Malade et handicapé, l’ex-international du volley-ball guinéen, Mohamed Touré le ‘’lion’’ sombre…

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Incroyable mais vraie ! ‘’Squelettique’’, béquille en main, Mohamed Touré le ‘’Lion’’, est cet ex-international du volley-ball guinéen, malade aujourd’hui et sans ressources ni de soutien, que Guinéenews a rencontré à son domicile, sis au quartier Lambanyi.

Né le 26 janvier 1960 à Kankan, il est fils de feu Capitaine Mamadou, ex- Médecin chef des forces armées et de feue Fanta Condé. Il est marié et père de deux (2) enfants dont 1 fille et 1 garçon.

Des études primaires passées au Camp Alpha Yaya, il abordera le secondaire, le lycée de Wassou et la 13ème année à Kindia. Il fut orienté après le baccalauréat à la Faculté des Sciences Administratives et Juridiques de Donka (FESAD).

Mohamed Touré ‘’le lion’’, titulaire d’un diplôme d’études supérieures, option Economie finances est de la 16èmepromotion de l’Université guinéenne baptisée Mohamed V.

Sur le plan administratif, Mohamed Touré très connu sous le pseudonyme de ‘’lion’’, a longtemps servi en qualité de payeur préfectoral. C’est suite à un test d’évaluation et de sélection des cadres du ministère de l’Economie et des Finances, non retenu, il s’est retrouvé dans le panier de ‘’cadres déflatés’’.

De 1988 à 2001, il fut au chômage. C’est après cette période de vache maigre, qu’il a pu reprendre service et cela grâce aux amis de bonnes volontés. Stagiaire, il le fut quelques moments, avant d’être réintégré à la fonction publique au niveau des impôts.

Présentement en tant qu’Administrateur civil, insiste-t-il cadre supérieur, il est agent de poursuite des impôts dans la Préfecture de Boké et précisément dans la sous-préfecture de Sangaredi.

Assez démoralisé, Mohamed Touré le ‘’lion’’ s’est prêté aux questions de guineenews.

Comment êtes-vous venu au volley-ball ?

« Très tôt, je fus sportif polyvalent (basket-football). J’ai été séduit à Kankan et en face de notre logement par le capitaine d’alors Facinet Touré et certainement général aujourd’hui à la retraite.

Il jouait excellemment bien au volley-ball et c’était en 1970. Ce sport m’avait émerveillé dès au départ. Je ne me suis pas jeté directement et j’ai cru aux premiers instants à la noblesse de ce sport qui m’est resté dans le cœur.

Ensuite, c’est arrivé à la faculté que j’ai réellement commencé à pratiquer ce sport. L’occasion m’a été offerte par un ami de promotion du nom de Mohamed qui était membre du COSFAC (Conseil Supérieur des Sports de la Faculté). Une compétition inter-facultés de volley-ball était en vue et notre faculté n’avait pas une équipe constituée. Je fus donc chargé de former une équipe type. C’est ainsi qu’a été mise à disposition le matériel nécessaire (Ballons et filets) pour démarrer le travail. Progressivement, plusieurs étudiants se sont manifestés et qui possédaient d’ailleurs plus de talents que moi. Miraculeusement, notre équipe en compétition à l’ENAM face à la Faculté des Sciences sociales a remporté le trophée. Au poste d’attaquant passeur, je fus l’homme du match de ce jour en compagnie de Alpha Soumah, Azziz Diallo et autres ».

Comment aviez-vous intégré la sélection nationale de volley-ball ?

« C’est bien lors de cette finale de compétition inter-facultés que tout a commencé. Sans savoir que le coach de la sélection nationale feu Soriba Camara était présent, il se présenta à moi à la fin du match pour enfin me convier à me présenter au stade du 28 septembre, lieu d’entrainement de la sélection nationale.

Je fus très lourd tout au début puisque partagé entre le basketball et le football, je ne m’y rendais presque pas au stade pour les entrainements. Un jour, feu Soriba Camara auquel je dois tout enverra une mission à la Faculté pour me cueillir enfin. A ce moment, la sélection nationale était en phase de préparation pour les Jeux Africains en Côte d’Ivoire. Enseignant de profession, Professeur de Chimie, très rigoureux, éducateur catégorique, feu Soriba Camara m’a initié au volley-ball. Il a fait de moi ce joueur polyvalent qui finalement a brillé sur plusieurs stades de la capitale et du continent ».

Parlez-nous de votre parcours dans la sélection nationale ?

« C’est un parcours que je qualifierai sans modestie d’élogieux en compagnie de mes coéquipiers. J’ai trouvé dans l’équipe nationale, de talentueux volleyeurs tels Alpha Soumah, qui est actuellement officier supérieur de l’armée, Surcouf, Moussa Camara ‘’Niagbato’’, Abdoulaye Cissé ‘’Watt’’ cadreur à la RTG, Condé Ibrahima, Ibrahima Cassé et tant d’autres.

Mon baptême de feu fut a eu lieu à la faveur d’un tournoi que la Côte d’Ivoire a abrité en 1979. Très vite formé par feu Soriba Camara, l’assimilation n’a pas tardé au poste d’attaquant passeur. A l’Université de Cocody en Côte d’Ivoire, nous avions remporté la finale face à la sélection ivoirienne.

