L’opposition parlementaire réfute le 3ème mandat : véritable rebuffade ou simple tartuferie ?

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L’opposition parlementaire réunie  au sein de l’Alliance patriotique, présidée par Mamadou Sylla vient de désapprouver la candidature du président Alpha Condé à un éventuel troisième mandat, à travers une déclaration rendue publique, alors que l’investiture de ce dernier approche à grands pas. Cette décision à ne pas cautionner une présidence à vie est-elle une rebuffade ou s’agit-il simplement d’une tartuferie, visant à monter les enchères, quand on sait que les membres de cette alliance, en acceptant d’aller au double-scrutin du 22 mars dernier savaient pertinemment les visées du locataire du palais.

A une semaine de la convention du Rpg arc-en-ciel devant donner lieu à l’investiture du chef de l’État pour la présidentielle du 18 octobre,  la question brulante de troisième mandat continue de cristalliser les tensions dans la cité. C’est le moment choisi par les Partis Politiques de l’opposition parlementaire réunis au sein de l’Alliance patriotique, pour se fendre d’un mémorandum, dans lequel ces formations politiques expriment « leur désapprobation totale, face à une éventuelle candidature du Président Alpha Condé à un 3ème mandat ».

Pour cette Alliance parlementaire, « cette candidature à un 3ème  mandat, de fait, même si elle peut être juridiquement défendable, se trouve aux antipodes des valeurs morales et éthiques si chères à leur groupe parlementaire, dans sa quête d’une alternance démocratique vertueuse ».

Mamadou Sylla et ses alliés ont mis cette occasion à profit pour « apporter leur entière solidarité aux revendications sociales et citoyennes portées ces derniers jours par les populations guinéennes dans leur légitime combat pour un mieux-être social ».

Tout en dénonçant dans la foulée « toute forme de répression face à ces manifestations, et en exhortant les autorités à faire preuve de retenue et professionnalisme dans la gestion de cette crise ».

L’Alliance patriotique dit également « regretter les arrestations arbitraires des membres du FNDC, ainsi que les personnes arrêtées en marge des manifestations, et exigent leur libération inconditionnelle et immédiate ».

Last but not least, ces partis « déplorent aussi le déroulement catastrophique des élections législatives, où les urnes furent arrachées de force, sous les yeux impuissants des paisibles électeurs, avant l’heure officielle de la fermeture des bureaux de vote. Cette gestion chaotique des bulletins de vote, a engendré des résultats inappropriés, eu égard aux activités menées par les acteurs politiques sur le terrain », fustige l’Alliance.

Pour ne pas revivre un tel scénario, ils « recommandent que les élections présidentielles du 18 octobre 2020, soient parfaitement sécurisées, tout au long du processus, afin d’aboutir à un résultat acceptable ».

Pour maints observateurs ce mémorandum dans sa quintessence même est à saluer, vu que ces honorables députés dénoncent eux-mêmes les irrégularités qui ont prévalu à leur élection. Une manière de  percer l’abcès.

Il faut cependant se demander si cette contrition à elle seule, peut suffire à redorer leur blason déjà terni par leur participation à ces élections controversées. En devenant des faire-valoir pour un régime qui voulait légitimer son passage en force électoral.

Il ne faut pas perdre de vue qu’en prenant part au double-scrutin du 22 mars, ces partis ont  fini par donner leur quitus au 3ème mandat d’Alpha Condé.  Rappelons d’ailleurs que certains de ces partis étaient des membres très actifs du Fndc. C’est le cas de l’Union démocratique de guinée (Udg) de Mamadou Sylla dont le départ avait été perçu comme une trahison par anciens alliés.

En écho à cette frustration, Sylla avait laissé entendre qu’il était libre de nouer des pactes avec qui il veut. A ses détracteurs, il avait rétorqué savoir saisir la direction du vent.

Que peut valoir  donc la parole de  tels leaders fluctuants aux yeux d’une opinion désabusée ? C’est toute la question. Quand on sait que dans cette déclaration de l’Alliance, mention est faite noir sur blanc sur « le respect de la loi portant chef de file de l’opposition parlementaire, avec toutes les prérogatives liées au statut de l’Honorable Elhadj Mamadou SYLLA, de l’Alliance Patriotique ».

Connaissant un peu le modus operandi de nos politiques, certains ont vite fait de voir dans cette rebuffade consistant à désapprouver le 3ème mandat, un moyen de pression sur l’exécutif, en vue de tirer leurs marrons du feu. C’est comme si tout ça sentait la tartuferie. A moins que nos députés ne nous surprennent agréablement, en maintenant leur position jusqu’au bout. Mais cela, il faudra le voir pour le croire. Saint Thomas n’avait pas tort.