Lutte contre le coronavirus : quid des barrages sanitaires

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Il est bien connu de tous que nous sommes en pleine crise sanitaire. C’est de la Palice que de le rappeler. La pandémie du coronavirus autrement appelée Covid 19 a recouvert la planète entière d’une chape mortifère. Chaque pays s’en défend du mieux qu’il peut, en fonction de ses moyens propres et de ses initiatives. C’est dans cette dynamique de protection des populations que le Chef de l’Etat a décrété dans la nuit du 27 mars dernier l’état d’urgence sanitaire avec prise d’effet le lendemain vendredi 28. Dans un premier temps, il était surtout question de fermeture des frontières, de gestes barrières à adopter et de réduction du nombre d’occupants dans les véhicules de transport, toutes options confondues.

La situation a évolué depuis et chemin faisant, l’on s’est rendu compte de l’insuffisance de la parade engagée contre la maladie. Laquelle était en nette progression, notamment à Conakry. Le pire n’a pas attendu pour alerter au vif. Avec des cas signalés à l’intérieur du pays, l’on s’est vite aperçu qu’il s’agit de personnes qui s’y sont délibérément rendues alors même qu’elles étaient déjà répertoriées par les services sanitaires comme malades devant être isolées et soignées.

Devant ce risque évident d’essaimage de la maladie, de Conakry vers l’intérieur du pays, les autorités ont interdit les mouvements d’entrée et de sortie de la capitale. Ce qui en quelque sorte constitue un geste barrière à grande échelle. D’autant que déjà, des personnes-contacts dûment identifiées avaient disparu des radars des services sanitaires et que des automobilistes et motocyclistes se frayaient des chemins par monts et vallées, à la limite de l’accessibilité, pour contourner les barrages et rejoindre le pays profond. D’où le renforcement du contrôle et l’installation des barrages à Kénendè (Dubréka) et Friguiady (Coyah).

S’il n’y a rien à redire quant à l’opportunité et la nécessité d’une telle mesure, par contre, ce qui est discutable c’est l’endroit choisi pour les deux directions (Dubréka et Coyah).

En pareilles circonstances, les autorités auraient pu considérer que ces deux préfectures sont aujourd’hui parties intégrantes de la ville de Conakry. Elles constituent pour la capitale, un prolongement linéaire qui en fait une zone suburbaine ou sinon la banlieue, tout court. Toute implantation de barrage pour séparer Conakry du reste du pays devait en tenir compte. Et son  implantation devait être envisagée à la sortie de chacune de ces deux communes urbaines vers Boffa et Kindia. Cela se justifie d’autant plus que le mouvement des populations entre ces localités et la capitale s’avère être des plus intenses que l’on puisse imaginer, à toute heure du jour et de la nuit. Des milliers de citoyens exerçant tant dans le secteur public, privé que dans l’informel résident et travaillent dans l’une ou l’autre de ces villes. Leurs mouvements de va et vient est à l’échelle du flux et reflux quotidien entre Kaloum et sa proche banlieue.

Sans nous substituer aux développeurs de stratégie en la matière, nous pensons que des lieux comme Djoumaya, avant le pont de Khorira et Kouria, après le pont KK, étaient mieux indiqués comme sites pour l’installation de barrage sanitaire. Au lieu de cela, les lieux indiqués plus haut ont été choisis. Il faut dire qu’ils ne répondaient pas à proprement parler aux critères que nous avons déjà évoqué.  Pour Dubréka, le premier barrage, vite délocalisé, était installé dans un premier temps, au fond de la cuvette séparant Grands moulins de  Kagbelen-village.  Un endroit absolument inapproprié, puisque situé en un lieu  où la chaussée est fortement dégradée, à proximité d’une essencerie et d’un pont. On y arrive des deux côtés par une route à virage sur pente. Les nombreux risques que cette position générait, en plus des embouteillages sur des kilomètres de part et d’autre et de la mauvaise visibilité qui s’y ajoutait, ont dû inciter les autorités à changer de lieu. C’est après que ce barrage a été délocalisé un peu plus loin, en direction de Dubréka, au carrefour situé juste avant le pont de Kénendè.

Pour Coyah, pas de changement, le point de contrôle est toujours resté à Friguiady. Là également nous avons une forte pente ou une remontée raide selon le sens de roulage. Mais qu’à cela ne tienne, nonobstant tous ces aspects, la réalité qui prévaut tous les jours en ces deux endroits est tout, sauf apaisée. D’abord et cela va sans dire, il y a la forte affluence. Une multitude de véhicules (automobiles et motocyclettes) qui arrivent au même moment avec leurs passagers et d’autres piétons de passage. Chaque usager est pressé. Chacun se considère ‘’important’’, au point de se convaincre de passer infailliblement le contrôle, sans risque d’être bloqué. Ça crie de toutes parts et c’est à peine si on réussit à se faire entendre et surtout, à se faire comprendre.

Devant ce tumulte, les agents des corps de défense et de sécurité sont débordés, saturés et rapidement stressés par tant d’anarchie ambiante. Ils ont de la peine à se concentrer sur un cas précis. Aussitôt un dialogue amorcé avec un usager, les voilà interpellés à gauche et à droite par des dizaines d’autres à la fois. Rapidement, l’adrénaline monte et le calme disparaît. Devant pareille situation, usagers et agents, dont la plupart ne portent pas de masque, semblent limités. Les seconds, excédés sans doute par le travail harassant qu’ils abattent sans répit,  se demandent alors s’il faut contrôler les véhicules seuls, par rapport aux laissez-passer exigés, ou s’occuper des passagers et autres passants pour le contrôle de température. Sur ce plan, à Kénendè où nous nous sommes rendus, il n’y avait aucun agent sanitaire sur les lieux.

Dans une atmosphère aussi délétère où tout le monde se fâche à la fois, il est facile de comprendre que la courtoisie s’estompe vite et cède la place à la confrontation verbale. Laquelle, si elle est mal contenue, peut donner lieu à tous les excès. Ce qui hélas, n’a pas manqué de se produire dans la journée d’hier !

C’est cette situation de circulation saturée et d’anarchie totale qui prévaut toute la journée en ces deux endroits. Et cela n’a rien de rassurant, ni de constructif. D’un côté, nous avons à craindre que parmi les passagers et piétons qui franchissent les barrages sans prise de température, il y ait des porteurs du virus qui vont le disséminer plus loin et d’autre part, des véhicules dont le mouvement est essentiel à l’économie du pays, le cas des mines et unités industrielles par exemple, qui sont retardés.

Toujours est-il que nous avions déjà rappelé dans une de nos publications à propos de la lutte contre cette pandémie, qu’il est à souhaiter que tout le monde accepte, dans la discipline et la responsabilité, de faire front commun contre cette maladie. Il ne s’agit pas que de gains financiers à engranger, mais surtout, de gains en santé à préserver. Si nous ne prenons garde, cette maladie que certains semblent récuser, banaliser ou moquer va nous faire grand mal.