Labé : 2019, une année particulièrement agitée dans la région

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L’année 2019 a été une année mouvementée dans la région administrative de Labé,  où à l’image de la capitale  des crises sociopolitiques furent enregistrées. Avec parfois à la clé des manifestations de rue qui se sont soldées par des violences. Le fiasco de l’initiative présidentielle sur le reboisement et les déboires rencontrés par le Premier ministre Kassory Fofana, lors de sa dernière visite à Labé font partie aussi des événements qui ont retenu l’attention de l’opinion.

La nomination du gouverneur Madifing Diané mal accueillie

Tout d’abord, on a assisté à la nomination d’un nouveau gouverneur qui a pris service aux premières heures de 2019. El Hadj Madifing Diane a eu l’honneur de remplacer Sadou Keita qui était en service à Labé depuis 2011. La nomination d’un officier de police en remplacement d’un administrateur qui a paisiblement collaboré avec la population pendant plus de 8 ans, a fait grand bruit dans la cité, car pour plus d’une personne l’arrivée de Madifing Diane démontre une volonté de répression de l’État.

Pour son baptême du feu, le nouveau gouverneur a été confronté à une violente manifestation estudiantine en mai 2019 au sein de l’université Hafia de Labé. Pour tenter de ramener le calme, El Hadj Madifing Diane a réquisitionné la police et la gendarmerie.

Le bilan fut lourd avec un mort, plusieurs blessés et des dégâts matériels considérables. Face aux diverses interprétations de la violente intervention des forces de sécurité, El hadj Madifing Diané a endossé la responsabilité.

C’est en cette année également que le débat autour d’une éventuelle modification constitutionnelle visant l’octroi d’un 3ème  mandat au président Alpha Condé s’est amplifié. Un front national pour la défense de la constitution (FNDC) a vu le jour et s’est aussitôt invité à l’intérieur du pays. Du côté de la mouvance, le front national pour l’adoption d’un référendum de la constitution (FARC) est venu offrir l’antagonisme au FNDC dans la région administrative de Labé.

Les deux (FNDC et FARC) se sont mis à rivaliser sur le front des manifestations et contre manifestations saupoudrées de discours caustiques. Comme il fallait s’y attendre, les deux mouvements ont projeté des manifestations le même jour, au même lieu et à la même heure. Face à ce bras de fer, le conseil communal de Labé n’a trouvé mieux que d’annuler toutes les manifestations.

Progressivement, le FNDC de Labé s’est démarqué dans l’organisation des manifestations de rue contre toute modification de la constitution en république de Guinée.

 Cela, en mobilisant des marées humaines dans la région en général et Labé centre en particulier. Des manifestations, qui, il faut le reconnaître ont d’abord pris une allure violente avec des barricades, des torches de pneus et des rackets pour ne citer que ceux-ci. Une situation qui a poussé le gouverneur Madifing Diané à tenir un point de presse au cours duquel il a présenté un pistolet artisanal, des balles et des machettes qui auraient été saisies des mains des manifestants. En conséquence, il a réquisitionné l’armée. Il n’en fallait pas plus pour provoquer la colère du député uninominal de Labé qui a parlé d’un coup soigneusement monté par le gouverneur juste pour salir le nom de Labé qui manifeste pacifiquement. Ainsi, 10 jeunes arrêtés dans ces violences ont été jugés et condamnés par le TPI de Labé.

Les déboires de Kassory Fofana

Pour sa première visite au Foutah Djallon depuis sa prise de service dans le gouvernement de la troisième république, le Premier ministre Kassory Fofana a essuyé au mois de novembre dernier la colère des jeunes de Labé qui se sont attaqués à son cortège au moins deux fois. Une première fois, lors de sa rencontre avec les sages au siège de la fondation Bhoubha n’diyan. Ensuite, les jeunes ont pourchassé et confiné la délégation gouvernementale pendant des heures dans son hôtel de résidence à Pounthioun. Puis, le lendemain à Dombi où au moins deux véhicules ont été callaissés par des jeunes surexcités.

Les législatives déchainent les passions

L’actualité politique locale fut aussi marquée en cette année 2019 par les difficultés enregistrées lors des opérations  d’enrôlement et de révision des listes électorales. Pour un corps électoral estimé à plus de 184 000 électeurs, tenez-vous bien, Labé n’a reçu au départ que 65 000 récépissés, avant d’accuser réception d’un deuxième lot de 60 000 récépissés qui, également n’a pas pu couvrir l’insuffisance. Les opérations d’enrôlement ont pris fin selon les prévisions de la CENI (commission électorale nationale indépendante) au 16 décembre 2019, alors que selon la CEPI (commission électorale préfectorale indépendante) de Labé qui a comptabilisé les statistiques fournies par les CAERLE (commission administrative d’établissement et de révision des listes électorales); à l’exception de 5 CAERLE; c’est un total de 164 795 électeurs qui ont été inscrits sur l’ensemble du territoire de la préfecture de Labé. Malgré cet écart qui saute aux yeux, la CENI n’a pas accepté de rallonger le recensement.

