Mairie de Lélouma : les ambitions de  Moustapha Baldé et de son équipe (Entretien)

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« Lélouma aujourd’hui offre un visage d’une préfecture abandonnée par l’Etat »

Comme annoncé précédemment dans votre quotidien en ligne, la nouvelle équipe élue pour diriger la commune urbaine de Lélouma est aujourd’hui face aux défis énormes qui l’attendent pour le développement de cette préfecture, située dans la région de Labé.  Aujourd’hui, est consciente d’une chose. Les attentes sont nombreuses et les moyens sont limités. A part le marché, les autorités communales ne comptent sur quelques antennes de téléphonie mobile qui génèrent  de revenus pour ladite commune alors que le travail à accomplir est gigantesque.

Face à la défectuosité du réseau routier, à la vétusté  du bâtiment abritant la mairie, le manque de logistique, d’eau et d’électricité, le faible niveau des élèves dans les établissements scolaires et la faiblesse dans la collecte des taxes, les nouvelles autorités ont du pain sur la planche.

Pour parler de toutes ces situations liées au développement de la commune urbaine, le nouveau maire a accepté de se prêter à nos questions.  Entretien

Guineenews : vous venez de prendre fonction aux commandes de la mairie de la commune urbaine de Lélouma. De quelle situation avez-vous héritée ?

Moustapha Baldé : En termes de ressources, on a hérité des ressources propres au niveau de la commune. C’est un montant de près de 600 mille. Mais, il s’est trouvé qu’au niveau de la banque avec la subvention, il y avait près de 68 millions qui étaient disponibles. Du point de vue infrastructures, le siège de la commune est un petit bâtiment qui manque presque de tout. Il n’y a pas d’énergie que ce soit solaire ou électrique. Il n’y a pas d’ordinateurs installés.

En fait, les conditions de travail ne sont pas idoines. Le mobilier aussi date de 2005. Presque tout est à refaire. Il y a aussi une mairie qui était en construction depuis 2005. Le bâtiment est là, toujours souffrant. Sur le plan de patrimoine domanial qui appartiendrait à la commune, pour le moment, on ne nous a pas fait cas sauf une décharge publique. Or, les quelques sources de recettes que nous avons, ce sont le marché, et quelques antennes de téléphonie.  Nous ne pouvons pas dire que nous n’avons pas hérité mais nous n’avons pas hérité gros malheureusement ça pourrait être différent. Mais, ce n’est pas le cas. Donc nous, on est là aujourd’hui pour chercher à remédier cette situation que nous avons héritée.

Guineenews : A part la subvention, quelles sont aujourd’hui les sources de revenus dont dispose la commune pour faire face à toutes ces situations ?

Moustapha Baldé : Chronologiquement, c’est d’abord le marché. On va essayer vraiment de le réorganiser pour que les gens s’acquittent de leur devoir vis-à-vis de la commune. Le marché est là. Il peut vraiment être rentable si des dispositions sont prises. C’est quelque chose que nous voulons faire. Après le marché, vous avez la gare routière. Ensuite, il y a tout ce corps de métiers qui occupent des places publiques. Les stationnements des véhicules entre autres. Donc nous allons essayer de tirer  profit dans tout ça mais en les réorganisant. (…)

Maintenant à côté de tout ce qu’on peut mobiliser ici à Lélouma, il faut savoir aussi que nous irons vers un partenariat certainement avec nos ressortissants qui sont vraiment très dynamiques. Nous irons donc vers ces communautés là pour qu’ensemble, on essaie de voir comment  mobiliser des ressources pour soulager les populations de Lélouma.

Guineenews : vous voulez faire du marché votre fer de lance dans la mobilisation des ressources. Comment comptez-vous y prendre parce que dans le marché et ces alentours, c’est actuellement le désordre ?

