Marche de colère des médias : Les journalistes exigent la libération de Lansana Camara

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Il y a huit jours depuis que le directeur de publication du site conakrylive, Lansana Camara est jeté en prison par la justice guinéenne. Pour dénoncer cette détention illégale, puisque violant la Loi L002 de la liberté de la presse, qui dépénalise les délits de presse, les médias ont organisé une marche qu’ils ont appelée «La marche de colère des médias».  Une occasion pour eux de dénoncer les injustices que subissent les journalistes guinéens ces quatre dernières années notamment.

Cette marche, organisée ce mardi 2 avril 2019, est partie du rond-point du port autonome de Conakry au ministère de la Justice en passant le ministère des Affaires étrangères. Pour rappel, c’est le ministre des Affaires étrangères, Mamady Traoré, qui a porté plainte à la justice contre Lansana Camara.

Banderoles en mains, sur lesquelles on peut lire : « Honte aux magistrats zélés et corrompus », « Plus de journalistes en prison » ou encore « Vive le respect de la loi L0022 », les marcheurs exigeaient la libération du journaliste Lansana Camara.

Arrivés au niveau du ministère des Affaires étrangères, ils ont même crié « au voleur », faisant référence à l’article de Lansana Camara qui a révélé des magouilles dans l’achat de carburant dudit département. Un article qui lui a valu la prison.

Au ministère de la Justice, la colère des journalistes est devenue plus noire, car ils n’ont pas hésité, devant des gendarmes, à scander « Cheick Sako zéro », « Montpellier zéro », puisque le ministre de la Justice était avocat au barreau de Montpellier en France.

Lisant la lecture de la déclaration des organisations professionnelles des médias, Kadiatou Kamara s’est indignée du refus du juge d’instruction de donner satisfaction à la demande de liberté provisoire formulée par l’avocat de Lansana Camara : « Ce lundi 1eravril, contre toute attente, la demande de libération provisoire de notre confrère, introduite au Tribunal de première instance de Kaloum par son avocat, a été rejetée. Tout ce spectacle malheureux se passe dans un pays où les délits de presse sont dépénalisés par la loi organique L 002 sur la liberté de la presse et d’expression du 22 Juin 2010. Cette avancée démocratique, acquise à la suite d’une longue lutte, est en train de fondre comme du beurre au soleil. »

La détention du directeur de publication de conakrylive est une suite de la série noire que les journalistes enregistrent depuis quelques années maintenant. A commencer par la disparition du journaliste Chérif Diallo d’Espace TV, le meurtre d’Elhadj Mohamed Diallo, l’arrestation sur instruction de Cheick Sako, de Mamadou Saliou Diallo, la condamnation de Moussa Yéro Bah, Almamy Kalla Conté, la bastonnade des journalistes à l’escadron mobile N°3 de Matam, ou encore la disparition tragique d’Abdoulaye Bah de Guineenews, entre autres.

« Cette marche de colère des médias guinéens est organisée pour dire non à ces violations et persécutions contre les journalistes, contre la liberté d’expression, mais aussi contre l’Etat de droit et  la démocratie », explique Kadiatou Kamara.

« Notre Justice, malheureusement, est apte à rendre justice pour les autres, les hauts cadres, les hommes d’affaires, les ministres de la République en condamnant les journalistes, mais jamais le contraire », regrette-t-elle.

Les organisations professionnelles des médias guinéens vont savoir au ministre de la Justice que ces différents agissements contre les journalistes ne les arrêteront pas de continuer à informer les populations guinéennes conformément aux lois de la République : « Monsieur le ministre de la Justice, à partir de cette marche de colère, les journalistes guinéens ont décidé de prendre leur destin en main, pour empêcher toute volonté d’étouffement de la liberté de la presse et d’expression consacrée par la Constitution de notre pays. A travers des marches pacifiques, des journées sans presse et des synergies de radios, nous interpellerons les plus hautes autorités de ce pays sur les violations sans cesse répétées de la loi organique L 002 sur la liberté de la presse. »

Après la marche de ce 2 avril, les radios vont faire une synergie le mercredi et la journée du 4 avril sera déclarée « journée sans presse » en Guinée, jusqu’à la libération de Lansana Camara.