La communauté internationale au galop : l’art de ménager la chèvre et le chou

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Des émissaires de la communauté internationale sont attendus incessamment dans notre capitale, pour jouer les bons offices dans la crise née de la tenue du double-scrutin législatif et référendaire du 22 mars. Certains observateurs ne cachent cependant pas leur pessimisme quant à l’issue de cette énième mission de ces envoyés spéciaux qui viennent généralement troubler davantage nos eaux déjà saumâtres, en essayant de ménager le chou et la chèvre, au lieu de trancher le nœud gordien.

Cette visite des émissaires des Nations Unies, de l’Union Africaine, de la Cédéao entre autre, qui devait démarrer dans les 48 heures dans nos murs, est censée désamorcer la crise qui couve. Elle devrait si tout se passe bien, favoriser une reprise rapide du dialogue inter guinéen, qui va baliser le chemin pour la tenue d’une présidentielle inclusive.

En attendant qu’on parvienne à ce motus vivendi tant espéré par l’opinion, le Front national pour la défense de la constitution (Fndc) projette une importante mobilisation pour ce 20 juillet. Une manifestation censée scellée le départ du pouvoir du président Alpha Condé, accusé de tous les péchés d’Israël.

Le chef de l’État, il faut le reconnaître ne fait que jeter du sel sur les braises. Avec son refus de renoncer aux velléités de 3ème mandat qu’on lui prête. D’ailleurs au moment où cette mission est annoncée, la majorité présidentielle, continue de dérouler son agenda, axé sur une présidence à vie de son champion. Dont l’investiture est prévue en grande pompe pour le 05 août, à l’issue d’une convention du Rpg arc-en-ciel.

Dans le même sillage, le président de l’assemblée nationale, Amadou Damaro, l’un des éléphants du système, rétorque que ‘’dans un dialogue, on ne peut pas demander l’impossible’’.  Pique envoyée en guise de réponse à l’opposition qui réclame la dissolution du parlement. Dans cette guerre des tranchées, la Commission électorale nationale indépendante (Fndc) vient envenimer la situation, en proposant un chronogramme litigieux. Avec le 18 octobre comme date du premier tour pour la présidentielle.

En apprenant la diffusion de ce chronogramme, le sang de l’opposition n’a fait qu’un tour. Elle s’est mise alors vent debout contre ce qu’elle qualifie de manœuvre du pouvoir.

Face à un pouvoir qui a l’air de porter des œillères, le Fndc se voit en quelque sorte dans l’obligation de ne pas baisser la garde. Tout ça mis bout à bout, on voit mal la communauté internationale réussir dans sa médiation.

Le Fndc comme le chevalier Bayard

Le Fndc entend désormais rabattre la crête à l’exécutif dans cette épreuve de force, dont le nombre de victimes se compte par dizaine.

Ainsi dans une déclaration publiée le 02 juillet dernier, la plateforme rappelle que ‘’le peuple de Guinée a commencé depuis le 03 avril 2019, une longue marche vers la liberté et la démocratie qui a pris un tournant décisif le lundi 14 octobre 2019. Depuis cette date, une résistance populaire sans précédent contre le coup d’Etat constitutionnel de M. Alpha CONDE et son clan a été déclenchée.’’

Et que ‘’malgré une répression féroce contre le peuple désarmé, avec des assassinats, des arrestations arbitraires, des enlèvements massifs et de tortures subis par les citoyens de la part des forces de défense et de sécurité instrumentalisées par un pouvoir criminel aux abois. Malgré  cet état de fait ignoble, le peuple de Guinée continue héroïquement de résister  sous la conduite du FNDC.’’

Rappelant dans la foulée que ‘’cette lutte qui est le fait de tous les guinéens de l’intérieur et de l’extérieur a bénéficié d’un élan de solidarité sans précédent des peuples du monde épris de justice et de paix, ainsi que de la communauté internationale qui a refusé de cautionner le simulacre d’élections organisé le 22 mars 2020.’’

C’est ainsi que le front a appelé le peuple  à  se dresser contre  ‘’l’obstination de M. Alpha de rester au pouvoir par la force des armes en assassinant des citoyens guinéens, à travers  une manifestation sans précédent le 20 juillet 2020 pour exiger le départ de M. Alpha CONDE en vue de rétablir l’ordre constitutionnel’’.

Le Front va donc poursuivre ses manifestations à compter de ce 20 juillet, avec opiniâtreté. Comme le chevalier Bayard, « sans peur et sans reproche ».

Le pouvoir doit se battre sur plusieurs fronts

Le pouvoir de Conakry est pris en quelque sorte entre plusieurs feux dans sa tentation de troisième mandat. En effet, si à l’interne, le Fndc continue de lui mettre la pression, à travers des manifestations d’envergure, à l’extérieur la diaspora ne veut pas se cantonner dans le rôle de pantouflard. D’où la mise en place d’un collectif pour la transition en Guinée (Ctg).

Ce mouvement  dont le porte-parole est  Ibrahima Sorel Keita, membre de la diaspora guinéenne a réitéré au cours d’une conférence de presse qu’il vient de tenir à Paris, sa détermination à se battre pour le départ du président, au terme de son second mandat.

Sorel Kéita a déclaré lors de cette conférence  que ‘’ la constitution officielle guinéenne adoptée récemment est juridiquement illégale, totalement inopérante, et est nulle et non avenue. La Guinée se retrouve dans un système qui est assez exceptionnelle et extraordinaire d’un régime qui n’est basé sur rien. Vous savez que la constitution c’est la loi Fondamentale, ce sont les principes qui gouvernent un Etat. Si vous n’avez pas une constitution légale, vous n’avez pas de principes de gouvernement et tout cela est dû à la médiocrité de nos dirigeants. Les gens qui ont rédigé cette constitution dans sa première version, ce sont des gens qui n’avaient pas de niveau suffisant pour faire un texte dénué de toutes erreurs et de toutes irrégularités’’, a-t-il brocardé au micro de Guineenews.

Il avait à ses côtés, à cette occasion, des personnalités dont Dominique Sopo, le président de l’Association française  SOS Racisme, le blogueur tchadien Makaila Nguebla  ainsi que   l’écrivain Thomas Dietrich du site media, qui avait eu maille à partir avec les autorités guinéennes, lors de son séjour en Guinée durant la période trouble des législatives.

Après la tenue du double-scrutin au forceps, l’opposition ne s’avoue pas vaincu et continue à être dans la roue de l’exécutif. Déterminée qu’elle est à empêcher la présidence à vie pour Alpha Condé, qui a passé ses 80 printemps.