Labé : les fermes avicoles fortement impactées par la Covid-19

0
309

 En plus des autres secteurs frappés de plein fouet par la pandémie, les conséquences du nouveau coronavirus risquent de peser très lourdement sur les fermes avicoles de la commune urbaine de Labé, qui à cette allure pourraient mettre la clé sous le paillasson.

En plus de l’alimentation des volailles qui se fait de plus en plus rare, les stocks de produits chimiques en provenance exclusivement de l’Occident et indispensables dans le fonctionnement des centaines d’entreprises avicoles de Labé sont en passe d’être épuisés, a appris Guinéenews sur place.

Diallo Ousmane Algassimou, diplômé en sociologie de l’environnement, aviculteur en service depuis 2010, tente de situer les responsabilités : « tout le monde le sait et tout le monde est au courant qu’actuellement l’aviculture court des risques. Et les risques là c’est quoi ? Si on n’arrive pas à gérer cette maladie, nous, aviculteurs on risque d’avoir de sérieux problèmes. C’est-à-dire si ça continue comme ça, on ne pourrait pas avoir l’alimentation des volailles. En plus il risque d’avoir sous peu rupture de produit chimique comme la méthionine, le phosphate bi calcique, … c’est des produits qui viennent de l’Europe. Et cela est pratiquement épuisé et on n’a pas où prendre. Et si on n’a pas ces produits, les volailles ne vont pas pondre ; et si cela arrive naturellement on serait obligé de les vendre et de fermer les fermes », déclare-t-il.

Pour ce qui est de l’alimentation, le manque à gagner est énorme selon notre interlocuteur : « par exemple le maïs. Vous savez que le Fouta n’arrive pas à produire une quantité de maïs suffisante. Donc, c’est un impact ; Il faut qu’on se déplace jusqu’à Gueckédou et parfois même en Côte d’Ivoire, au Mali, au Burkina. Il fut un temps où on est allé jusqu’au Brésil pour avoir le maïs en quantité suffisante parce que imaginez 60 % de l’alimentation des volailles c’est du maïs. Donc si Labé n’arrive pas à trouver du mais en suffisance, naturellement on va perdre nos volailles parce qu’on est en train d’épuiser nos stocks comme ça. Si ça continue ainsi, les fermes risquent d’enregistrer des dégâts par faute d’alimentation », prévient-il.

Mais pas que. Le prix des produits avicoles comme les œufs et la fiente est frappé de plein fouet par la crise sanitaire, dixit Diallo Ousmane Algassimou.

« L’autre aspect est que le mois de ramadan va passer sous peu et le pris des œufs va chuter comme cela s’est passé avant le mois saint. C’est l’arrivée du ramadan avec une forte demande qui a permis en ce moment d’équilibrer le prix, sinon on vendait l’alvéole à 15 000 GNF ici, car c’est un produit qu’on ne peut pas stocker. Dès que c’est produit il faut revendre, sinon tu vas perdre. Et avec le ramadan on vend actuellement l’alvéole entre 25, 27 et 30 000 GNF, parce que la majeure partie des personnes ne consomme les œufs chez nous à Labé, qu’au mois de ramadan. Donc, après le ramadan on s’attend au pire, car la consommation va baisser. Et cela va s’ajouter au fait que le transport est bloqué ; donc on ne peut exporter », ajoute le fermier.

« Nous au Fouta ici, on n’arrive pas à élever les poulets de chair. Sinon c’est les poulets de chair qu’on pourrait revendre à chaque 45 ou 50 jours. Par contre, nous on a des poules pondeuses ; donc c’est à chaque 1 an 6 mois que tu arrives à avoir des poules reformées, donc à revendre. Mais de ce côté le prix de vente des poules est normal », reconnait-il.

Pour ce qui est des débouchés, Diallo Ousmane Algassimou explique : « d’habitude nous, on revend les œufs en grande quantité à Siguiri, Kankan, Guéckédou, … eux ils accordent de l’importance au produit parce que imagine-toi un œuf coute 1 000 GNF, alors qu’1 kilogramme de viande coute 35 à 40 000 GNF. Et maintenant scientifiquement ils ont prouvé qu’un œuf peut avoir les mêmes vitamines que la viande. Donc si tu n’as pas le prix d’un kilogramme de viande, achète-toi un œuf. Imaginez si chacun consommait ne serait-ce qu’un œuf par jour ici à Labé, on aurait jamais besoin d’exporter ailleurs », estime-t-il.

Rien que dans cette ferme visitée par Guinéenews, c’est un total de 40 alvéoles de 30 œufs (chacune) qui sont produites et stockées dans des magasins où les alvéoles ne font que s’entasser selon nos informations.