Justice: une mère poursuivie pour complicité de trafic illicite de migrants (enfants)

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Elle se considère comme partie civile. Mais l’arrêt de renvoi la met sur le banc des prévenus aux côtés des nommés Jeremy Loua, Mody Boubacar Diallo, Kémoko Camara et Nourou Deen. Elle, c’est dame Aïssatou Dado Baldé. Une mère qui a réussi à faire partir ses enfants aux Etats-Unis après deux premières tentatives sans succès. jeudi 21 février 2019, à la barre du tribunal de première instance de Dixinn, Aïssatou Dado, la cinquantaine révolue, a dit avoir été escroquée par ses co-prévenus. Même si ses deux fils ont fini par atteindre le sol américain.

Dans sa version des faits, la dame Dado a indiqué qu’elle avait été mise en contact avec Jeremy Loua par Nourou Deen. « Il m’a dit qu’il connaît quelqu’un qui fait voyager. Quand j’ai rencontré Jeremy, il m’a rassuré qu’il pouvait faire voyager chacun de mes enfants à 10 000 dollars », a-t-elle dit. Dans la suite de ses explications, elle a indiqué qu’elle avait donné plusieurs sommes d’argent à Jeremy, mais aussi à Kémoko Camara qui a émis les billets d’avion. Elle se souvient avoir donné  1 000 dollars, ensuite 1000 euros, ensuite 500 dollars, puis 200 dollars… Mais elle n’a pas pu fournir la somme totale qu’elle a dépensée dans cette affaire. «Chaque fois qu’ils avaient besoin d’argent, ils m’appelaient. Parfois, Kémoko Camara faisait venir son chauffeur pour prendre de l’argent avec moi…», a-t-elle dit. Le juge Aboubacar Kourouma lui a demandé d’aller faire ses calculs et de communiquer la totalité des sommes dépensées à la prochaine audience prévue dans deux semaines.

Selon ce qui avait été conclu avec Jeremy, les deux  jeunes devraient quitter la Guinée pour le Mexique. Mais pour une première fois, ils seront rapatriés parce que les titres de voyages qu’ils détenaient étaient faux. Selon elle, Kémoko Camara l’obligera à prendre de nouveaux billets avec lui. Mais ses enfants reviendront de nouveau en Guinée après des semaines de souffrance dans les forêts américaines. Pour la troisième fois, celle qui a été la bonne, ses deux fils passeront par l’ambassade.

Ses fils sont aux Etats-Unis, mais Aïssatou Dado Baldé veut que son argent lui soit remboursé. « Si ce n’est pas que vous êtes toujours présentes ici au tribunal, j’aurais demandé au juge de vous mettre sous mandat de dépôt », lui a répliqué le procureur Bakary Camara qui estime qu’elle agissait bien en connaissant de cause sachant que Jeremy et sa bande ne sont pas d’un service consulaire. Pour le représentant du ministère public, dame Aïssatou Dado Baldé avait mis la vie de ses enfants en danger. «Est-ce que monsieur Jeremy est un consul ? On vous a mis qu’il représente quel pays ? » En réponse à ces questions venues du procureur et d’un des avocats de la défense, Aïssatou Dado Baldé dira : «  tout ce que je sais, c’est qu’il m’avait dit qu’il peut faire voyager les gens.»

Jérémy, lui, dira qu’il n’a pas une entreprise de voyage, mais plutôt une ONG de construction d’écoles et de forage dans les villages. Pourtant, dame Baldé a indiqué que le bureau de Jérémy à Kountia est toujours bondé de gens cherchant à voyager.

Pour sa part, l’avocat de Kémoko Camara demandera à la dame : «est-ce qu’on peut traverser tout l’aéroport et s’embarquer dans l’avion avec un faux billet ? »  La prévenue dira qu’elle n’en sait rien, puisqu’elle n’a jamais voyagé par avion. Pour l’avocat, son client ne devrait pas être en prison. Puisque les billets d’avion émis par son client ont permis aux enfants de dame Baldé d’effectuer leurs voyages, même s’ils ont été rapatriés…

A suivre