En 1980, au Sénégal, nous avions vicieusement humilié la sélection nationale du Sénégal et au Stade Demba Diop en match officiel, et sur les stades de Thiès, de Diourbel, ainsi qu’à Saint-Louis en matchs amicaux.

Il n’était pas à la portée de n’importe quelle sélection nationale à l’époque de vaincre la sélection nationale du Sénégal qui regorgeait d’innombrables talents.

Avec la sélection nationale guinéenne, j’ai livré et gagné de nombreuses rencontres internationales et nationales, à Conakry qu’à l’extérieur du pays. Nous avions même été champions en titre de la zone 2. Notre parcours est truffé de succès. Sans oublier qu’en compagnie de l’équipe fédérale de Conakry 2, on s’était adjugé plusieurs titres notamment les coupes PDG ».

Aucune relation n’existe aujourd’hui entre Mohamed Touré le ‘’lion et le volley-ball guinéen qu’il a tant servi. Il a raccroché en 1998 à cause de sa situation professionnelle nettement instable et depuis, la maladie causée par le même sport, est en train de le ronger. Malgré cet état difficile à supporter, Mohamed Touré le ‘’lion’’ se rappelle et nous raconte son plus beau souvenir ainsi que son plus mauvais souvenir dans sa pratique du volley-ball.

« Le plus beau souvenir dans ma carrière de volleyeur est la victoire de notre sélection nationale au Sénégal. Après notre victoire en match officiel, non digéré, des matchs amicaux furent organisés à l’intérieur du pays. Nous avions vaincu cette sélection sénégalaise sur tous les stades proposés. Ce jour-là, je fus la fierté des Guinéens résidents puisque, le journal officiel de la place en l’occurrence le ‘’Soleil’’ en avait fait cas de l’évènement. L’instant le plus émouvant au stade Demba Diop fut le match de l’attaquant sénégalais refoulé par le filet et dont j’ai suivi la trajectoire de la balle le long de la bande. Au finish, couché par terre, le ballon retombant dans notre camp, d’une seule main, j’ai pu effectuer une superbe passe à Alpha Soumah, qui a foudroyé l’équipe adverse dans les trois mètres.

Le plus mauvais souvenir est le match perdu à Alger sous un froid glacial où, ils avaient ouvert les persiennes pour accélérer la froideur. Ce fut un score lourd et dans un temps record que nous avions essuyé à Alger. Œil pour œil et dent pour dent, le match retour fut programmé à Conakry sous un ardent soleil à Conakry et en plein 14 heures. Malgré la victoire obtenue à Conakry, ce pesant score du jamais vécu à Alger reste inoubliable ».

Décrivez-nous exactement votre carnet de santé ?

« Il est vraiment critique mon état de santé et tous les jours qui pointent, les douleurs s’accentuent.

C’est la tête du fémur qui est broyé et dû certainement aux spectaculaires sauts dont j’effectuais pour attaquer le ballon en l’air. Les atterrissages ont provoqué des chocs dont je n’ai pas pu sentir immédiatement. C’est quand, je suis resté en inactivité que toutes ces douleurs se sont déclenchées. N’ayant aucun moyen pour diagnostiquer le mal et y remédier, la maladie s’est empirée et a conduit au handicap que vous constatez présentement. Je marche à l’aide d’une béquille, malgré moi ».

Cela est arrivé et personne n’est venu à votre secours ?

« Au début, franchement toutes mes démarches auprès de quelques-uns ont échoué. C’est en 2012, que le Colonel Saloumba Condé qui est un ami, m’a fait évacuer au Maroc pour 2 mois. Là, j’ai été opéré et on m’a mis une prothèse. Quand je suis revenu, 3 ans après, la prothèse s’est désintégrée et d’autres douleurs s’en sont suivies. J’ai vécu avec ces douleurs et sans aucun moyen puisqu’il fallait être réopéré, sinon retourné au Maroc. Malheureusement, rien de tout cela ne fit et ça s’est aggravé. Depuis, je traine dans cette misère et ce grand regret ».

Quelles sont vos sources de revenus ?

« Je vis uniquement de mon salaire d’employé en qualité d’agent de poursuite des impôts de Sangarédi. Rien d’autres à part ce maigre salaire que j’obtiens à la fin du mois. Malade, je suis venu me reposer à Conakry auprès de la famille. Quand on a tout perdu, c’est seulement la famille qui reste le dernier soutien moral ».

Que regrettez-vous aujourd’hui en tant qu’international guinéen qui a connu beaucoup de gloires ?

« Pour faire l’histoire, il faut toujours se référer du passé. Le présent est là pour le futur. Il est indispensable de faire recours au passé. Quelque part, il ne faut pas oublier ceux qui ont fait la gloire de ce pays dans tous les secteurs. Je suis stigmatisé, abandonné à moi-même. J’avais perdu le moral et en croyant, je continue de tenir bon. Avec tout ce que j’ai incarné, je suis mal récompensé et complètement dégonflé ».

Mohamed Touré le ‘’Lion’’, jadis connu pour ses imparables sauts et smatches au niveau des filets, n’est aujourd’hui qu’un ‘’lionceau’’, qui rugit dans un lit de malade.

Il n’y a pas de plus grande douleur, que de se rappeler d’un temps heureux dans une misère.