La pollution des cours d’eau et le déclin de l’agriculture à Siguiri sur fond de corruption des autorités.

avril 15, 2018 10:48
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Envoûtées par le parfum de l’argent, les autorités locales de Siguiri participent à la pollution des cours d’eaux par les orpailleurs. Un système qui freine l’élan de l’agriculture. À travers ces témoignages, la rédaction locale de Guinéenews vous plonge dans le désastre causé par les machines de dragage.

L’utilisation des machines appelées « dragues » par les orpailleurs le long des cours d’eaux de Siguiri (Bafing, Tinkisso) a un impact dangereux sur l’agriculture de cette localité de nos jours.

Comme nous signale cet agriculteur de Tiguibry du nom de Keita Amadou :

« Ces machines sont dangereuses. Les utilisateurs polluent l’eau, car la vidange de la machine se passe dans le fleuve et l’huile de vidange souille l’eau. Cela cause d’énormes problèmes à nos cultures, car si tu mets cette eau sur tes plantes, elles meurent automatiquement. Aujourd’hui, nos jardins potagers sont victimes de la pollution des eaux. »

La quête du gain facile des autorités locales serait à la base de leur mutisme et de leur indolence.
Et pire, le président de district de Niandankoura a encouragé la venue de ces machines en ces termes: »nous ne pouvons pas tendre toujours la main à l’État, aujourd’hui nous effectuons beaucoup d’activités chez nous c’est grâce à ces dragues. Donc, nous recevons d’importantes sommes à la fin de chaque mois. »

À cause de la voracité de l’appétit des autorités, l’environnement reste menacé. Au cours des investigations, nous avons suivi des jeunes de la direction préfectorale de l’environnement qui sillonnaient le long du fleuve. Et selon nos informations, des montants variant entre un million à deux millions étaient payés par machine et par mois comme redevance.

Un propriétaire de drague nous a dit, sous anonymat, qu’il verse chaque mois d’importantes sommes d’argent à la direction préfectorale des mines et de l’environnement. Mais aussi au bureau de district.

Ainsi, plus d’une centaine de dragues exploitent de l’or dans les fleuves en formant des digues au sein de la mer. Une situation qui provoque l’ensablement et la disparition des produits halieutiques.

Cette activité est menée au détriment de l’agriculture.

En effet, la préfecture de Siguiri a d’énormes potentialités agricoles. Selon les statistiques de la direction préfectorale de l’agriculture de Siguiri, il existe dans cette préfecture des terres cultivables de 500.000 hectares de coteaux et 25.000 hectares de plaines et de bas-fonds.

C’est la raison pour laquelle, Abdoulaye Magassouba directeur préfectoral de l’agriculture estime que « Siguiri est une zone à vocation agro pastorale et non aurifère. Mais, victime de la ruée vers l’or qui est un métal précieux très convoité. »

L’agriculture est une activité qui repose sur la pluviométrie (eau) et un sol fertile. Mais, les cours d’eaux de Siguiri sont victimes d’une destruction poussée à cause de l’orpaillage dans ces eaux.

Suite à ce dommage qui empêche l’agriculture de se développer à Siguiri, Aly Condé, le directeur de l’ANPROCA (agence nationale des produits agricoles) propose des pistes de solutions.

« Nous sommes inquiets de la pollution des eaux de Siguiri qui affecte réellement l’agriculture. Nous allons mettre en place une plate-forme de travail entre les ministère concernés (mines, agriculture et environnement) pour trouver une solution à cette situation alarmante. »

Le directeur préfectoral de l’agriculture Abdoulaye Magassouba, s’est également dit inquiet et impuissant pour mettre fin à cette activité.

« Nous avons parlé, nous sommes fatigués….. » s’exclame-t-il lors d’une causerie avec ces chefs de département de l’agriculture venus en visite de travail à Siguiri.

A noter que si rien n’est fait la campagne agricole de cette année aussi risque d’être vouée à l’échec.

Par ailleurs, Dieu seul sait quelle utilisation est faite des millions que payent les dragueurs chaque mois .