Moustapha Baldé : Je suis d’accord avec vous. Dans le marché de Lélouma aujourd’hui c’est l’anarchie. Cela a été créé par nos devanciers. Depuis des années, ceux qui se sont succedé à la mairie n’ont pas eu quelque part pitié des populations. Aujourd’hui, on ne le souhaite pas. S’il y a un incendie, les dégâts risques d’être énormes. Nous, nous allons faire de sorte que tous ceux qui occupent les allées du marché avec des kiosques, nous allons leur demander de déguerpir dans la douceur. Et on verra, s’il y a une possibilité de recasement quelque part, on le fera. (…)

En tout cas, nous allons prendre des dispositions pour que le marché soit bien assaini surtout avec ce projet d’assainissement du marché.  C’est un projet financé par l’Union Européenne via l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) à travers  l’Association Nationale des Communes de Guinée (ANCG) à hauteur de 65 000 euros. Ce projet comporte deux volets. Le premier volet, c’est l’assainissement du marché et le bétonnage de toutes les passerelles. Le second volet vise la mise en place des poubelles.

Guineenews : il fut aussi un moment ou la casse des boutiques étaient récurrente au niveau du marché. Sur le plan sécuritaire, que comptez-vous apporter pour que les commerçants se sentent vraiment en sécurité ?

Moustapha Baldé : Comme disposition déjà, nous avons mis en place une commission judiciaire et sécurité. Donc, nous allons tout faire pour mettre à la disposition de la communauté une garde communale. Nous allons recruter des jeunes que nous savons sérieux et mettre en place une garde communale pour aider à sécuriser les populations et leurs biens à Lélouma.

D’où le pourquoi, nous allons sensibiliser les uns et les autres à s’acquitter de leur devoir. Parce que cette garde communale aurait besoin d’être entretenue. Et donc pour l’entretenir, il faut des ressources.

Guineenews : Autres aspects Monsieur le maire liés à l’éducation. Sur le plan éducatif, d’aucuns disent que le niveau des élèves baissent au fil des années d’où les échecs enregistrés surtout au niveau des examens nationaux. Des pistes de solutions ?

Moustapha Baldé : Je suis entièrement d’accord. C’est un constat alarmant. Depuis des années, je puis dire que la préfecture de Lélouma est parmi les dernières en Guinée en matière de taux de réussite au niveau des examens nationaux. Je ne le dis pas parce que j’ai juste envie de le dire. C’est un constat. C’est déplorable. C’est malheureux pour nos enfants (…)

C’est aujourd’hui une chance pour ces enfants parce que ça fait partie des compétences que le gouvernement a transféré aux communes. De l’école primaire jusqu’au niveau de dixième, les communes ont la charge de la bonne marche de l’éducation dans ces écoles. Donc nous prendrons des dispositions pour que les enfants aillent à l’école, pour que les parents s’occupent des enfants.

Mais, on fera en sorte aussi en partenariat avec la direction préfectorale de l’éducation (DPE) que les enseignants aussi s’acquittent de leur devoir. Ce que nous devons faire, c’est d’aller vers les enseignants, déceler des manquements. Nous ne sommes pas des inspecteurs. Je le sais mais il faut aller vers eux, déceler des manquements et voir dans quelles mesures les services de l’éducation pourraient nous aider à au moins soigner ce secteur pour que les enfants puissent mieux étudier et comprendre ce qu’on les apprend.

(…) Nous prendrons des dispositions, nous nous armerons du courage et de la volonté pour remédier à ce fléau. La réussite des enfants de Lélouma et l’élévation du taux d’admission à Lélouma feront partie de notre réussite.

Guineenews : autre réalités au niveau de la commune urbaine, c’est la défectuosité du réseau routier. Quel regard portez – vous sur ces routes et que faut-il pour les entretenir ?

Moustapha Baldé : Les routes ? On n’en a pas en fait. Parce que depuis combien d’années, on ne les entretient pas ? Ça fait longtemps. On a des ambitions dans ce sens. C’est une préoccupation. Nous allons tendre la main. Nous aurons des initiatives locales par rapport à ce qui est de la commune urbaine ici. Et élargir aux autres communes rurales pour qu’ensemble, on se donne les mains et qu’on se tourne vers l’Etat, pour que le gouvernement accompagne et  pourquoi pas à nos ressortissants qui pourraient tant soit peu mettre la main dans la poche pour aider à améliorer l’accessibilité de nos localités. C’est totalement enclavé. Lélouma aujourd’hui offre un visage d’une préfecture abandonnée par l’Etat.

Entretien réalisé par Abdourahamane Barry