Législatives, référendum, présidentielle en 2020 : l’année qui a mis à rude épreuve la démocratie guinéenne

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En 2020, la Guinée a vécu des crises politiques récurrentes, caractérisées par des manifestations qui se sont soldées par des morts et des dégâts matériels importants tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays. L’organisation des élections législatives couplées au référendum le 22 mars puis de la présidentielle, a engendré des violences partout à travers le pays.

D’un côté, les opposants à un troisième mandat, regroupés au sein du FNDC et de l’autre, le RPG Arc-en-ciel, le parti au pouvoir et ses alliés de la CODENOC constituaient la principale ossature de ce front pro nouvelle constitution. Le combat a été rude mais les seconds ont eu raison des premiers. C’est ainsi, le 22 mars, le gouvernement faisant fi de toutes les critiques relatives à tout changement constitutionnel, a organisé le double scrutin législatif et référendaire. Les principaux partis politiques de l’opposition ont décidé de boycotter ledit scrutin. Ce contexte de boycott des partis ‘’majeurs’’ du paysage politique guinéen a été une véritable aubaine pour certains ‘’petits’’ partis pour accompagner le RPG Arc-en-ciel dans ces élections législatives et référendaires que les opposants ont qualifié d’une “ forfaiture”.

Genèse de la crise politique devenue chronique en Guinée

Tout est parti de la volonté du président Alpha Condé, soutenu par ses partisans, de briguer un troisième mandat via l’adoption d’une nouvelle constitution qui faisait sauter certaines intangibilités. Voici l’ambition de ‘’trop’’ du camp présidentiel, qu’il n’en fallait pas pour mettre le feu aux poudres.

C’est ainsi que des partis politiques de l’opposition et acteurs de la société civile, réunis sous la bannière du FDNC, se sont dressés commun un seul homme pour dénoncer cette volonté du président de briguer un troisième mandat qu’ils jugent ‘’illégal’’. Avant de promettre d’empêcher la tenue de ces élections vaille que vaille.

Ainsi, prévues au mois de février, les législatives ont été, à la surprise générale, reportées au mois de mars à la demande de la communauté internationale. Histoire de permettre le toilettage du fichier électoral. Dans la foulée de ce report, le président Alpha Condé précisera, dans un discours adressé à la nation, que seuls les partis ayant candidaté avant ce report, seront maintenus pour toute participation aux élections. On notera, à cet effet, l’absence des grands partis politiques de l’opposition qui ont dénoncé un ‘’scrutin non-inclusif, non- transparent’’ mais aussi un ‘’fichier électoral comportant de nombreuses irrégularités’’. Quelques jours après, une mission d’experts de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest -Cedeao- sera désignée pour procéder à ce toilettage du fichier électoral.  A la fin des travaux, les experts recommandent vivement le retrait de près de 2 millions 500 mille électeurs inscrits sans pièces justificatives.

Avec ce retrait, l’opposition qui avait commencé à nourrir l’ambition de revenir dans le processus, s’est vue finalement refuser toute participation. C’est ainsi qu’elle décidera de faire un mariage de raison avec le Front national pour la défense de la Constitution -Fndc- pour ‘’empêcher’’ catégoriquement la tenue desdites élections.   

Les opposants à la nouvelle Constitution entrent en “rébellion”

Le camp des anti troisième mandat multiplie les manifestations et les appels au boycott. Parallèlement, le gouvernement apporte sa réplique en multipliant les sorties médiatiques où il ne rate aucune occasion pour accabler ses opposants. Dès lors, la défiance s’installe entre le régime de Conakry et ses opposants. Au cours des manifestations, des dizaines de personnes seront tuées, d’autres mises aux arrêts et emprisonnées, soit à Conakry ou au camp militaire de Soronkoni, à Kankan pour celles arrêtées à N’Zérékoré. Pour ceux de cette ville, ils seront libérés à la veille de la présidentielle du 18 octobre après plusieurs mois de détention sans aucune forme de procès.

A Conakry, les leaders du Fndc multiplient les appels à la résistance et à la désobéissance civile. Certains seront arrêtés et jetés en prison. Mais les appels au calme de la communauté internationale permettront la libération des leaders du Fndc mais pas des citoyens dont certains croupissent toujours en prison.

Le combat se poursuivra mais, il n’empêchera pas le gouvernement d’organiser les élections couplées malgré ces nombreux cas de morts, de blessés et des dégâts matériels enregistrés.

Des législatives largement remportées par le RPG AEC

En dépit des violences enregistrées çà et là, le gouvernement tiendra tête aux contestataires et organisera ce double scrutin législatif et référendaire. A l’issue duquel, le RPG Arc-en-ciel arrivera largement en tête avec 79 sièges sur 114. Il est suivi par l’Union démocratique (Udg) de l’homme d’affaires, Mamadou Sylla, avec quatre sièges. Les autres partis se partagent le reste des sièges. Un score qui lui conférera ainsi le poste de chef de file de l’opposition parlementaire en l’absence de l’Ufdg, de l’Ufr, du Pedn, du Bloc libéral, du PADES etc.