Toujours en prélude aux législatives du 16 février 2020, les primaires s’annoncent très rudes au sein du bureau fédéral de l’UFDG Labé. Avec au moins 4 candidats déclarés à l’uninominal, pour l’heure le parti d’El Hadj Cellou Dalein Diallo peine à communiquer autour d’une seule figure. Ce, alors que la date limite de dépôt des listes électorales est fixée au 27 décembre. De l’autre côté les représentations politiques n’ont pas manqué de fustiger la hausse de la caution qui, de 20 000 000 GNF est montée à 50 000 000 GNF à l’uninominal. Pour la liste nationale, en lieu et place de 76 000 000 GNF on en  est cette année à 200 000 000 GNF, soit une hausse de 170 %. Pour plus d’un observateur, c’est juste une façon d’écarter certains partis politiques.

Enfin, les fédérations locales ont également exprimé leur déception par rapport à l’adresse à la nation du chef de l’État dans la soirée du 19 décembre 2019.

Communication suite à laquelle le projet de nouvelle constitution a été rendu public.

Du côté de la santé, en mai 2019 une diarrhée sévère s’est déclarée dans la maison centrale de Labé où au moins deux détenus ont trouvé la mort. Aussitôt alerté sur des risques d’une épidémie de diarrhée en milieu carcérale, les autorités sanitaires ont pris toutes les dispositions pour un meilleur suivi médical des détenus.

Par ailleurs, une épidémie de rougeole a aussi été annoncée par la direction préfectorale de la santé (DPS) avec 12 enfants diagnostiqués positifs. Le refus des ménages de faire vacciner leurs enfants a été pointé du doigt par les autorités sanitaires. Et il ne faudrait pas occulter les statistiques du SIDA qui continue de grimper dans la région. Mais à en croire les autorités sanitaires, seulement 1 454 des 3 554 séropositifs de la région se prêtent au suivi médical.

À l’image des précédentes, les résultats scolaires ont également été catastrophiques en 2019 dans la région administrative de Labé avec un pourcentage très faible aux différents examens nationaux. Comme il fallait s’y attendre, autorités locales de l’éducation, encadreurs et parents d’élèves ont vite pointé un doigt accusateur sur les manifestations en répétition du syndicat libre des enseignants et chercheur de Guinée (SLECG).

Il faudrait aussi signaler que les enseignants qui ont été sanctionnés pour fait de grève; soit par gèle de salaire où mutation, ont tous été rétablis dans leur droit par le département de l’éducation.

Reboisement, une initiative présidentielle bâclée

Au niveau de l’environnement, 2019 fut marqué par l’initiative présidentielle sur le reboisement. Tout d’abord des missions de prospections du département de l’Environnement ont séjourné dans les cinq préfectures de la région où des sites ont été choisis et des organisations ont également été ciblées pour l’exécution projet. Effectivement en août 2019 les travaux de reboisement ont été lancés sur l’ensemble des préfectures de la moyenne Guinée. Une activité qui n’a visiblement pas donné les résultats escomptés, car par exemple à Labé centre, seulement 15 des 65 hectares prévus ont été reboisés. Et il  faut profiter de l’occasion pour déplorer la forte menace qui pèse quotidiennement sur l’environnement sur l’ensemble du territoire de la région administrative de Labé.

Le phénomène des coupeurs de route a empiré

Dans le secteur des transports, on a d’abord assisté au congrès, longtemps sollicité du syndicat des taxis-motos de Labé. Congrès au sortir duquel une nouvelle équipe fut élue. A noter que l’équipe de Thierno Abdourahmane Diallo et d’Abdoulaye Sow a d’abord rehaussé considérablement les revenus de la commune qui ont été triplés.

Par contre, l’inter centrale syndical CNTG – USTG (confédération nationale des travailleurs de Guinée –  union syndicale des travailleurs de Guinée) peine toujours à sécuriser ses chauffeurs victimes  d’attaques mortelles au quotidien le long des routes.

Du côté du syndicat automobile, les coupeurs de routes se sont nettement fait entendre avec plus d’une trentaine d’attaques enregistrées  de janvier à ce jour, principalement sur la route nationale numéro 1 (Conakry – Labé), selon le syndicat. En plus du calvaire vécu, chaque année à Sita sur la nationale Labé – Koundara, on a aussi assisté cette année à une situation inédite à Mali Yembering, après que les eaux de ruissèlement aient emporté le pont de M ‘bagou. Une situation qui a paralysé la circulation entre cette préfecture et le reste de la région avec tous les problèmes qui vont avec.

Labé attend toujours son bitume

Il ne faudrait pas aussi occulter le chantier de bitumage de la voirie urbaine de Labé en cours depuis février 2019. Avec un contrat de 20 mois, raflé par l’entreprise Guicopress. Mais à ce jour, le constat est alarmant, car seulement 1 kilomètre 200 mètres de bitume a été posé dans la commune urbaine, depuis le démarrage des travaux.

Le sport, source de violence

Sur le plan  sportif, les jeunes de Labé se sont distingués en cette année 2019 par des comportements  violents,  au stade régional lors de tournois dont le premier est dénommé « un jeune un modèle, doté du trophée Mamadou Antonio Souaré » et le second doté du trophée en hommage à l’honorable Mamadou Cellou Baldé, le député uninominal de Labé. Des rencontres qui opposent des quartiers de la commune urbaine et qui se sont soldées par des scènes inouïes.