La gestion de l’après-accident : comment la presse s’emploie-t-elle à éviter la dissonance dans le traitement des informations?

0
542

Sans l’occulter le moins du monde, nous n’allons pas trop insister sur le rôle ou la réaction de la presse face à pareil événement. Le devoir d’informer est là, stimulé au plus haut point par le désir de produire des scoops. Ainsi, dès qu’on apprend la nouvelle d’un accident, on tient à la publier aussitôt sans en vérifier la ou les source (s) et sans s’assurer de la véracité des faits ou des bilans. En général, des informations de ce genre circulent très vite par le ‘’bouche à oreille’’ et par les moyens de communications modernes comme le téléphone portable et les réseaux sociaux.

Seulement, dans la chaîne de transmission entre les nombreux émetteurs et récepteurs, il y a forcément des déformations. Bien souvent, sans même le vouloir, l’exactitude des faits est galvaudée ou escamotée en chemin, ce qui les altère ou les dénature. Si on n’y prend garde on peut ainsi annoncer de fausses nouvelles. Et cela se rencontre et se lit souvent. Des bilans qui varient du simple au double, d’une rédaction à une autre. Au grand désespoir des lecteurs, qui ne savent plus à quelle source se fier.

Un terrain sensible et fluctuant

Le terrain du traitement des informations sur les accidents de la circulation est très particulier. Sa grande sensibilité doit pousser à la prudence. En effet, c’est un secteur mouvant, dynamique. Certains de ses constituants peuvent varier, sinon évoluer.

Par exemple, sur les lieux d’un premier accident, un sur-accident ou un carambolage peut se produire, aggravant du coup le premier et changeant sa description initiale; le nombre de victimes mortelles peut évoluer avec le retard des secours ou la gravité des lésions ; l’appréciation d’un témoin profane peut désorienter un reporter non-averti;  le commentaire partial d’un protagoniste de l’accident qui veut se donner raison, peut altérer les faits à dessein ; certaines réactions de spectateurs à la vue des blessés peuvent amener à conclure à la mort de ceux-ci, pendant qu’il n’en est rien, etc.

 Autant de choses tragiques et violentes qui se passent dans un espace de temps réduit où la charge émotionnelle intense des spectateurs et autres curieux ne permet pas la sérénité nécessaire à une parfaite appréciation de la situation. Ainsi, les chiffres et les circonstances sont-ils si dissemblables d’une rédaction à l’autre sur la relation faite autour des accidents. Ce constat s’aggrave du fait que les sources d’information proviennent directement de  situations vécues sur le vif, en temps réel, sans moyen de vérification calme et objective pour les reporters.

Pour éviter un tel piège, tout en s’attachant aux exigences du factuel, autant annoncer l’accident avec le conditionnel qui sied, en attendant de s’informer à la bonne source, chez le ‘’gestionnaire’’ du dossier. Encore que là aussi, une certaine ‘’occlusion’’ est souvent créée à dessein pour refréner l’empressement de la presse qui cherche l’information par tous les moyens. Alors on mystifie et la rétention de l’information s’impose comme pour protéger un secret d’Etat. Ce comportement fait le lit de tous les dérapages et  les fieffés impatients ne manquent pas d’y tomber.

Bien entendu que cette situation, pour autant qu’elle soit un handicap au partage correct de l’information, n’est pas une excuse à certains comportements de confrères qui peuvent, à défaut de sources fiables, se permettre des actes préjudiciables à autrui.

A titre illustratif, il nous revient en mémoire un fait marquant qui s’est produit en début des années 1980. Nous étions encore dans le premier régime. Un article de presse publié dans un journal de la place annonce un accident mortel survenu quelque part dans la fédération d’alors de Conakry 2. ‘’L’auteur’’ était un expert blanc en poste chez nous. Il se trouve que la nouvelle n’était pas exacte. La victime n’était que blessée. Mais, entre-temps, l’institution qui employait cet expert l’avait tout bonnement licencié pour l’accident mortel dont on l’accusait à tord dans le média. Le monsieur, pour démentir la fausse nouvelle qui l’accablait a exigé et obtenu la publication d’un droit de réponse. Le reporter à qui on avait demandé  ses sources a tout simplement dit que, sur les lieux de l’accident, il avait entendu des femmes s’exclamer : eh layilaa a fakha ! (traduit littéralement du susu: eh, Dieu, il est mort !).  Ces exclamations lui ont suffi pour conclure à la mort d’une victime, surtout qu’au même moment il a vu une scène de brancardage s’effectuer. Mort ou blessé ? Il n’a pas cherché à en savoir davantage.

Heureusement, la suite avait été plutôt heureuse pour l’expert. Suite à la publication du droit de réponse, il avait recouvré tous ses droits.

Tout cela, juste pour montrer la gravité du rôle d’informer. Le traitement des informations sur les accidents doit être empreint de grande responsabilité. L’extrême sensibilité du sujet le commande. C’est l’occasion pour rappeler la nécessité de former et spécialiser la presse. Nul doute que les responsables du secteur y pensent déjà et que dans un proche avenir cet objectif sera atteint pour une meilleure gestion de l’après accident par l’ensemble des médias.