Le Mali, sous la menace électorale : Un coup d’œil sur le pays (Analyse)

août 9, 2018 9:56
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Avec une superficie de 1.241.021 km², partagée entre 3 Régions naturelles, la Zone soudanienne, la zone sahélienne et la zone saharienne, le Mali abrite 76 ethnies qui cohabitaient dans une parfaite harmonie, avant la rébellion touareg.

Produit du grand Empire Manding du XIIIe siècle qui s’étendait au-delà des limites actuelles, le Mali est le berceau d’une civilisation qui lui vaut, aujourd’hui, d’être le dépositaire de toutes les valeurs culturelles ayant prévalu à l’élaboration de la Charte de Kurukanfuga, considérée comme le témoignage de la volonté d’un peuple, dans toute sa diversité. D’autant que toutes les communautés ethniques du grand Mandé y étaient représentées.

Le Mali d’aujourd’hui est à la recherche de repères identitaires, du fait des conséquences de la mal gouvernance instaurée dans le pays, à la chute du président Modibo Kéita en 1968.

Le parti unique, le PUDP, devenu un parti-état instauré par la junte militaire, dirigée par à l’époque par le lieutenant Moussa Traoré, a fortement nui aux finances publiques, malgré les mesures préconisées pour punir les coupables de concussions. Les libertés n’étaient pas confisquées, mais les contraintes du parti unique pesaient lourd sur les populations.

Le problème touareg

Les Touareg sont des berbères venus de la Libye. Pourchassés par le Roi de ce pays, à l’époque de leur exil, ils ont été contraints de s’enfuir pour le sud du Maghreb, à la recherche de refuges plus cléments. C’est ainsi, qu’ils se sont installés dans trois pays qui se partageaient le Sahara : Le Soudan, l’actuel Mali, La Haute Volta, l’actuel Burkina et le Niger.

Il faut préciser que ceux ayant regagné le nord du Mali s’y sont installés grâce au droit d’asile que les propriétaires des lieux leur ont accordé. Les Gandakoï ou propriétaires des lieux, les songhaï ou les sonraï constituaient la population autochtone de la Zone. Ce droit d’asile leur a permis de mener leur vie nomade, même si certains d’entre eux, ayant choisi une existence semi-sédentaire, ont fondé de petits campements identifiables. La communauté ‘’keltamachaque’’ (des touareg) est fortement hiérarchisée. Il ya le groupe des marabouts ( les kelantasars, les kalakanzafs, les idnens) dans la partie sud, celui des guerriers, dans l’extrême nord, ( les Oulimindens, descendants de Firhoun, un résistant touareg ayant combattu les français à Andéraboucane (il y perdra la vie), les Dagas, considérés comme de la classe inférieure. Il ya aussi, malheureusement, le groupe des esclaves, les Bellas, des noirs asservis sur lesquels ils ont droit de vie et de mort.

Au fil du temps, ces berbères ont eu le droit de citoyenneté. Une coupure de journal datant de 1956, que nous avons lue, évoquait l’aspiration de cette minorité à l’indépendance, c’était sous la plume d’un administrateur colonial.

A ce moment, le groupe touareg  avait des Amanokals, des chefs de tribus nomades. L’administration française, inspirée de cet article de presse avait réalisé un sondage auprès des chefs de tribus qui rejetèrent l’idée. C’est ainsi que la Métropole française avait fondé l’OERS, l’organisation des Etats riverains du Sahara, une façon subtile de poser les jalons d’un éventuel état indépendant hypothétique qui s’étendrait  sur les parties-nord  des trois pays qui abritaient les touareg.

C’est sous la première République que les remous touareg avaient débuté, mais réprimés. Sous la deuxième République, la répression avait été plus sanglante. Sous la troisième, ATT avait cru mettre fin au mouvement, en acceptant de signer les accords de Tamanrasset(Algérie) qui devaient plutôt favoriser le mouvement touareg, parce que de nombreux rebelles devaient être incorporés dans l’armée malienne, avec des grades fantaisistes. Ce fut le début de tout ce qui est vécu aujourd’hui au Mali. Il faut savoir que la communauté blanche du Nord-Mali y représente  30% de la population.

La présidentielle de 2020 et ses  effets déstabilisateurs.

Le premier tour, controversé,de la présidentielle est passé, non sans contestations. Le second se prépare sur fond de tensions vives, quoiqu’on dise. Aujourd’hui, les esprits sont surchauffés, il a même été enregistré des pneus calcinés sur certaines routes de la capitale. Les troupes sont mobilisées de tous côtés et il n’est pas exclu que la situation empire. Malgré les appels à une mobilisation lancés par le chef de file de l’opposition et ses alliés, il serait hasardeux d’affirmer que le président sortant est en mauvaise posture, quand on sait qu’il a toute l’administration de son côté et de nombreux groupes de pression prêts à le soutenir pour une victoire probable. La question est moins que IBK puisse être reconduit que de savoir comment gérer l’après-victoire dans un pays où le mécontentement est général, où des populations, appauvries par les effets de la mal gouvernance et la corruption, ne ménageraient rien pour se faire entendre. Il ya lieu de redouter un soulèvement au cas où les résultats seraient  autres que ceux sortis des urnes. Le second tour pourrait-il avoir lieu à la date fixée ? C’est une autre question !