Le célèbre comédien Sow Bailo plaint le sort des artistes et sportifs guinéens

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Il s’appelle El hadj Amadou Bailo Sow, couramment connu sous le nom d’artiste ‘’Sow Bailo’’. Il est fils de feu El hadj Ibrahima et de Hawa Sow. Marié à une femme, il est père de 6 enfants dont 2 garçons et 4 filles. Il a effectué ses études primaires à Djountou, le secondaire à Bowloko et à Konkola et le lycée annexe dans la Préfecture de Labé. Il terminera ses études à l’Ecole Nationale des Arts et métiers (ENAM) à Conakry dans l’option météorologie.

Plus tard, il partira pour Cuba où il achèvera ses études dans la même option pendant plusieurs années. Il est Ingénieur météorologue de profession, en service au bureau d’études et de recherches à la Direction nationale de la météorologie.

Musicien chanteur à ses débuts, Sow Bailo très doué dans la comédie a fait ses preuves pendant plus de 59 ans sur les scènes nationales et internationales.

Cet éminent comédien, connu de par ses talents qui ne passent pas inaperçus, a reçu Guineenews dans son bureau, situé au quartier Tombo dans la commune de Kaloum.

Assez détendu et jovial, cet Ingénieur, artiste comédien dans une aisance presqu’inné en lui, avec des brins d’humour, a bien voulu se livrer aux questions de Guineenews.

Né artiste dit-il, il est sur scène depuis 1961. Un parcours jalonné de succès, Sow Bailo nous relate ses beaux souvenirs et renonce de raconter les mauvais souvenirs au risque de les faire revenir.

Conscient d’avoir servi sa patrie et de n’avoir eu de récompenses que des félicitations, il nous fait un parallèle entre sa génération et celle d’aujourd’hui.

Riche de par la reconnaissance exprimée à son endroit par ses admirateurs, Sow Bailo, n’a de source de revenu que son salaire de fonctionnaire. Pour un sketch de comédie qu’il livre aux lecteurs et qui fait pouffer, Sow Bailo dit ne rien regretter aujourd’hui sur le plan de l’art et compte produire pour la postérité, un enregistrement de ses œuvres avec l’appui du jeune comédien Mamadou Togh.

Après 59 ans d’exercice sur scène, Sow Bailo avoue être toujours en location, se dit piéton et continue de s’embarquer au bord des taxis ou des occasions pour assurer ses déplacements.

Plus ou moins remonté, il affirme que l’Etat ne s’occupe pas des artistes et des sportifs et plaint le sort de la nouvelle génération, à moins que demain soit meilleur qu’aujourd’hui.

Lisez l’interview

Guineenews : ingénieur de profession, comment avez-vous embrassé ce métier d’artiste et quel fut votre parcours?

Sow Bailo : je crois que l’on naît artiste. On dit le plus souvent que « l’art est raison et la raison est humaine ». Ce qui dit que chacun des mortels peut un peu voir là-dedans. Ceux-là qui voient mieux dedans c’est bien ceux qui sont appelés artistes. Je suis né comme ça.

Pour mon parcours, je vous dirais que je suis sur scène depuis le 30 juin 1961 avec mon maître de la 2ème année du primaire qui s’appelle Monsieur Bangaly Kourouma, qui vit encore et qui habite à la Bellevue, dans la commune de Ratoma. J’ai joué dans plusieurs pièces de théâtres. Je me rappelle de la première pièce intitulée en pular ‘’Barèatyamatamèdè’’ (on n’a cessé d’offrir le poignet de nourriture au chien). Ensuite au collège avec feu Emile Cissé nous avons joué la célèbre pièce ‘’Et la nuit s’illumine’’. Nous sommes venus à Conakry dans le cadre théâtral pour se produire le 24 septembre 1967, lors de l’inauguration du Palais du peuple. Pratiquement, depuis 1961, j’ai cumulé les études et l’art. La liste des péripéties dans ce métier est très longue, cela risquerait finalement de vous ennuyer car, j’ai servi régulièrement dans ce domaine.

Guineenews : vous êtes sur scène depuis 1961 que retenez-vous encore de bons et de mauvais souvenirs dans votre parcours ?

Sow Bailo : un premier beau souvenir est quand je suis parti représenter la Guinée au rassemblement international des Pionniers à ARTECK  à 2070 Km de Moscou. Je n’oublierai jamais ce voyage qui me restera toujours en mémoire. Un autre beau souvenir est ma participation artistique lors de l’inauguration du Palais du peuple en 1967.

Je n’aime pas parler des mauvais souvenirs au risque de  les faire revenir (rires).

Guineenews : pouvez-vous nous établir aujourd’hui un parallèle entre votre génération d’acteurs ou de comédiens et la génération actuelle ?

Sow Bailo : disons que j’ai commencé mes prestations au temps de la Révolution. On faisait tout pour le peuple, pour la patrie. Toutes les récompenses n’étaient que des félicitations. Actuellement, chacun cherche de l’argent. Le problème en Guinée est que l’art et le sport n’ont jamais été récompensés par les gouvernements guinéens. Aujourd’hui bien qu’il y a des talents, tout le monde court derrière l’argent pour le bien-être et pendant que nous autres avions consacré toute notre vie à servir et à honorer le pays.

Guineenews : 59 ans sur scène, de quoi pouvez-vous vous enorgueillir aujourd’hui à travers ce métier? Finalement de quoi êtes-vous riche ?

Sow Bailo : toutes ces années sur scène ne m’ont apporté que de la publicité, de la reconnaissance et de l’amour des fans et surtout pas de l’Etat.

Guineenews : de l’argent vous n’en aviez pas eu ?

