La question du troisième mandat : l’Afrique doit-elle suivre l’Orient ou l’Occident ?

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Après avoir accepté la compromission sous le joug de l’aide au développement de suivre servilement la démocratie occidentale, même libres et indépendants, les pays d’Afrique, toujours sous le tropisme de l’argent, ont accepté une autre compromission autrement plus contraignante en dépit de la richesse de leur sous-sol convoité par-ci et par-là. La limitation des mandats présidentiels à deux non renouvelables est un casse-tête sur le continent.

Au sommet de La Baule, la France avait conditionné l’aide au développement à l’alternance démocratique. Pour le Parti Socialiste de François Mitterrand, il fallait renverser la tendance qui maintenait les partis uniques nés des indépendances et qui, pendant la guerre froide, s’étaient scindés en deux groupes. Il y en avait qui dépendaient entièrement de la France, ceux qui étaient restés dans la Communauté franco-africaine et il y  en avait ceux qui se vouaient « révolutionnaires » et qui pendaient aux basques des pays du bloc socialiste. Tous ont gardé le système du parti unique, malgré l’existence sur papier des opposants qui n’ont jamais su et pu accéder au pouvoir de façon démocratique, par les urnes.

Les années 90 ont été particulièrement sanglantes pour l’alternance politique : le Bénin, le Mali, le Togo, l’Afrique du sud, le Zaïre, pour ne citer qu’eux, ont connu des fortunes diverses par rapport au Rwanda.

Depuis 2015, la question du troisième mandat fait débats et polémiques dans nombre de pays, majoritairement dans les pays francophones. Qu’on ne s’y méprenne, le Rwanda n’est devenu anglophone que par la force des choses et par la volonté d’un seul homme, Paul Kagame, dont le mandat est théoriquement illimité, celui du Burundi est en train de lui emboiter le pas pour faire comme le Congo Brazzaville. La RDC voisine a bien envie de faire comme les autres mais la résistance des prêtres met bien des bâtons dans les roues de Joseph Kabila, même quand ces prêtres et les « Hussards noirs de la République » se mêlent dans la danse politique faisant fi de la loi de 1905 en France qui sépare l’Etat de l’Eglise. On parle vaillamment de cette loi de la Troisième République française parce que toutes les lois et les  institutions politiques des pays africains sont fidèlement et servilement calquées sur les lois et politiques françaises ou anglaises.

Seulement, l’Angleterre, la France et les USA ne sont plus les maîtres de l’argent depuis maintenant une décennie, depuis la crise financière de 2008. L’argent a changé de camp, que la démocratie et l’alternance politique à l’occidentale aillent se faire cuire un œuf. Les regards sont tournés désormais vers Moscou et Pékin.

 La Russie, après avoir fait semblant de hurler avec les loups dans la démocratie, Vladimir Poutine avait fait le une-deux avec Medvedev, mais il s’en est vite lassé pour couper court depuis les sanctions économiques de l’Allemagne et de la France à cause de l’envahissement de la Crimée. Les guerres en Syrie et en Irak lui ont donné l’occasion de montrer à l’Europe ses capacités militaires retrouvées et surtout l’erreur d’appréciation et de jugement des Occidentaux depuis la chute de Kadhafi.

La Syrie ne sera pas la tombe de l’ONU, comme l’avait prédit François Delattre, le représentant de la France à l’ONU. La Ghouta orientale est difficile de répertorier comme une zone civile puisque des djihadistes de tous les bords sont mêlés aux rebelles syriens qui combattent pour renverser Bachar Al-Assad, que les Russes soutiennent dès les premières heures de ce conflit.

Comment demander aux Russes de dire aux Syriens de cesser le feu pour permettre d’évacuer des civiles qui refusent de s’en aller ou qui sont pris en otage au moment où la bataille décisive est engagée ? Il faut être dans un manichéisme sourd-aveugle pour demander ou exiger un cessez-le-feu à Bachar. Poutine sera réélu dans quelques jours sans grande surprise, l’adversité occidentale lui aura été salutaire. Vladimir Poutine promet de s’arrêter en2024…

Quant à la Chine, agacée par les divagations dans tous les domaines de Donald Trump, vient d’envoyer au diable cette limitation de mandat, un diktat purement occidental importé par Deng Xiaoping un peu frileux à l’époque où la Chine se cherchait. Maintenant qu’elle a fait ce bond prodigieux jusqu’à pouvoir racheter la dette de l’Uncle Sam, qu’a-t-elle à avoir des scrupules démocratiques à l’occidentale pour les beaux yeux de quiconque ? Et puis, les libertés d’expression et droits de l’homme machin-machin et façon-façon bizarres ne pourront jamais s’appliquer chez eux. Si un milliard trois-cent millions d’idées s’entrechoquent pour faire cacophonie, comment gérer une telle pétaudière ? Elle vient de trancher la question de mandat limité. Le mandat présidentiel sera désormais illimité pour le tenant actuel du titre. Seul défi, le bien-être du peuple…

L’Afrique ne sait plus à quel Saint se vouer et où donner de la tête. Elle doit chercher désormais son chemin, s’étant empêtrée dans des choix contre nature dans des compromissions pour compromettre leur devenir en ne sachant pas de quel côté se diriger. Les peuples émancipés ont ouvert les yeux sur la démocratie qui n’est aussi pas la panacée, est-il désormais possible de faire demi-tour ?