Lutte contre le Coronavirus : Artémisia, le remède malgache n’emballe pas Conakry !

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Si l’artémisia qui a le vent en poupe à Madagascar a tendance à conquérir d’autres parties du continent africain, en Guinée, la plante a du chemin à faire pour espérer gagner le statut du remède miracle contre le COVID-19. C’est ce qui ressort des discours des officiels et autres spécialistes ce jeudi, à l’occasion de la cérémonie du lancement officiel du conseil scientifique de riposte contre le coronavirus.

C’est surtout pendant le point de presse animé pour la circonstance que l’équivoque été levée. Répondant à la question d’un confrère relativement à la médecine traditionnelle à l’artémisia, la présidente du conseil scientifique ne s’est pas montrée particulièrement enthousiaste pour cette piste.

« …A propos du produit du Madagascar, déjà des cadres en Guinée avaient commencé à se pencher sur l’utilisation de l’artémisia… », tempère Pr Yolande Hizazy. Comme pour dire qu’il n’est pas pas exclu que la Guinée puisse revendiquer la paternité du succès. Si succès y avait au bout bien sûr.

Et d’ajouter, paraphrasant le ministre de l’enseignement supérieur, toujours avec retenue « …les recherches sont vraiment encouragées. Et le conseil donnera son avis le plus rapidement possible, tout en tenant compte de la rigueur scientifique… »

Poursuivant, la scientifique met un autre bémol :  » la maladie à coronavirus est une maladie très nouvelle. Si vous avez l’opportunité de suivre l’évolution de cette maladie, depuis le mois de février, ce qui était vrai hier, est devenu faux aujourd’hui. Donc il faudrait faire très attention. Il faudrait se baser sur des essais scientifiques, identifier ce qui est bien pour aller de l’avant. Et je puis vous rassurer que le conseil va valoriser tous les résultats des recherches basées sur notre potentiel national. Donc une fois qu’il y aura des propositions, il y aura des analystes, il y aura des recherches. Le conseil s’étalera à valider le plus rapidement possible si on peut valider ces recherches. Mais toujours dans le but de valoriser le potentiel national parce que c’est toujours moins coûteux. Et c’est toujours plus valorisant d’utiliser ce qu’on connait… »

Avant de terminer son intervention, la présidente du conseil scientifique a insisté  à propos l’artémisia : « …qu’il y a des études qui sont en cours. Et on va valider le plus rapidement possible tout en tenant compte de la rigueur scientifique… »

A sa suite, son collègue abondera dans le même sens. Avec plus de prudence. Pour le Rapporteur général du conseil, Pr Mamadou Aliou Baldé,  « … ça ne veut pas dire qu’il (artémisia ndlr) renferme le principe actif qui est responsable de l’activité antipaludéenne parce qu’artémisia c’est surtout dans le domaine de l’antipalu. Donc il n’est pas exclu qu’il y ait une activité mais tout est dans la recherche… »

« Le conseil est là pour accueillir tous les chercheurs tous, les inventeurs et essayer de voir la pertinence de leur projet et la faisabilité aussi bien entendu pour pouvoir accompagner. Parce que là on est dans une urgence. Tenant compte de cette urgence, nous avons une pharmacopée et une médecine traditionnelle qu’il ne faudrait évidemment pas du tout occulter. Elle vaut ce qu’elle vaut. Mais ça c’est une médecine de nos savoirs traditionnels qu’il faudrait valoriser. Et à cet égard, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, en tandem avec les autres institutions du pays comme l’académie des sciences de Guinée ou bien les institutions du ministère de la santé, essaient de recenser tous eux qui ont des propositions par rapport au COVID-19. Il ne faut rien sous-estimer mais il ne faut aussi rien surestimer. Le conseil scientifique est là pour faire de la balance…», a-t-elle précisé.

Des propos sans doute tous inspirés par ceux  du ministre de tutelle. Dans son discours, un peu plus tôt, Kader Yacine Barry a déclaré que « conformément aux instructions du président de la République, la recherche doit être replacée au cœur de la riposte. Le ministère pour sa part est engagé à mobiliser la communauté des chercheurs et des praticiens pour intensifier la valorisation des résultats des recherches au niveau national. » 

« Le conseil jouera un rôle important dans les orientations et les résultats de ce volet de la recherche… », a déclaré M. Barry.

En attendant de voir comment ce soutien des autorités à la recherche nationale s’opérerait dans les faits, l’on sait au moins que Conakry n’accueillera pas de trouvaille malgache de si tôt.