Mali-Téliré : les autorités locales dans le viseur des populations après la destruction d’une forêt

avril 29, 2019 1:44

Depuis quelques jours, les populations du district de Dar-es-Salam, dans la sous-préfecture de Tèliré, préfecture de Mali, sont en colère suite à une agression de l’environnement due à un abattage massif d’arbres. A la mi-avril, c’est une cinquantaine d’arbres qui a été abattue et utilisée à des fins commerciales. Les habitants de Téliré soupçonnent le sous-préfet et le maire d’être de mèche avec des trafiquants.

Pour mieux cerner cette situation, la rédaction locale de Guinéenews basée à Labé s’est transportée sur le lieu pour un constat. Dans le secteur de Koulloufi, certains citoyens ont accepté de témoigner à notre micro sur cette destruction à grande échelle du couvert végétal. Selon Sadiouma Sidibé, un ancien chef secteur de Koulloufi, les trois bucherons ont débarqué avec leurs tronçonneuses arguant qu’ils ont été mandatés pour couper les bois dans ledit secteur. Ce jour, dit-il, ils nous ont dit que c’est juste 2 arbres qu’ils doivent abattre. Mais depuis qu’ils sont descendus dans la forêt, nous assistons à un ballet des camions, a-t-il déclaré et d’ajouter : « c’est en ce moment, j’ai directement interpellé toutes les autorités qui n’ont d’ailleurs pas levé le petit doigt face à ce problème environnemental. »

Quant à Ibrahima Bah Donghol Nettéré, ce sont les autorités qui ont dépêché des personnes pour venir abattre ces arbres. « C’est d’abord le président de notre district et ses subordonnées, ensuite la commune rurale et le sous-préfet. Ils ont envoyé des tronçonneuses qui ont commencé à couper les arbres pendant 11 jours. C’est en tout 46 arbres qu’ils ont abattus », a-t-il confié.

En plus des 46 troncs d’arbres, Mamadou Sadio Diallo et ses amis sont tombés sur 5 autres. « On a constaté dans un premier temps 46 arbres abattus, puis on a vu cinq autres. Ce qui fait en tout 51 arbres abattus rien que dans ce secteur. Pour un départ, les autorités arguaient que c’est suite à un feu de brousse qu’elles ont autorisé cette coupe abusive alors qu’il n’y a aucun feu de brousse ici », a-t-il expliqué et de poursuivre : « on entend souvent dire dans les radios, protégeons l’environnement, préservons les forêts. Maintenant, si ce sont nos autorités qui se rendent coupables de destruction de cet environnement, on ne sait plus à quel saint se vouer. Mais on sait que c’est le chef du district et le maire qui sont responsables. Car, quelqu’un ne peut pas venir faire ce qu’il veut dans ta concession sans que tu ne pipe mot… »

Ce qui fait mal, selon Daouda Diallo, c’est de détruire l’environnement pour des fins commerciales.  « En réalité, ils ont juste voulu détruire cette forêt. Sinon quand les autorités ont besoin de madriers, elles sont libres de venir se procurer de la quantité qui leur suffira. Mais, il ne faut pas détruire toute la forêt pour des fins commerciales. C’est là où il y a problème. Parce que 51 arbres, c’est près de 1 000 madriers qu’il s’agit. Quand on a manifesté notre mécontentement, ils ont envoyé des gendarmes pour nous intimider et nous mettre aux arrêts », a-t-il affirmé.

 « Nous, avons cette forêt, c’est ici qu’on tire tous nos besoins. Mais, s’ils veulent la détruire en un seul jour, qu’est-ce qu’on va devenir ici. En plus, regarder il y a des arbres qui sont abattus et abandonnés », a déploré Mamadou Saliou Goumbanbel.

Pour sa part, le premier responsable des sages du secteur ne demande qu’une seule chose, c’est de remettre tous les arbres coupés à leur place.

« Je dirai juste une seule chose… S’ils veulent la paix dans le village qu’ils nous ramènent sans condition tous les arbres qu’ils nous ont volés. Au cas échéant, ils sauront de quel bois nous nous réchauffons. Parce que c’est une foutaise », a-t-il dénoncé.

Dans un souci de recoupement, l’équipe de Guinéenews est allée à la rencontre des autorités sous-préfectorales (le sous-préfet et le maire, ndrl). Mais aucun d’eux n’a voulu apporter la moindre explication sur ces accusations relatives à cette destruction de la forêt.

Par ailleurs, Harouna Souaré le préfet de Mali, joint au téléphone, a affirmé n’être pas saisi encore de la situation mais il promet de dépêcher sur les lieux une équipe mixte dès le début de cette semaine prochaine.