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    Le positionnement politique en Guinée, l’oxygène du pouvoir autoritaire

    Le phénomène le plus marquant de la culture politique guinéenne est le « positionnement » ou l’habileté de changer de veste au gré des changements politiques. L’immense majorité des instruments de répression sont restés les mêmes depuis l’indépendance. Des forces armées aux agitateurs politiques, ce sont toujours les mêmes qui claironnent et entretiennent le culte du chef quitte à soutenir celui qu’ils vilipendaient hier quand ce dernier, comme le cas de l’actuel président, passe du statut d’opposant au poste de président.

    En outre, les partis politiques étant ethniquement constitués, il est difficile de faire une distinction entre leur positionnement politique sur des thématiques majeures. Par exemple, quelle est la différence entre le RPG et l’UFDG sur l’aide internationale, la présence des multinationales, etc. Comment le savoir ? Ainsi, les partis sont constitués pour refléter sur la scène publique les ambitions hégémoniques des groupes ethniques. Les positionnements sont donc ethniques, clientélistes et opportunistes. Les débats thématiques sont absents parce que peu porteurs de renouveau. Les populations étant majoritairement analphabètes, elles sont aussi manipulées dans ce jeu. Si bien que la voix d’un intellectuel sera inaudible dans sa communauté d’origine si par exemple il s’opposait à un leader politique de cette communauté. Ce fut le cas d’Ousmane Kaba face à Alpha Condé récemment lors de la dernière campagne. En gros, le positionnement politique en Guinée est à forte coloration ethnique alors que dans les démocraties occidentales il est à forte coloration idéologique. Il n’est toutefois pas exclu que dans l’un et dans l’autre, il n’y ait pas un faible pourcentage de l’ethnique et de l’idéologique, tant les hommes manquent de conviction et les discours sont imprégnés de flagornerie.

    La démagogie, un phénomène culturel bien guinéen

    En vérité, la société guinéenne est certainement une société où l’usage de la démagogie comme moyen de survie est un des plus répandus au monde. C’est le lieu où l’on voit souvent les gens vouer à leurs chefs une telle allégeance si démesurée qu’ils finissent par les élever au rang de « dieux » en leur collant toutes sortes de titres, qu’ils les méritent ou pas. En effet, les appellations du genre « Professeur, Excellence, Docteur, Président, Mon grand, Doyen, le Sage, le Big Boss, etc. » font partie du vocabulaire quotidien de beaucoup de guinéens. Cette attitude des gens à l’égard du chef a été qualifiée par Tocqueville de « nouveau despotisme ». Dans son ouvrage majeur « De la démocratie en Amérique », il écrit : « Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme […] Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. »

    Cette disposition assumée de certains individus à vouloir se montrer si zélés et si aimants vis-à-vis du chef en le bombardant de toutes sortes de titres prestigieux pour obtenir leur pitance prend ses racines profondes dans la cellule de base même de la société guinéenne, à savoir la famille. En effet, force est de constater que dans bon nombre de familles guinéennes, on peut fréquemment voir un père ou une mère de famille, attribuer à certains de leurs enfants les plus chouchoutés toutes sortes de surnoms glorieux, afin d’obtenir leur obéissance. Alors même que les enfants qui sont désignés ainsi n’ont généralement rien fait pour mériter ces titres. Et voilà que ces enfants ainsi dorlotés deviennent très vite prétentieux et arrogants, parce qu’ils finissent par croire inconsciemment qu’ils possèdent des qualités que les autres n’ont pas. Cette réaction psychologique constatée chez les enfants se reproduit exactement de la même manière chez les chefs adulés, acclamés par le peuple dès lors qu’ils manifestent le moindre mouvement de la main ou un gestuel quelconque. Ainsi, un chef, même des plus médiocres, qui se voit élogier par son peuple à tout bout de champ, finit par adopter une posture de Terminator, prêt à écraser quiconque s’amuse avec son titre ou ses décisions.

    À cet égard, on pourrait dire que la société guinéenne est elle-même responsable de la fabrication de ses propres autocrates, car la plupart du temps, ce sont les fonctionnaires malhonnêtes et les militants opportunistes en quête de positionnement qui s’emploient corps et âme à cette tâche.

    Une analyse d’Aboubacar Fofana avec une contribution de Boubacar Caba Bah pour Guineenews

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