attachés à la paix.  Donc ça veut dire qu’il y a des apprentis sorciers dans ce pays qui mettent de l’huile sur le feu. Et ça aussi il faut le dire. En tant que Garde des Sceaux, je le répète ici solennellement, il faut que ces apprentis sorciers soient débusqués dans les rangs de la population pour ne pas que le citoyen moyen soit victime de l’injustice, du non-respect des droits dans notre pays. »

Parlant du retard, le jugement de certains dossiers, le ministre de la Justice a dit que cela était dû au code pénal, qui voulait que ce soient les assises qui jugent les affaires criminelles. Mais depuis le transfert des compétences criminelles aux tribunaux de l’intérieur du pays grâce à la révision du code pénal en 2016, beaucoup de dossiers ont été évacués :  » Aujourd’hui, on arrive  à juger en temps réel, difficilement certes, les dossiers criminels. En 2017, tous les tribunaux de Guinée ont pu juger 482 dossiers criminels. «