Les tenants et aboutissants de la formation des formateurs en conduite moto, bilan de l’ASCAD après 8 ans, le DGA dit tout à Guinéenews

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Un seul et unique point nous a motivé à solliciter cet entretien avec la direction de l’ASCAD (agence de service civique et d’action pour le développement) : la formation de formateurs en conduite motocycliste. Cette initiative est une première dans le genre. Elle vient combler un vide qui a perduré des décennies durant chez nous. Faut-il le rappeler, depuis tout le temps qu’on en parle, jamais auparavant un postulant au permis de conduire motocycliste n’a passé son examen théorique ou pratique. Les raisons à cela sont d’ordre institutionnel et conjoncturel. Depuis 2004, la Guinée a connu un accroissement fulgurant du nombre d’engins à deux roues avec l’apparition du phénomène de transport par taxi-moto. Malheureusement, l’administration a manqué de célérité pour baliser à temps, ce développement exponentiel. Les premières tentatives de ‘’mise au pas,’’ ou sinon de règlementation de ce mode de déplacement n’ont été initiées qu’en 2010, soit des années après son éclosion brutale. Entretemps, la nature ayant horreur du vide, de mauvaises habitudes ont eu le temps de s’incruster dans le fonctionnement quotidien du phénomène, le rendant difficile à pénétrer et surtout à gérer. Il faut se rendre à l’évidence, cette réalité faite de non droit et d’anarchie a favorisé l’accroissement du nombre d’accidents des deux roues qui avoisine aujourd’hui les 10 000 cas annuels. Et voilà que contradictions et chevauchements font leur apparition. Pendant qu’il est prévu que l’on passe le permis A1 pour la conduite des motocyclettes d’une cylindrée se limitant à 125 cm3 et le permis A pour les catégories supérieures allant jusqu’aux tricycles, rien n’est prévu en amont pour former correctement les nombreux postulants à l’utilisation des engins à deux roues. Pas de programme d’enseignement codifié, pas de formateurs pour le dispenser et surtout pas d’examinateurs capables de faire passer les tests théorique et pratique. Tout le monde apprend sur le tas avec les inconvénients qui vont avec : acquisition de mauvaises habitudes, méconnaissance du code de la route et des règles de circulation. Le corollaire de toutes ces insuffisances influence négativement la circulation routière qui devient de plus en plus difficile et risquée. Si l’opinion est unanime aujourd’hui à admettre l’utilité de ce mode de transport, elle l’est tout autant pour en stigmatiser les accidents fréquents et graves qu’il entraine tous les jours dans le pays. L’ASCAD pour avoir entrepris de combler ce vide fait œuvre de pionnier. Il faut un début à tout. L’évaluation de cette première expérience permettra sans doute d’ouvrir la voie à une formulation correcte de l’activité par les services compétents de l’administration. A charge pour eux de prendre le relais pour mettre en place les structures nécessaires à la reprise effective de tout le processus de formation et d’évaluation lié à la conduite motocycliste. Et ce sera autant de gagné pour tout le pays !

Et c’est donc là ce qui nous a motivé à solliciter cet entretien avec le directeur général adjoint de l’ASCAD (agence du service civique d’action pour le développement), M. Amadou Kéita.

Guineenews : merci de nous accueillir dans vos locaux au camp Alpha Yaya Diallo. Pour faire suite à notre exposé liminaire, dites-nous ce que vous attendez de cette formation de formateurs en conduite motocycliste ?

Amadou Kéita : merci. Permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter la bienvenue au nom de l’ensemble du personnel de l’ASCAD, des stagiaires des centres SCAD, mais aussi au nom de son Directeur Général, le Général de division Amadou Doumbouya que j’ai l’honneur de représenter à cet entretien. Nous attendons beaucoup de cette formation de formateurs en conduite motocycliste. Cette initiative permet de renforcer la lutte contre l’incivisme sur la route. Elle permet aussi de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes par l’acquisition d’emploi exigeant le profil conducteur moto. En outre, elle offre aux volontaires une compétence de plus pouvant leur permettre de mieux intégrer la circulation. C’est dans cette optique que nous avons fait appel à un consultant national, en la personne du fondateur de l’auto-moto école Prudence sur la Route, pour mener à bien cette formation. Notre conviction est que savoir piloter une moto pourrait permettre aux jeunes de mieux conduire sur la route en limitant les risques d’accident. Au terme de cette formation, les futurs formateurs auront pour mission de former à leur tour des stagiaires volontaires du SCAD.

Guineenews : voulez-vous nous présenter l’ASCAD et nous parler des motivations de sa création ?

Amadou Kéita : l’agence du service civique d’action pour le développement (ASCAD) est une initiative présidentielle créée le 14 avril 2011 pour répondre à l’épineuse question du chômage des jeunes en Guinée. Elle est inspirée du modèle français appelé service militaire adapté (SMA) qui existe dans les DOM-TOM (départements et territoires d’outre-mer) depuis les années 1960, pour lutter contre le chômage des jeunes. C’est pourquoi nous bénéficions de l’accompagnement de la France, partenaire historique du projet à travers sa direction de défense et de sécurité. Placée sous l’autorité du ministre secrétaire général de la présidence de la république. Le SCAD a pour mission de promouvoir l’éducation civique et citoyenne des jeunes, de leur faire acquérir ou renforcer une qualification professionnelle en vue de faciliter leur insertion socioéconomique.

