Le sacrifice rituel des albinos, une pratique médiévale au 21ème siècle en Afrique

mai 17, 2018 8:25
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Quand est-ce que l’Afrique va-t-elle sortir de l’ignorance et de l’obscurantisme pour entrer un peu dans l’histoire ? La question peut désormais se poser sans heurter des « âmes sensibles », n’est-ce pas Venance Konan, cher frère et confrère, vous qui dites que la vie humaine ne vaut pas un clou dans nombre de pays d’Afrique ?

Dans l’exposition du site de Niani, capitale de l’empire du Mali, situé sur le territoire actuel de la Guinée, du professeur Djibril Tamsir Niane au Musée National de Conakry, en 2013, le point culminant de sa carrière d’archéologue et médiéviste, le témoignage d’un historien arabe, El Omari (1337), expliquait comment les morts et les cadavres étaient traités dans l’Empire du Mali : « Les morts qui n’avaient pas de rang et de dignité sont jetés dans la brousse comme on jette les autres bêtes mortes. »

Un démenti pour ceux qui soutiennent que la traite négrière a retardé le développement industriel de l’Afrique, puisque ce n’était pas les intellectuels et les génies créateurs, les griots et gardiens des traditions qui étaient vendus comme esclaves. Au moins, les rois et empereurs avaient gardé les intellectuels de leur époque. En est-il de même des hommes politiques modernes ? Ceux qui ont le pouvoir cherchent vaille que vaille à le conserver, ceux qui le cherchent font tout pour l’avoir.

Les tenants du pouvoir musèlent, emprisonnent, torturent, tuent les intellectuels qui leur tiennent tête pour les empêcher de prendre parvenir au pouvoir. Si cela ne suffisait pas, ils feront comme ceux qui cherchent à tout prix le pouvoir : le sacrifice rituel humain. Sale temps pour les albinos, les pauvres !

Sorcellerie et magie noire sont des pratiques tacitement interdites ou tacitement autorisées ? Le vide juridique est béant. Des tombes sont souvent ouvertes dans des cimetières de Conakry par des vandales à des fins de magie noire, surtout à l’approche des grandes  élections ou des évènements d’envergure.

En 1973, on a entendu parler d’un albinos immolé par l’ASEC mimosa à Bouaké pour gagner le match contre le Hafia football club de Conakry. Laurent Pokou avait promis de marquer 3 buts dans les 15 premières minutes. Promesse réalisée. Ce n’est qu’aux tirs des pénaltys que le Hafia s’était qualifié. Il nous semble que c’était Morciré Sylla qui avait tiré le cinquième pour départager les deux équipes. Cela ne démontre pas que ce sacrifice n’a mené à rien ?

Les années passées, on entendait parler de sacrifices d’albinos dans des pays d’Afrique de l’est, même au Gabon, on parlait de sacrifices humains à des fins politiques ou pour gagner des richesses. Dernièrement, dans un quartier de Conakry, à Kissosso, un garçon du nom de Junior a été égorgé, son sang n’a été vu nulle part, emporté pour des raisons du même ordre. Au Mali, le week-end passé, une fille albinos a été enlevée à sa mère et la tête emportée. Coïncidence ou pas, les élections présidentielles sont annoncées pour le mois de juillet. Et tous les cas cités resteront lettre more, les arrestations ne seront jamais faites, les dossiers seront classés et resteront sans suite. Pourquoi ?

La réponse est évidente : parce que les commanditaires de ces crimes sont des personnes haut placées. Celui qui pense que nul n’est au-dessus de la loi n’a rien dit de vrai.

Existe-t-il une législation en la matière dans un pays africain ? Si oui, que prévoit la loi?

C’est vrai que confondre un sorcier, pour qu’il reconnaisse ses agissements est difficile, il faudrait des juges médiums. Au Moyen-Âge, il y avait des tribunaux de l’Inquisition, mais personne ne pense à les instaurer à notre temps, que faire, donc ?

Si la preuve de sorcellerie est difficile à matérialiser, les coupables des sacrifices rituels humains doivent être arrêtés et sanctionnés à hauteur de leur crime sur le champ, puisque les auteurs sont capables de marabouter les magistrats et juges pour des décisions contraires. A pratiques populaires justice populaire ?

On s’attend à ce que les défenseurs des droits de l’homme s’insurgent, mais ont-ils une solution à cette affaire spécifique, à moins qu’ils ne pensent que les sacrifiés méritent leur sort…