Kouroussa : Plusieurs quartiers de la ville confrontés à une pénurie d’eau sans précédent

avril 14, 2018 10:59
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Depuis des semaines, la ville de Kouroussa est confrontée à une pénurie d’eau sans précédent. Dans plusieurs quartiers, l’eau n’est accessible qu’après chaque deux ou trois jours voire des semaines parfois. Cette situation n’est pas faite pour plaire aux populations surtout celles des quartiers comme Komoniko, Wassakoma où l’eau  potable n’est pas accessible. Les habitants de ces zones populaires passent plusieurs jours sans avoir une goûte d’eau au robinet. Il faut alors parcourir des kilomètres pour s’approvisionner.

Sona, une ménagère d’un des quartiers confrontés à la pénurie d’eau nous parle de leur calvaire: « notre quartier n’a pas d’installations de la Société de Distribution d’Eau…Donc, on ne peut pas parler de coupure. Parce que la coupure suppose qu’on a des installations et on est parfois ravitaillé. Cela veut dire que l’eau vient de temps à autre et  ça repart. Ce n’est pas le cas ici…Nous puisons l’eau au forage depuis toujours, après avoir parcouru plusieurs kilomètres. »

Au quartier Komoniko, c’est le même constat et la même frustration chez toutes les populations en proie à cette grave pénurie. Au forage où nous nous sommes rendus, nous a vu des femmes fatiguées, mécontentes qui n’ont pu cacher leur colère. Selon elles, cette situation perdure depuis des mois.

« Depuis des mois, nous manquons d’eau. Et cela devient insupportable. Pour faire la lessive, pour se laver, pour cuisiner et même pour boire, il faut qu’on aille puiser l’eau de puits. Il n’y a pas assez de forages dans les quartiers. Et pourtant il fait très chaud. On a besoin d’eau, beaucoup d’eau », témoigne l’une de ces femmes rencontrées autour du forage.

Pour connaître les causes de cette pénurie d’eau, nous avons approché le responsable chargé de la gestion et de la distribution d’eau. Interrogé, Mohamed Kaba répond qu’à Kouroussa, les abonnés sont des mauvais payeurs. Beaucoup de factures restent impayées. La société, selon lui, s’est vue obligée d’interrompre le ravitaillement ou résilier le contrat des mauvais-payeurs.

« La SEEG avait 512 clients officiellement abonnés. Mais malheureusement, bon nombre de ces clients ne payent pas leurs factures. Alors ils ont été coupés. J’ai la liste de ces clients. Il y en a dont le contrat est même résilié. Dans les conditions normales quand un client reçoit une facture, il faut passer à la caisse. Mais non ! Les gens refusent de payer leurs factures… Et tenez-vous bien ! Ces clients-là ce n’est pas moi qui les ai coupés !  Ils ont été coupés par mes prédécesseurs. Certains sont revenus me voir après ma prise de service, pour me raconter qu’ils ne payaient pas les factures, parce qu’ils n’avaient pas d’eau. C’est aberrant ! Comment facturer quelqu’un qui n’a pas reçu l’eau à la pompe? Cet argument ne tient pas puisque nous avons le listing de l’abonnement jusqu’à ma prise de fonction. J’aurai des informations claires sur chaque client et ensuite j’appellerai le client pour un moratoire. C’est-à-dire voir comment le client pourra payer sa facture. La société ne m’appartient pas, il appartient à l’État! L’argent qui est payé va dans la caisse de l’État pour le développement économique du pays. Celui qui utilise l’eau illégalement, mérite une poursuite  judiciaire. »

En dehors de ce problème de non paiement de factures, Il y a un autre selon le directeur préfectoral de la SEEG. C’est celui des installations techniques. Deux pompes sur quatre fonctionnent normalement. Les installations de la SEEG à Kouroussa sont vétustes.

« Nous avons des problèmes techniques au niveau du captage… Les installations de Kouroussa sont  vétustes. Elles ont été posées depuis plus de quinze ans… Les enfants qui sont nés à cette période ont fait aussi des enfants. La population de la ville a augmenté. L’eau qu’on donne actuellement ne peut pas suffire pour tout le monde. Depuis 1992, le volume d’eau n’a pas évolué ? Oui, c’est le même volume d’eau qu’on  utilise actuellement… Aussi, nos installations au niveau du fleuve sont presque gâtées. L’implantation des forages est dévastée. C’est devenu une briqueterie. Là où notre pompe est posée est devenu un passage. Vous pouvez y traverser à pied. Et si cela continue ainsi, Kouroussa n’aura plus d’eaux dans 10 ans… Les deux pompes en panne coûtent 158 millions »