Limites des instructions, raison de la présence de Toumba au stade, traitement de son client, Me Yomba dans tous ses états (entretien)

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«Tenir ce procès en l’état actuel du dossier, c’est bafouer les mémoires des victimeLe collectif des avocats du commandant Toumba se sont insurgés contre l’institution de ce comité de pilotage qui, en lui-même, est un facteur de blocage de la tenue de ce procès. On n’a pas besoin de tout ce montant pour organiser un procès.»

Me. Paul Yomba Kourouma, l’un des avocats du célèbre Aboubacar Sidiki Diakité alias « Toumba », croit que le jugement du dossier sur le massacre de 2009 n’est pas pour demain. Pour lui, tenir ce procès en l’état actuel du dossier, c’est bafouer les mémoires des victimes. D’ailleurs, il préfère toujours la Cour pénale internationale à la justice guinéenne. Lisez !

Guinéenews : dix ans après les évènements du 28 septembre 2009, il n’y a toujours pas de procès. Pendant ce temps, votre client a été extradé du Sénégal en 2017 et vit toujours en détention…?

Me. Paul Yomba Kourouma : le commandant Aboubacar Diakité dit Toumba est poursuivi pour 15 chefs d’inculpation. Il a été extradé de Dakar pour la Guinée en violation des règles de procédure, en violation des lois régissant l’extradition tant en Guinée qu’au Sénégal. Il a été entendu par le pool des juges d’instruction, il a dit sa part de vérité et a balayé d’un revers de la main les faits articulés contre lui. Malheureusement, Toumba, inculpé au même titre que ses pairs poursuivis pour les mêmes chefs d’inculpation, est aujourd’hui le seul à être admis à la Maison d’arrêt de Conakry, les autres bénéficiant de promotion et élevés en dignité au-dessus de nos institutions. Ils jouissent de tous les privilèges dus à leur rang et semblent ne pas être inquiétés par quoi que ce soit. Toumba aujourd’hui, est supposé être la victime expiatoire de la forfaiture de ses pairs. Il paye le défaut de clarté de l’instruction et tout ce qui a été dit sur lui durant son absence. Pensant qu’il ne reviendrait pas au bercail, certains l’ont affublé de tous les maux d’Israël. Toumba a pourtant démontré qu’il n’était ni l’Alpha, ni l’Oméga de cette affaire. Qu’il n’était pas comme on le considère, l’instigateur de ces évènements contre lesquels il s’était d’ailleurs opposé. Les leaders de nos formations politiques tiennent leur survie de Toumba. Ils l’attestent. Toumba ne peut donc pas être le bourreau et le sauveur. Toumba a donc voulu retourner au bercail à plusieurs reprises. Mais sa tête mise à prix, la maltraitance dont il pourrait être victime à son retour, ont fait que les tentatives de retour au pays n’ont pas payé. Sauf par la voie de cette extradition qui a été mal traitée. Toumba a donc connu une instruction bâclée de son affaire. Il a été entendu sur le fond, sans bénéficier de la procédure de confrontation à laquelle il avait beaucoup rêvé pour étayer son innocence. Dadis et lui n’ont jamais été confrontés. Les témoins n’ont pas été entendus non plus. Il y a même que ces accusateurs n’ont été entendus qu’en première comparution. On se demande même comment des magistrats sérieux pourraient juger de cette affaire. L’information est bâclée. Le dossier à ce jour n’est pas en l’état d’être jugé. Toutes les demandes de Toumba ont été rejetées. Celle tenant à la mise en liberté provisoire, celle tenant à son traitement médical, même celle tenant au divertissement dans l’enceinte de l’établissement pénitentiaire… lui ont été toutes refusées. Depuis son admission à la Maison centrale, il ne connaît que les quatre murs. Le ministre Cheick Sacko s’est catégoriquement à son traitement malgré les diagnostics posés par les chirurgiens, les examens faits par les biologistes et les cardiologues, qui le déclaraient apte à l’intervention délicate qu’il devait subir. Aujourd’hui, il traîne une pathologie qui risque de lui ôter la vie. Comme nous l’avons toujours dit, Toumba s’alimente difficilement. Il ne peut manger à sa faim, il ne peut boire à sa soif et ne peut dormir à point parce que la hernie de la ligne blanche qu’il traine lui font monter les intestins jusqu’à la poitrine. Cela l’étouffe et il est donc obligé de se mettre les liens au niveau de la poitrine pour pouvoir résister. Aujourd’hui, Toumba ne bénéficie même pas des soins infirmiers. Heureusement, il est lui-même médecin. Il essaye donc à sa façon de trainer la pathologie.

Guinéenews : vous dites que le dossier n’est pas en état d’être jugé. Cependant, l’Etat guinéen a déjà défini un budget et désigné un lieu ?  