Sow Bailo : N O N ! (en prononçant lettre par lettre), ce métier m’a procuré de la notoriété et partout où je passe, c’est Sow Bailo qui est intercepté par une foule que j’amuse par de la comédie.

Guineenews : quelles sont vos sources de revenus ?

Sow Bailo: simplement mon salaire de fonctionnaire à la Direction nationale de la météorologie  et rien d’autre de plus.

Guineenews : exercez-vous aujourd’hui dans ce métier d’artiste ?

Sow Bailo : non, c’est fini et il arrive rarement que j’obtienne des contrats de prestations.

Guineenews : assistez-vous cette nouvelle génération pour leur épanouissement dans l’art ?

Sow Bailo : Rares sont ceux qui me consultent et il me plaît parfois d’aller voir et écouter ce qu’ils font. Il y a quelques-uns qui me suivent et qui ont envie de me ressembler et qui savent l’apport que j’y ai fait. Ceux-ci me contactent occasionnellement. J’ai un ami parmi la nouvelle génération du nom de Mamadou Togh, qui me rend visite à toutes les occasions.

Guineenews : pouvez-vous nous servir ne serait-ce que pour un petit instant un sketch de comédie ?

Sow Bailo : un jour que j’allais en ville, je faisais de l’auto-stop et j’ai arrêté une demoiselle qui a été du coup gentille avec moi et m’a déposé. A ma descente, je l’ai remercié en ces termes : merci et que vous êtes gentille et très belle. Elle me répondit : merci et que sa grand-mère lui a dit que nous avions fait l’école primaire ensemble.

Guineenews : dans la musique, le théâtre, la comédie, l’art en général vous vous êtes investi.  Peut-on connaître vos sources d’inspirations ?

Sow Bailo : Disons que je m’inspire de tout ce que j’observe. J’ai commencé à être membre d’un orchestre le 8 novembre 1968. C’était la deuxième formation orchestrale du Kolima jazz de Labé. Et en 1970, j’ai intégré l’orchestre fédéral type en qualité de chanteur. Mes sources d’inspiration sont diverses et cela me vient à tout moment et à tout temps.

Guinéenews : aviez-vous des regrets aujourd’hui d’avoir servi et sans aucune récompense à l’appui ?

Sow Bailo : Non je n’ai pas de regret parce que ce métier m’a permis d’être connu et de connaître beaucoup de gens. Donc, je n’ai absolument pas de regret.

Guinéenews : quelles sont vos perspectives dans ce domaine ?

Sow Bailo : oui j’ai un projet qui m’a été soumis par Mamadou Togh. C’est pour un enregistrement de mes œuvres pour la postérité. Nous avions démarré ce projet et qui s’est arrêté pour le moment, et j’espère que ce projet verra jour.

Guineenews : Vous aviez visité les lieux saints de l’islam. Vous n’aviez pas raccroché après votre pèlerinage. Peut-on savoir les raisons de votre engagement pour la continuité ?

Sow Bailo : c’est aussi simple. C’est tout ce que je sais et peux faire pour ma patrie. J’ai à cœur de faire tout ce que je peux pour la Guinée. Advienne que pourra, je suis guinéen.

Guineenews : aviez-vous des remontrances que vous voudrez bien nous exposer ?

Sow Bailo : non je fais le maximum de moi-même pour me fâcher très rarement pour ne pas dire absolument pas. Sur le plan de l’art, je n’ai aucun reproche envers qui que ce soit. Tout le monde a de l’admiration pour moi et j’ai envie de rembourser la même chose. Ce n’est pas aisé mais quand même, je m’y prends.

Guineenews : sur le plan des structures de l’Etat qui coiffent ce secteur de l’art vous avez certainement un point de vue à émettre?

Sow Bailo : je dirais que l’Etat ne s’occupe ni du secteur des arts moins celui des sports. C’est regrettable aujourd’hui de rappeler que le célèbre artiste émérite feu Sory Kandia Kouyaté, récipiendaire du disque d’or de l’académie Charles Cross est décédé pendant qu’il était encore en location à la SIG. Seule en Guinée on peut vivre de pareilles situations. J’ai vu Hadja Kadé Diawara à ses dernières heures vivre dans la détresse totale. J’ai aussi suivi le S.O.S à l’endroit de Jeanne Macauley, cette éminente artiste du temps même de feu Fodéba Keita. C’est inacceptable de vivre tout ce qui se passe de ce côté-là et ce qui certifie, qu’il n y a aucune récompense pour les artistes guinéens ainsi que les sportifs.

Guineenews : aviez-vous des conseils à prodiguer à  la jeune génération qui pratique cet art?

Sow Bailo : je ne peux que les encourager en souhaitant que demain soit meilleur qu’aujourd’hui. Je pense à tout ce qui est bon pour la Guinée. Quand je vois les artistes ou sportifs qui se battent  pour le pays, cela me fait énormément plaisir mais, je plains leurs sorts. Personnellement je suis encore en location. Après 59 ans d’arts sur scène, ça devait me valoir au moins un domicile. Je suis un piéton et tout le monde le sait. Ce qui reste clair, je ne suis pas le seul dans ce cas de figure. Je vais encore vous faire rire. Après un spectacle réalisé au cinéma 8 novembre en compagnie des regrettés Italo Zambo, Yakhouba Pèssè, Kèndèka, nous avions pris une photo de famille. Récemment, mon épouse en train de fouiller mes archives, ressort  cette photo et me dit : Koto Bailo, regarde tu es là sur la photo avec Italo Zambo, Kèndèka et Yakhouba Pèssè. Je lui ai dit de fermer cet album car, tous ces trois autres sont décédés et il ne faut pas qu’elle fasse, que Dieu se rappelle que je suis encore en vie.

Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guineenews