Requinqué par cette victoire à ce scrutin, le pouvoir se lance dans l’organisation de l’élection présidentielle. Les opposants et la société civile font encore front commun pour dénoncer la tentative du président Alpha Condé de briguer un troisième mandat.  Contre toute attente, le Fndc se fissure. Dr Ousmane Kaba, Me. Abdoul Kabélé Camara et Cellou Dalein Diallo se déclarent candidats contre le président sortant. Ils sont exclus de la plate-forme.

Formation d’un nouveau gouvernement

Dans la foulée, le président Alpha Condé va nommer un nouveau gouvernement composé de trente-huit ministres et de trois Secrétaires généraux. On note dans ce gouvernement de Kassory Fofana, onze nouveaux ministres entrants. Cette équipe dirigée par le Premier ministre va s’atteler rapidement à l’organisation de la présidentielle. D’ailleurs, Kassory Fofana est désigné par le RPG comme le directeur de campagne.

L’on se souvient de son passage à Labé où son cortège avait été la cible d’une “attaque”. Ce qui avait servi d’alibis pour empêcher l’opposition de rentrer à Kankan et Maférinyah, dans la préfecture de Forécariah.

La présidentielle du 18 octobre comme les législatives du 22 mars

Malgré les mises en garde de l’étranger et les protestations internes, le président Alpha Condé sera désigné candidat du RPG Arc-en-ciel. Les femmes du parti au cours d’un meeting au palais du peuple, annoncent leur volonté de payer la caution de leur candidat. Ragaillardi dans sa volonté de briguer un mandat de plus, Alpha Condé tire sur la fibre nationaliste et appelle ses partisans à refuser toute ingérence extérieure.

Il entame sa campagne par des Visio-campagnes. Finalement, il se rend compte que les adversaires mobilisent sur le terrain. Ainsi, malgré son âge (82 ans), le président sortant décide de se rendre sur le terrain pour vendre son programme.

Par ailleurs, même entrée tardivement dans la campagne, l’opposition mobilise et rassure. A l’image du principal opposant au régime qui descend en “force” dans la région forestière. Ce sont des milliers de citoyens qui accueillent Cellou Dalein surtout son trajet même dans des zones autrefois hostiles. De Mamou à Lola en passant par Faranah, Kissidougou, Guéckédou, Macenta et N’Zérékoré.

Cependant, son cortège sera stoppé à quelques kilomètres de Kissidougou quand il a voulu poursuivre sa campagne en Haute Guinée. Le pire a été évité de justesse. Son cortège va replier sur Faranah avant de rejoindre Conakry. Ce fut quasiment le même cas pour le candidat du PADES, Dr Ousmane Kaba qui se verra refuser l’accès à Siguiri.

Malgré les violences et les arrestations des militants proches de l’opposition, la campagne se poursuivra. En dépit d’un lourd bilan caractérisé par l’assassinat de citoyens, des véhicules incendiés, de nombreux blessés, des arrestations dans le rang de l’opposition et de la société civile, l’élection présidentielle s’est tiendra le 18 octobre dans le calme avec un taux de participation record de 78,88%.

Mais le lendemain de cette élection, le principal challenger d’Alpha Condé se déclare, à la surprise générale, vainqueur avec plus de 53%. Cette auto-proclamation de Cellou Dalein Diallo a plongé le pays dans une spirale de violences avec beaucoup de dégâts matériels. Dans certains quartiers de Conakry et à Labé, il y a eu des scènes de joie.

Cependant, la réquisition de l’armée qui est venue en appui aux forces de sécurité, a mis fin à ses manifestations. Le président de l’Ufdg est assigné à résidence, le siège et le QG du parti, fermés. D’ailleurs, jusqu’au moment où nous écrivons ces lignes, ils étaient toujours fermés.

Quelques jours plus tard, la Commission électorale nationale indépendante -Ceni- va déclarer le président Alpha Condé gagnant avec plus de 57%. Ce résultat sera confirmé par la Cour constitutionnelle. Permettant ainsi au président Alpha Condé de rempiler pour un troisième mandat sur fond de crise sociopolitique et sanitaire.

A son investiture, douze Chefs d’Etat étaient invités. Mais seulement onze ont effectué le déplacement sur Conakry le 21 décembre 2020 pour assister à l’événement.

Au lendemain de cette présidentielle, plusieurs responsables de l’Ufdg sont arrêtés et écroués à la prison de Conakry où trois prisonniers sont décédés depuis le début de l’année en cours.

Comme on le voit, l’année 2020 n’a pas du tout été une année sabbatique. La Guinée, à l’image des années antérieures, continue de perpétuer son cycle de violences chroniques. Ainsi, Alpha Condé prête serment pour son sextennat dont les défis restent encore immenses.