L’usure du pouvoir : Alpha rattrapé par les promesses brisées  

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La fin du deuxième mandat du président Alpha Condé est de plus en plus marquée par des esclandres. Et comme ultime réponse à ces coups de colère populaire  qui n’épargnent même pas  les fiefs traditionnels du parti au pouvoir, l’exécutif est accusé d’opposer la force.

On assiste à une fin de mandat mouvementé pour le pouvoir de Conakry qui concentre les critiques d’une population paupérisée et désemparée.

Cette déshérence est désormais perceptible en Haute Guinée aussi, le fief traditionnel du Rpg arc-en-ciel. Où un mouvement des indignés contre les délestages de courant vient de voir le jour.

Cette  jeunesse qui réclame une desserte de courant régulière à Kankan et dans les autres cités de la province s’est illustrée par des coups d’éclat dans les rues.

Ce qui semble mettre de l’eau au moulin du Front national pour la défense de la constitution (Fndc), plateforme regroupant la société civile et des partis politiques, opposés à la présidence à vie. Quand on sait que le président compte rempiler à la faveur de la nouvelle constitution controversée, adoptée le 22 mars dernier.

Et le Fndc, et la jeunesse de Kankan, tous fulminent contre les « promesses brisées » du chef de l’exécutif.

En effet, si le Front déplore que le président ait passé outre son serment de se limiter aux deux mandats que lui confère la constitution de mai 2010, les indignés de la cité de Nabaya, eux ont pris le mors aux dents contre la non électrification de cette partie septentrionale du pays. Alors que la promesse de doter la région de courant électrique par le biais de barrages hydro avait été faite par le pouvoir, au lendemain de l’élection d’Alpha Condé en 2010.

Aux contempteurs du régime, les apologistes convaincus répliquent que le troisième mandat sera mis en œuvre pour parachever les œuvres de leur champion.

Quant aux tueries de manifestants, le gouvernement a une ligne de défense plutôt saugrenue. Elle privilégie en effet la piste des « tirs amis » ou « tirs fratricides », «  euphémisme militaire désignant le fait d’être touché par les tirs venant de son propre camp ou de ses alliés. »

C’est comme si ce sont les manifestants de l’opposition qui s’entretuent. Ce raisonnement de mauvais aloi ne saurait prospérer, dans un environnement où la justice traine des pieds quand il s’agit de défendre les faibles.

Dans un communiqué publié ce jeudi, « les avocats du FNDC disent réprouver les très graves actes de violences commis par les forces de l’ordre en marge de la manifestation du 20 juillet 2020. Selon les informations portées à leur connaissance, au moins 20 personnes ont été blessées dont 5 par balles. Deux personnes ont été tuées par balles à Conakry. »

Les soussignés William Bourdon et Vincent Brengarth déplorent que « certains des représentants du FNDC ont été empêchés de manifester moyennant des dispositifs policiers et militaires dissuasifs. Ils dénoncent ce qui s’analyse comme un climat d’intimidations et de harcèlement judiciaire à l’encontre des opposants mais également de leurs avocats guinéens. La spirale répressive s’est également poursuivie le 21 juillet 2020, suite à des manifestations apolitiques réclamant la fourniture d’électricité à Kankan », accusent les avocats.

Cette sortie de ces avocats français du Fndc, confirme la détermination de l’opposition à marquer le pouvoir à la culotte, vaille que vaille.

Pendant que  ces violentes passe d’armes entre pouvoir et opposition gagnent en intensité au fil des jours,  allant jusqu’à dégénérer parfois, des  défenseurs des droits humains  tiennent à rappeler  qu’à ce jour, la quarantaine de personnes interpellées suite aux violences postélectorales survenues en région forestière attendent toujours d’être situées sur leur sort.

A ce propos, le collectif des organisations de défense des droits humains de la Guinée forestière est sorti de ses gonds pour flétrir ce qu’il qualifie de « deux poids deux mesures dans le traitement des affaires judiciaires ». Pointant au passage « l’ingérence des autorités administratives dans le champ du judiciaire.

Ce collectif ne comprend pas que les personnes arrêtées du côté de Beyla, lors des incidents violents du 22 mars aient recouvré la liberté, alors les membres du Fndc, eux continuent de croupir en prison à Kankan.

Finalement tout ça fait désordre. Et certains observateurs y perçoivent des signaux de l’usure du pouvoir. Comme si l’exécutif était sur le point de s’essouffler à faire face de manière sereine à la demande sociale des Guinéens.

En tout état de cause, il est maintenant temps, qu’on sorte de cette quadrature du cercle qui ne profite à personne. Et pour cela, il revient au pouvoir de lâcher du lest, en invitant l’opposition autour de la table, pour vider tous les contentieux. Afin qu’on ne s’enlise pas davantage dans  ce chaudron collectif.