Me Paul Yomba Kourouma : le collectif des avocats du commandant Toumba se sont insurgés contre l’institution de ce comité de pilotage qui, en lui-même, est un facteur de blocage de la tenue de ce procès. On n’a pas besoin de tout ce montant pour organiser un procès. L’un des plus grands procès que notre procès ait connu est celui du Professeur Alpha Condé. Ce procès a eu lieu dans l’enceinte de la Cour d’appel de Conakry et n’a fait appel à des besoins que des supports de télévision. On n’a pas besoin de tant de moyens pour juger un seul individu. Parce qu’en réalité, c’est Toumba qui sera jugé. Les autres ne feront qu’une comparution de façade. Si l’instruction ne les a pas déjà jugés digne d’être admis à la Maison d’arrêt, ce n’est pas le jugement sur le fond qui le fera. La cour d’appel est aujourd’hui dans un état piteux. Les travaux de réfection ou de rénovation sont tombés en désuétude. Tenir ce procès en l’état actuel du dossier, c’est bafouer les mémoires des victimes. Le dossier est mal instruit, les juges ne sont pas allés en profondeur. Les fosses communes n’ont pas été découvertes. Beaucoup de personnes ont été jetées dans l’océan Atlantique. Il n’y a eu aucune recherche. Il n’y a pas eu de test ADN. Il sera très difficile aux parties civiles dans ce procès de s’en sortir. Certes, il y a eu mort d’homme. Mais rien ne détermine que c’est tel ou tel qui est mort des évènements du 28 septembre. Il n’y a pas eu de balistique, il n’y a eu aucune expertise demandée. La seule qui figure au dossier, c’est celle du médecin légiste qui a simplement attesté la mort et ordonné l’enterrement. Le dossier du 28 septembre n’est pas pour demain, ce n’est même pas pour les années à venir. Nous pensons que c’est une tournure en rond, le procès ne se tiendra pas.

Guinéenews : à un moment donné vous préfériez un jugement par la Cour pénale internationale.  Est-ce que vous maintenez toujours ce souhait ?

Me Paul Yomba Kourouma : oui ! Parce que lorsque nous avons saisi la Cour d’appel d’une requête tendant à mettre en liberté Toumba pour fait de détention arbitraire, parce que son mandat de dépôt n’était pas renouvelé, les juges n’ont daigné tirer aucune conséquence. Le droit ne peut être dit ici. Vous avez dû entendre l’ambassadeur de la France en Guinée dire qu’il faudra envoyer les magistrats guinéens en France pour une formation en vue de ce procès. C’est une insulte faite à nos magistrats que l’on juge ne pas être capable d’éplucher une telle affaire. Le temps de leur formation, le temps de leur délivrer des diplômes – je ne sais pas combien de temps cela va prendre – et le temps de revenir connaître ce dossier qui est toute une bibliothèque, ne peut pas permettre de juger ce dossier dans un futur proche. Il faut la Cour pénale internationale pour nous sortir de cette affaire. Il faut que les parents des victimes connaissent leurs bourreaux pour que le masque qu’on a fait porter à Toumba tombe. Toumba a démontré qu’il a été confondu à un meneur. On n’a pas voulu entendre le commandant du camp Alpha Yaya que Toumba a cité. Puisque, aucun contingent ne pouvait sortir du camp sans l’autorisation de ce dernier. Celui-ci aurait attesté qu’il n’a même pas vu Toumba ce jour. Le Président Dadis atteste lui-même qu’il avait été empêché par Toumba lors de sa tentative de sortir pour aller au stade 28 Septembre.

Guinéenews : pourtant les parents des victimes réunis au sein d’une Association s’étaient réjouis de l’arrestation de Toumba  

Me Paul Yomba Kourouma : c’était une erreur sur la personne. Une erreur provoquée par la diabolisation de l’homme. Si Toumba avait été stade, c’est qu’il avait été mal informé par un des militaires qui lui a dit que Dadis était sorti pour le stade. Effectivement, Dadis était sorti. Il est monté dans la voiture, mais il a oublié quelque chose dans son bureau. Et c’est quand Dadis est sorti que le commandant du salon a retiré la clef de contact. Puisque Toumba l’avait menacé de représailles s’il laissait Dadis partir. Celui qui a vu Dadis dans la voiture ne l’a pas vu retourner dans son bureau. Il a accouru pour informer Toumba que son patron était sorti. Voilà comment Toumba, en voulant rattraper Dadis, s’est retrouvé au stade. Et sa présence a été salutaire pour notre classe politique. On n’aurait pas parlé de démocratie aujourd’hui. On ne parlerait pas de ces leaders aujourd’hui. On serait dans une véritable guerre civile n’eut été l’apport de Toumba. Il y a beaucoup de témoins à décharge en faveur de Toumba, mais que l’instruction n’a pas voulu admettre ou tenter même d’effleurer la piste.

Guinéenews à l’occasion de la célébration des 10 ans de cet évènement, quel est le message de Toumba et de ses avocats ?

Me Paul Yomba Kourouma : notre message c’est que nous partageons les mêmes préoccupations que les victimes. Nous sommes très meurtris, très attristés. C’était dans l’exercice d’un droit civique. Le peuple s’était levé pour revendiquer un droit, pour protester contre une réalité, une évidence. Des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, se sont vu fauchés par la barbarie, la tyrannie d’hommes sans foi, ni loi. Nous sommes tous assoiffé de voir ce procès se tenir pour que les révélations soient faites, que les bourreaux soient enfin connus. Puisque bourreaux, il y en a eu et ils sont pour plupart encore vivant. L’information les a décelés, ils sont perchés dans la sphère étatique que dans l’armée. Il y a eu beaucoup de participation. Il y a même eu des rebelles qu’on y avait introduits. Il y a beaucoup de non-dits. Je dirais au peuple de Guinée que Toumba n’est pas l’homme qui a été présenté. Tout comme Toumba excelle dans l’art militaire, il excelle aussi dans la profession médicale. C’est un excellent cardiologue. Sur le plan religieux, Toumba est un érudit. Il faut approcher l’homme pour savoir c’est un mystère. Toumba est un mystère. Le peuple de Guinée n’a pas encore connu l’homme, il le connaîtra. Ce sont les grands évènements qui révèlent les grands hommes. Le peuple se repentira. Du moins ceux qui ont été manipulés. Déjà, nous sommes très heureux d’entendre du côté de la partie civile certaines sollicitations de la mise en liberté de Toumba.

Interview réalisée par Tokpanan Doré