La chronique d’une crise ouverte, une crise au cœur du débat

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Dans l’histoire des violences politiques en Guinée, les Guinéens ont un amer souvenir.  De la première République à la troisième République en passant par la deuxième et la période transitoire, la violence en Guinée s’est imposéecomme une ritournelle. Ces violences sont organisées par les détenteurs du pouvoir pour dissuader et réprimer dans le sang les insurrections populaires. Elles ont entrainé vers la rébellion la quasi-totalité des jeunes du pays. On peut étayer les faits avec des arguments solides et irréfutables. Prenons l’exemple des violences de la dernière décade sans aller trop loin. Parmi ces violences, il y a celles du stade du 28 septembre organisée par l’opposition pour dénoncer les dérives autoritaires et autocratiques de la junte au pouvoir le 28 septembre 2009. Ces violences ont créé l’une des pires tragédies de l’histoire politique de la Guinée. Le bilan de ces violences a été si lourd qu’il est difficile voire impossible de parler de réconciliation, puisque les commanditaires de ces crimes odieux n’ont même pas été identifier avant d’être traduit en justice. Les chiffres sont parlants : 156 personnes tuées, 1400 blessées, 109 femmes violées et 67 corps retrouvées, selon l’ONU. Dix ans après les faits, il n’y a toujours pas de personnes incriminéesni d’enquêtes indépendantes bien diligentées. Les victimes ont pleuré toutes les larmes de leur corps et ils ont perdu tout espoir de voir l’épilogue de ce macabre dossier. Par ces violences, il y a eu des familles déchirées, des amis perdus,des femmes abandonnées, des enfants mutilées, des communautés ravagées et des personnes traumatisées et malades.

Depuis l’arrivée au pouvoir du Président Alpha Condé, le 23 décembre 2010, l’opposition parle de près de 100 personnes mortes sous les balles des forces de défenses et de sécurité. La peur et la rage se sont renforcées, les promesses électorales ne sont pas tenues et la prospérité n’est pas venue.

Peu avant la junte militaire, au temps de la deuxièmeRépublique, les intimidations, les assassinats ciblées et les arrestations arbitraires ont marqué la vie du régime. Nous nous rappelons bien de la grève syndicale du 10 janvier 2007 contre la cherté de vie, les abus du pouvoir de Président Lansana Conte. Les premiers jours de la grève ont fait au moins 59 personnes mortes. Entre le 22 et le 26 janvier, Justin Morel Junior ministre de la Communication d’alors avait fait état de 137 personnes tuées et de 1 667 blessés

Pendant la première République, l’association des victimes du camp Boiro parle d’environ 50.000 personnes assassinées, des executions sommaires, des pendaisons publiques et des arrestations arbitraires.

Au temps des colons, avant l’indépendance, le mot d’ordre était la Liberté ! Nous voulions être des peuples autonomes et libres. Des peuples dignes. C’est d’ailleurs cette volonté qui nous a permis d’arracher notre indépendance le 02 octobre 1958. Les Guinéens avaient un premier et indispensable besoin : celui de leur dignité et de leur liberté. Alors ils ont pris leur indépendance sous la conduite de leur Camarade Ahmed Sékou Toure en « préférant la pauvreté dans la libertéà la richesse dans l’esclavage ». Cette volonté a été valablement exprimée le 28 septembre 1958 en votant NONau referendum proposé par le General De Gaule, Président de la République française d’alors. Depuis cette date, les violences politiques et meurtrières se sont renforcées sur la Guinée, on dirait une malédiction. Elles ont été parfois catastrophiques. La plupart des soulèvements populaires sont suivis d’un bain de sang.

A quand allons-nous penser aux futures générations, au développement harmonieux et durable de la Guinée ou bien àla prospérité des Guinéens ?

De toutes les manifestations politiques, le bilan des violences a toujours marqué les esprits. Les Guinéens peuvent-ils pour une énième fois dire STOP aux violences entre frères et se retrouver autour de la table de négociation pour discuter de l’avenir de la nation et régler leur différend à l’amiable ? Ne peuvent-ils pas se mettre d’accord sur les questions urgentes et cruciales du moment et mettre en priorité la Guinée dans tous les débats politiques, économiques, sociaux, diplomatiques, culturels etc. ? Pourquoi lorsque des frères ennemis dans les autres pays amis ou pays voisins font la paix, la Guinée en profite pour ouvrir une guerre entre des adversaires politiques ? C’est au détriment des jeunes, des femmes et des enfants.

