La CENI : cette troisième main d’Alpha Condé

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Salif Kébé, président de la CENI faisant le point en prélude des législatives, à Conakry mardi 7 janvier 2020. Thierno Souleymane Diallo/Guinéenews.

Trois jours après que la CEDEAO eut rendu son rapport sur l’audit du fichier électoral, le président annonçait que le double scrutin législatif et référendaire aurait lieu le 22 mars. On peut toutefois se demander si la CENI a pu, en l’espace de trois jours, apporter des changements au niveau du fichier électoral dans le sens suggéré par les recommandations de la CEDEAO ? Entre autres, la problématique de 2,4 millions d’électeurs qui devaient être écartés par la CENI comme l’ont préconisé les experts de l’institution sous régional ? Si oui, comment ? De quelle manière vérifier la fiabilité et la crédibilité du nouveau fichier électoral ?  

On peut se douter que la CENI ait apporté tous les changements nécessaires susceptibles de lever le doute sur la crédibilité du fichier électoral. Car, outre l’opacité qui caractérise le fonctionnement de la CENI, le rapport de dépendance qu’elle entretient avec l’exécutif guinéen rend obsolète son pouvoir décisionnel.

En réalité, le pouvoir de la CENI et le pouvoir du président s’identifient l’un l’autre. Au lieu de répondre à sa vocation, qui est d’organiser objectivement et de manière transparente la compétition politique, la CENI se voue exclusivement à satisfaire les intérêts de ceux qui entendent verrouiller à leur seul profit l’exercice du pouvoir. Mais si tel est le cas, c’est parce qu’en effet la CENI n’est qu’un prolongement du gouvernement, un autre lieu du pouvoir exécutif qui permet de dominer et de contrôler le champ politique. Faut-il s’en étonner ?

Mais ce qui étonne davantage, c’est l’empressement à déclencher des élections alors que la Ceni structurellement et financièrement ne peut pas organiser des élections. Faut-il rappeler que l’établissement du fichier électoral a toujours suscité des contestations ; que ce n’est pas la première fois que les institutions sous régionales interviennent dans le processus électoral guinéen ; que « l’État » guinéen ne peut pas de manière autonome financer l’organisation d’élections en Guinée.

Donc que depuis les réformes constitutionnelles de 1990 qui ont consacré l’avènement du multipartisme en Guinée, le pays n’a jamais été capable de se doter d’un fichier électoral fiable et objectif : soixante ans après les indépendances, la Guinée n’a pas encore réuni les conditions nécessaires à l’organisation d’élections libres et transparentes. Où est alors l’indépendance de la CENI ? Et même, que signifie la souveraineté de « l’État » guinéen, lorsque ce sont les organisations régionales et internationales qui rendent possible financièrement la tenue des élections.

Le sérieux et le respect de soi auraient exigé que le président et son gouvernement favorisent les conditions d’une réelle indépendance de la CENI et qu’ils encouragent une gestion des ressources financières issues de l’exploitation minière de sorte à conquérir un minimum d’autonomie financière.

Visiblement, l’urgence n’est pas à la responsabilisation, mais à l’organisation d’élections qui visent en réalité à conforter le président et ses hommes de l’ombre qui œuvrent à sauvegarder les privilèges inespérés tirés de la proximité et de l’exercice du pouvoir. Et pourtant rien ne les assure qu’ils sortiront victorieux de cette entreprise dont eux-mêmes ignorent l’issue.