Le coordinateur d’un groupement de femmes rurales de Kissidougou, Souleymane Guèye, à Guinéenews©

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« Nous avons pris l’initiative de révolutionner sur la production des légumes à Kissidougou…»

Le groupement des quatre cent soixante quatorze (474 » femmes rurales de Kissidougou évolue dans la production de légumes, dont dépendent en partie les marchés de cette préfecture forestière. Dans cet entretien accordé à notre reporter, le coordinateur de ce groupement, Souleymane Gueye dresse un état des lieux du fonctionnement de ce groupement composé de veuves et de femmes divorcées, en quête de leur pitance quotidienne. Entretien.

Guineenews© : Vous êtes le coordinateur, l’encadreur des femmes rurales de Kissidougou, parlez-nous de votre projet ?

Souleymane Guèye : Au fait, nous avons un projet basé sur l’agriculture, l’agro-business, s’il faut le  dire. Au jour d’aujourd’hui, nous avons  au sein de notre structure quatre cent soixante quatorze (474) femmes réunies en groupement, qu’on appelle le groupement des  » femmes rurales  » de Kissidougou. Notre projet est lié à la production des légumes qui sont en manque dans notre marché. Tels que l’oignon tubercule, la grosse tomate  » lamongale ». Nous sommes en train d’essayer beaucoup des choses avec ces femmes-là.

Guineenews© : Vous êtes en train d’encadrer les femmes rurales,  quels sont les moyens dont vous disposez à votre niveau ?

Souleymane Guèye : Par rapport aux moyens que nous avons, on a reçu un appui d’une dame en l’occurrence  Madame Diané née Aminata Touré, elle nous a assisté à travers des outils de travail tels que des brouettes, des bassines, des arrosoirs, des sceaux en plastique; des dabas, des râteaux ensuite des semences.

Guineenews© : Parlez-nous de vos perspectives ?

Souleymane Guèye : Notre principal objectif avec ces femmes, c’est de faire de Kissidougou, une zone de production maraîchère en plein temps. C’est à dire à chaque fois qu’on a besoin des légumes, on peut  les trouver au marché de façon abondante. Vous savez jusqu’à présent Kissidougou est une zone de production saisonnière. Ensuite, nous allons voir après la moisson du riz que les gens arrivent à avoir accès aux bas fonds pour faire le maraîchage. A l’heure actuelle, nous sommes en train de chercher des bonnes places, afin de nous installer durablement et qu’on puisse couvrir les 12 mois de l’année en produisant des légumes.

Guineenews© : Présentement, vous avez combien des basfonds aménagés et qu’elles sont les variétés de légumes que vous avez expérimentées dans ces aménagements?

Souleymane Gueye: Pour le moment, nous avons négocié un bas fond de 10 hectares qui constitue pour nous une zone d’expérimentation. Ce bas fond est non loin de la ville, il se trouve au quartier Missira. Au niveau de ce bas fond, on a aménagé pour le moment 2 hectares. Nous avons mis cinq variétés de légumes en essai, le chou, le chou pommé, l’aubergine « calanda », le piment jaune communément appelé  » Tyson », il y a encore l’oignon tubercule, la grosse tomate.

Guineenews: Quelles sont les ONG qui vous viennent en appui présentement sur le plan technique ou matériel?

Souleymane Gueye: Au jour d’aujourd’hui, nous constatons quand même qu’il y a des personnes de bonne volonté qui veulent venir nous appuyer. Mais nous, on n’est pas parti d’abord vers les ONG puisque  nous sommes en train d’initier d’abord les femmes et travailler sur le terrain pour que quand nous allons commencer la démarche, il faut que les gens là voient sur le terrain des actes concrets, c’est à dire visibles. Il faut poser des actes avant de demander de l’aide, mais généralement les gens mettent l’aide, avant le travail. Mais nous c’est le travail que nous mettons devant avant de penser à l’aide. Normalement, il faut rassurer  le partenaire à partir   des travaux préalables effectués sur le terrain.

Guineenews© : Vous encadrez des femmes qui sont dans des problèmes de foyers, certaines sont dans des associations « sèrès ». Comment vous arrivez à travailler avec elles ?

Souleymane Guèye : Au fait, nous sommes avec des femmes, je peux vous dire la plus jeune dame d’entre elle a 35 ans, le reste ce sont des dames de 50 ans ou plus. Ce sont des femmes vulnérables, pauvres… certaines sont des veuves, elles ont perdu leurs maris. D’autres ont été victimes d’Ebola, on a encore parmi elles, des femmes qui ont divorcé avec leurs maris. Vous allez voir parmi elles,  des femmes qui jouent le rôle des maris en famille, parce que leurs maris les ont abandonnées à Kissidougou pour aller dans les zones minières à Siguiri, à Mandiana. Elles sont là avec leurs enfants.  Il y a des femmes qui traversent toute la ville en marchant à pieds pour rejoindre le lieu de travail. C’est à dire elles viennent à pieds et elles retournent à pieds. On a des difficultés pour le respect des heures de rencontre. Mais vu leurs difficultés, les femmes là sont courageuses. Elles croient toujours à ce que nous faisons. Elles aiment beaucoup  travailler dans notre groupement. La particularité de ces mamans c’est elles-mêmes qui me poussent à aller travailler avec elles. Elles me disent toujours d’augmenter la surface de notre champ. Malgré que nous travaillons difficilement avec des moyens rudimentaires.

Guineenews© : Quelles  sont les propositions que les femmes vous ont faites dans la mise en œuvre de votre projet ?

Souleymane Guèye : Nous avons pris l’initiative de révolutionner sur la production des légumes à Kissidougou. Il faut que tout le monde ait accès à la laitue pour la salade, le chou pommé, à la carotte, à la tomate… Mais qu’est-ce qu’elles m’ont proposé, parmi les femmes là, nous allons sélectionner d’autres femmes qui peuvent commercialiser nos produits. Il y en  aura d’autres aussi qui vont être sélectionnées pour la transformation. Ce sont des proportions que j’ai beaucoup appréciées.

Guineenews© : Quelles sont vos besoins ?

Souleymane Guèye : Ce sont des plaidoiries que nous faisons. Vous savez, le périmètre là où nous travaillons n’est pas sécurisé. Nous avons toujours des problèmes par rapport aux animaux qui envahissent notre champ pour brouter les cultures. Ensuite la motopompe que nous avons est très petite par rapport à notre champ. On a un problème de moyens de transport pour nous envoyer  les engrais organiques et transporter même ces femmes-là, qui quittent loin du champ, afin qu’elles arrivent très tôt au lieu du travail. Ce sont ces femmes-là qui mettent ces engrais dans des sacs et les transportent en les mettant sur leurs têtes. Nous utilisons les engrais organiques et non bio, notamment les sondes de riz, les crottins de vaches, les bouffes de bœufs. Donc c’est  ce que nous ramassons à  longueur de la journée, pour transporter au champ.