La crise qui se déclenche en faveur du troisième mandat est loin d’en finir. Elle va détruire le tissu social si les promoteurs ne font pas attention. Elle va plus détruire qu’au lieu de construire. C’est pourquoi cette crise mérite d’être au cœur du débat, dans tous les milieux et sous tous les toits. Elle s’annonce déjà avec des manifestations d’une extrême violence avec des morts et de blessés. Ces manifestations ne sont pas près à s’éteindre si l’on ne privilégie pas la paix et le dialogue. Que faire pour apaiser les tensions, se consacrer àl’élaboration d’un plan de paix en renouant le dialogue entre acteurs politiques, entre opposition et mouvance, entre gouvernants et gouvernés ou entre acteurs privé et public ?

La crise que les Guinéens allument, attisent et entretiennent peuvent être fatale et déstabilisatrice. Car c’est une crise qui se nourrit de la haine, de la suspicion, de la colère, de la vengeance, de la division et de l’intolérance. On en profite pour attiser sur les braises sous l*œil impuissante d’une communauté internationale inféconde.

Préférons un plan de sortie de crise qu’un affrontement féroceet illégal entre les belligérants dont les conséquences sont incalculables. Les Guinéens doivent mettre au cœur des discutions l’intérêt de la Guinée et des Guinéens, l’avenir de la jeunesse, la promotion des femmes et des enfants. Les questions qui doivent être au cœur du débat sont la cohésionsociale et l’unité nationale, la paix et la sécurité, la justice et le développement, la défense et la préservation de la patrie. Les questions de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur, de l’emploi des jeunes, de la santé et de l’hygiène publique, de l’armée et de la police ne doivent pas être négligées.

Les Guinéens sont des frères, ils ont une seule et même patrie. Ils doivent vivre comme des frères. Ils doivent privilégier la paix au détriment de la guerre, s’éloigner des suppôts de Satan et se rapprocher de l’idéal, embrasser très fort leur dignité et leur liberté et chérir inlassablement leur indépendance recouvrée. La division, l’exclusion, le favoritisme, le népotisme, la corruption, l’affairisme et le laxisme sont autant de maux qui ruinent un Etat. Gouvernants et gouvernésdoivent tous les combattre pour asseoir une réelle démocratieen Guinée et une meilleure vie en communauté. C’est là où nous sentirons mieux la beauté du vivre ensemble. Et ce la nous allons tous gagner. Il y aura la justice sociale, l’égalité des chances et les mêmes opportunités pour tous.

Donald Trump, lors de la 74e assemblée générale de l’ONU,déclarent : « le bien-être de la population ne peut être atteint que par ceux qui l’aiment, que par les citoyens qui prennent racine dans l’histoire du pays, qui se sont nourri de sa riche culture, qui sont attachés à ses valeurs et à son peuple et qui savent que c’est à eux de bâtir leur avenir ou de perdre leur avenir. Les patriotes ressentent une nation et son destin comme nul autre. La liberté ne peut être préservée, la souveraineté ne peut être garantie, la démocratie ne peut êtremaintenue que grâce au dévouement et à la volonté des patriotes. Il faut donc trouver la forcer de résister àl’oppression, laisser une trace pour l’avenir, nouer des amitiés, avoir le courage de la paix. Cet amour de notre nation va faire du monde un monde meilleur pour tous (…)Joignez-vous à la plus belle mission qui puisse être notre contribution que l’on puisse jamais faire, chérissez vos cultures, honorer votre histoire, élever vos nations, préservervos citoyens, faites de vos pays des nations fortes, prospères et vertueuses, honorer la dignité de vos peuples, et tout vous sera possible. Lorsque nos nations seront plus grandes, l’avenirsera plus radieux, nos peuples seront plus heureux et nos partenariats seront plus forts. Avec l’aide de Dieu, ensemble nous pourrons repousser les ennemis de la liberté, repousser ceux qui portent atteinte à la dignité. Ensemble nous allons atteindre des nouveaux sommets de réalisations humaines, nous allons élucider tous les mystères, faire de percéesextraordinaires, nous allons trouver des amitiés encore plus magnifiques (…) La voie de la paix, du progrès, de la libertéet de justice pour l’ensemble de l’humanité commence chez vous ».

Par Mamadou Alimou Bah, journaliste/documentaliste à Tanger