Mauvais classement de la Guinée par RSF: la presse privée, le bouc émissaire d’Alpha Condé

mai 3, 2018 8:57
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A l’occasion de la célébration de la journée internationale de la presse ce jeudi 3 mai, les associations de la presse guinéenne ont décidé d’inviter le président de la République à la cérémonie. Sans doute, une opportunité pour la presse guinéenne d’étaler ses difficultés. Mais il n’en fallait pas ! Car, Alpha Condé qui a les siennes ne s’est guère privé de l’aubaine pour les exprimer de vive voix à la presse.

 «Nous souhaiterions de commun accord que d’autres difficultés soient mises sur table en vue d’être aplanies. Parce qu’en vérité, sans les entreprises économiquement viables, le pari de la liberté des journalistes risque bel et bien d’être hypothéqué.  Qu’il vous plaise, Excellence monsieur le président de la République, d’accéder au vœu qui semble le plus partagé aujourd’hui par l’ensemble des acteurs des médias guinéens, c’est celui de voir rapidement construit un siège pour la Maison de la Presse de Guinée à l’instar des autres pays de la sous-région. En le faisant, vous auriez fait une œuvre plus utile parce qu’à travers cette Maison de la presse, c’est l’assurance de qualifier davantage la profession. Nous vous saurions gré de l’appui que vous nous apporteriez pour la mise en place d’un fonds d’aide et de solidarité en faveur des journalistes sinistrés. Par ailleurs, la liberté de la presse n’a aucune garantie sans l’indépendance économique de la presse. Qu’il vous plaise de prendre les mesures réglementaires incitatives nécessaires pour introduire une communication institutionnelle payante et pour obliger toutes les grandes entreprises à communiquer dans la presse», a plaidé Amadou Tham Camara, le président du Conseil d’Administration de la Maison de la Presse, tout en rappelant le classement annuel de Reporters sans Frontières (RSF). Un classement qui a mis mal à l’aise à Alpha Condé qui accuse la presse nationale de n’avoir rien fait pour mettre en valeur les projets réalisés depuis qu’il est arrivé au pouvoir : «je pense qu’avant de demander qu’on vous aide, qu’est-ce que vous avez fait pour redorer l’image du pays ? Tous les progrès qu’on a faits depuis 2011, sont passés sous silence. Comment peut-on être 104ème ? Alors, essayez de répondre à cette question. Quand vous répondez à cette question, je vous répondrai. Mais tant que vous ne répondez pas, je ne vous réponds pas. »

Après cet interrogatoire musclé du chef de l’Etat, l’atmosphère est  subitement devenue lourde dans la salle et ce, durant  un bout de temps. Mais Hassane Kaba qui est le Directeur général de la Maison de la Presse (MDP), a repris le micro pour tenter d’apporter une réponse à ces question du président Alpha Condé. «Je dis, monsieur le président, que votre visite ici est une preuve éloquente de l’attachement que vous avez… ». Il est interrompu aussitôt par le président Alpha Condé qui insiste à ce qu’il réponde à ses questions : « Répondez à la question. Comment on a été classé 104ème ? Tant que vous ne répondez pas à cette question, je ne ferai aucun commentaire. »

« C’est un classement qui a été fait par Reporters Sans Frontières, qui fait son classement, qui a ses critères. Je ne sais pas, ces critères n’ont pas été…», a tenté Hassane Kaba de justifier avant d’être de nouveau interrompu par le chef de l’Etat : «c’est parce que vous ne faites rien pour montrer quels sont les projets qui ont été faits depuis 2011 pour la presse. Si vous-mêmes vous ne communiquez pas pour dire ce qui a été fait comment voulez-vous que l’extérieur ne donne pas une fausse image

Dans une position très délicate, le Directeur de la Maison de la Presse, revient à la charge : «l’apprentissage n’est pas aisé. Aujourd’hui, avec votre arrivée, ces dernières années, il y a eu des nouvelles écoles de journalisme qui ont été créées. Aujourd’hui, il y a combien de radios privées ans le pays. A tous ces niveaux, je crois qu’il y a eu des progrès.»

Le président Alpha Condé reprend la parole pour charger à nouveau la presse : «Est-ce que vous communiquez sur ça ? Et dès qu’un journaliste a des problèmes avec des gendarmes vous en faites tout un tabac. Par contre, ce qui a été fait comme progrès, vous n’avez jamais communiqué là-dessus.»

Hassane Kaba veut changer de sujet, avant d’être interrompu pour la troisième fois : « Je vous demande humblement ne pas vous arrêtez à… »

Alpha Condé leur demande pourquoi ils n’ont pas dit à RSF que leur rapport sur la Guinée est faux : « dans ce cas pourquoi vous n’avez pas protesté à l’endroit de RSF et donner votre propre vision ? Pourquoi ? Vous auriez dû interpeller plus officiellement RSF pour leur dire que ce qu’ils disent ne correspond pas à la réalité. Pourquoi vous ne l’avez pas fait ? C’est parce que ça vous arrange qu’on présente une mauvaise image de la Guinée. »

Tham Camara vient au secours de Hassane Kaba. « Croyez-nous, nous sommes les premiers à être outrés par ce classement ». Tout comme son prédécesseur, il sera interrompu par Alpha Condé : « Si vous étiez outrés vous alliez réagir.»

Le président du Conseil d’Administration de la MDP revient ensuite sur les différentes péripéties enregistrées entre la presse et la gendarmerie vers la fin de l’année 2017 : « C’est vrai que cette année, il y a quelques incidents que l’ONG (Reporters sans frontières, ndlr) apprécie à sa façon. C’est vrai qu’il y a des malentendus entre la presse guinéenne et les autorités. Ces malentendus ont valu ce classement. C’est regrettable. Mais le classement vient de se faire. »

Puis, il promet que les associations de presse se réuniront pour apporter une réponse à ce classement de la Guinée par RSF : « en toute responsabilité, les associations de presse vont se rencontrer. On va examiner et donner une réponse corrective, s’il y a lieu, à l’ONG. Cela ne va pas tarder.»

Il faut préciser que le rapport de RSF ne base pas seulement sur les violences que les journalistes subissent dans l’exercice de leur fonction, par les forces de l’ordre, mais c’est qu’il y a eu aussi les conditions de vie et de travail, donc leur traitement par leurs employeurs.