La modification de la constitution en Afrique : entre défis et avenir incertain!

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En Afrique, une fois au pouvoir, de nombreux présidents violent les articles limitant le mandat présidentiel.  Cela s’est passé dans plusieurs pays au grand dam des opposants au régime et d’une frange importante de la population. Or, la modification des constitutions entraîne très souvent des manifestations. C’est pourquoi, le contournement des limites de mandats engendre la fragilisation de la gouvernance, de la sécurité et du développement.

Selon un rapport du Centre d’Etudes Stratégiques de l’Afrique (CESA) publié  par Africa Center.org, ‘’depuis 2015, les dirigeants de 13 pays africains ont contourné ou supervisé l’affaiblissement des limites de mandats présidentiels.’’

Il mentionne que dans ces pays, ‘’les taux de conflit et de perception de la corruption sont plus élevés’’ ajoutant que cet ‘’affaiblissement des normes sur les limites de mandats a donc des effets importants sur le développement en Afrique.’’

Dans le même ordre d’idées, il est dut que depuis 2015, l’Afrique a subi des revers dans le maintien des normes sur les limites de mandats. Depuis lors, dans 13 pays, des dirigeants ont contourné ou supervisé l’affaiblissement des restrictions aux limitations de mandats qui existaient au préalable.

Or, malgré ces revers, la tendance n’est pas à sens unique, poursuit l’étude. Plusieurs pays africains ont renforcé ou respecté les limites de mandats depuis 2015, notamment le Bénin, le Liberia, la Mauritanie, le Sénégal et les Seychelles. Ces pays font partie d’un groupe de 21 pays d’Afrique qui continuent de respecter les limitations de mandats.

Plus loin, note le rapport, le Burkina Faso, la République centrafricaine et la Gambie ont tenu ou vont tenir des référendums constitutionnels afin d’adopter des limites de mandats.

Sur le site d’Africa Center.org, lit-on, d’importantes différences régionales existent en matière de respect aux limitations de mandat. Les pays d’Afrique australe et de l’est font preuve de la plus grande adhérence à ces normes alors que de grandes parties de l’Afrique du nord, centrale et de la Corne ont failli à cet égard.

Pourtant, il n’est secret pour personne que “l’absence de limites efficaces sur les mandats est la cause du maintien au pouvoir de 10 dirigeants pour une durée de plus de 20 ans ainsi que du maintien de deux dynasties familiales au pouvoir depuis plus de 50 ans.” L’étude indique aussi que l’affaiblissement des limites de mandats représente un revers pour la bonne gouvernance en Afrique.

Par ailleurs, l’ong rappelle que “récemment, des dirigeants de longue date se sont vus limogés par des anciens alliés politiques, mais ceux-ci représentent dans la pratique une continuation des structures politiques existantes. Si ces régimes sont inclus, c’est à dire l’Algérie, le Burundi, la République démocratique du Congo, le Soudan, et le Zimbabwe, la médiane des années au pouvoir atteint 17 ans.  Neuf des 10 pays qui font face à des conflits internes n’ont pas de limites de mandats (si l’on exclut ceux qui font face à des insurrections de groupes islamistes militants).  Sur les 10 pays africains qui sont le plus à l’origine des 29 millions de réfugiés ou déplacés en interne, huit sont des pays sans limites de mandats.  Alors même que la corruption est un défi pour de nombreux pays africains, elle est particulièrement pernicieuse dans les pays sans limitations de mandats. Dans les pays qui ont modifié ou éliminé ces limites, le rang médian dans l’index des perceptions de corruption de Transparency International est de 145 sur 180. Ce rang est de 57 places plus basses que pour les pays où les limitations de mandats sont respectées.”

Connaissant la faiblesse relative d’institutions démocratiques indépendantes telles que le parlement, la justice, les forces de sécurité, les médias, etc, les limites de mandats sont perçues comme un élément important des contre pouvoirs, souligne Africacenter sur son site.

Le cas de la Côte d’Ivoire et de la Guinée est également évoqué dans cette étude. L’adoption d’une nouvelle constitution en 2016 respectivement en Côte d’Ivoire et en 2020 en Guinée permet aux président Alassane Ouattara et Alpha Condé de se présenter pour un troisième mandat en 2020 et en théorie un quatrième mandat en 2025/2026.

Ce qui annonce à priori des lendemains incertains pour ces deux pays voisins surtout au regard de l’âge de ces deux présidents. A cela, il faut ajouter les risques d’instabilité sociopolitique.

Ci-dessous, Guineenews vous propose un tableau sur les limites constitutionnelles de la durée au pouvoir des dirigeants africains