Guineenews : quelques huit ans après sa création, quel bilan pouvez-vous dresser à ce jour en termes d’acquis engrangés, de formations réussies ?

Amadou Kéita : de sa création à nos jours, l’ASCAD a recruté 1500 jeunes dont 1400 formés et avec un taux d’insertion socio professionnelle de 76, 5%. Nous avons également développé au sein de nos centres de formation (Conakry, Kindia) 12 filières de métiers. Dans la même lancée, il est important de rappeler l’appui et l’accompagnement de nos nombreux partenaires techniques et financiers dans le cadre du développement croissant de l’agence. Par ailleurs, les entreprises partenaires continuent de soutenir les actions de formation et d’insertion des jeunes du SCAD (service civique d’action pour le développement) à travers le stage et l’insertion. Je voudrais préciser en outre que la formation et l’accompagnement à l’insertion sont gratuits.

 Guineenews : à qui sont destinées les formations que vous dispensez ?

Amadou Kéita : les formations sont destinées aux Guinéennes et Guinéens vulnérables, dont la tranche d’âge varie de 18 à 40 ans, non scolarisés, déscolarisés et diplômés sans emploi.

Guineenews : pourquoi dit-on que l’ASCAD est un centre de service civique et une école de seconde chance. Quelle est la place de ces vocables dans les modules de formation ?

Amadou Kéita : l’ASCAD, selon le décret de création, a pour mission de promouvoir la formation civique et citoyenne des jeunes guinéens et guinéennes. Et cette formation est la plus-value du SCAD. Elle vise à inculquer des valeurs civiques et morales aux jeunes afin qu’ils soient des modèles pour la République. Par ailleurs, les formations au SCAD offrent une seconde chance aux jeunes sans qualification ou désœuvrés d’acquérir un métier facilitant leur insertion socioprofessionnelle ou économique.

Guineenews : quel retour obtenez-vous de vos partenaires en termes d’appréciation de la qualité comportementale et des performances professionnelles de vos stagiaires ?

Amadou Kéita : de nos partenaires nous obtenons multiples appréciations de nos jeunes, allant de leur savoir-être (discipline, assiduité, intégrité, motivation…) à leur savoir-faire. Souvent à travers notre bureau insertion de la division recrutement-formation-insertion des volontaires, nous recevons des compliments de la part des entreprises partenaires qui signifient leur satisfaction à l’égard de nos volontaires parfois, en dehors même de leur domaine d’emploi.

Guineenews : en matière de genre, à quel pourcentage vous situez-vous ?

Amadou Kéita : le taux de féminisation est de 30% en moyenne. En hôtellerie, il est supérieur à 50% tandis que dans les filières agricoles il reste équilibré

Guineenews : quelles sont les filières enseignées à l’ASCAD ?

Amadou Kéita : les filières de formation sont fonction des zones d’intervention. Par exemple au SCAD de Conakry nous avons les métiers urbains dont la maçonnerie-carrelage-peinture, l’électricité, la plomberie, la métallerie, la prévention et la sécurité (APS), l’hébergement, la restauration-bar, la cuisine-pâtisserie et la conduite super poids lourd.

Tandis que au SCAD de Kindia on retrouve l’agro-business, la polyculture option banane, la technologie agro-alimentaire.

Nous avons en perspective l’ouverture d’autres filières, dont les études sont envisagées dans le premier trimestre de 2020.

Guineenews : quels avantages tirez-vous de la participation de l’encadrement militaire dans les cursus de formation ?

Amadou Kéita : l’ASCAD est un service civilo-militaire. Le DG est un général de division. Son adjoint est civil. Les militaires ont un rôle crucial dans la formation. A travers eux le volontaire bénéficie d’un encadrement lui permettant d’acquérir la discipline, la rigueur, l’esprit d’équipe, le respect de la hiérarchie, etc.

Guineenews : qu’est-ce qui vous a motivé à intégrer le volet automobile dans vos filières de formation.

Amadou Kéita : partant des observations sur l’incivisme grandissant au niveau de la circulation routière, l’ASCAD en rapport avec le ministère des transports et d’autres partenaires a jugé nécessaire de mettre en place une formation en conduite super poids lourd.

 Guineenews : pour conclure cet entretien, avez-vous un message ?

Amadou Kéita : certainement ! Ce sera d’abord pour vous dire merci.

Nous voudrions rassurer nos partenaires techniques et financiers ainsi que nos partenaires professionnels d’appui à l’insertion des volontaires stagiaires que nous sommes engagés à mener à bien tous les projets définis de commun accord avec eux.

Nous envisageons d’ici à 2023 l’ouverture de centres SCAD dans les huit régions administratives du pays. L’objectif étant de mettre en place un réseau national de centres SCAD pour former et accompagner 650 jeunes par centre et par an, soit 5200 sur l’ensemble du territoire national. L’ASCAD est donc un des outils à la disposition de l’Etat et des partenaires pour promouvoir la formation civique et l’insertion socioprofessionnelle.

C’est sans doute pour nos résultats que nous avons reçus successivement en 2018, une délégation de la Guinée Bissau et en cette année, des délégations de la Côte d’Ivoire, de la Centrafrique et des Comores.

Guineenews : monsieur le Directeur, je vous remercie.

Entretien réalisé par Diao Diallo pour Guinéenews.org