Me Ouattara a-t-il détourné les honoraires de ses confrères ? : « Oui », selon son client

0
1271

Parallèlement à la procédure disciplinaire ouverte devant le Conseil de l’ordre des avocats, la procédure judiciaire suit son cours dans l’affaire d’abus de confiance opposant l’entreprise d’imprimerie Mil Impression et l’avocat Aboubacar Ouattara. En début de semaine, Mathurin Millimono, le responsable de l’entreprise, a comparu à la barre du tribunal de première instance de Kaloum.

Dans sa version des faits, Mathurin Millimono a dit qu’il s’était acquitté des honoraires des avocats qui l’ont défendu pour l’obtention des 6 milliards de francs guinéens que l’Etat devait à son entreprise. Mathurin ne se souvient pas de tous les avocats qui sont intervenus à sa faveur. Il retient quand même Me Ouattara, Me Benjamin Millimono et Me Silvain Millimono. Ce sont les deux derniers qui réclament aujourd’hui leurs honoraires. A ceux-ci, Mathurin Millimono ajoute un avocat ivoirien qui l’a défendu devant la Cour commune de justice et d’arbitrage de l’OHADA.

« J’étais en séjour médical à l’étranger. J’ai demandé à Me Ouattara d’attendre mon retour, mais il n’a pas accepté. Il a mis de la pression sur moi et sur ma famille. Il disait que les autres avocats ont porté plainte contre lui pour leurs honoraires »,  a indiqué le patron de Mil Impression, avant d’affirmer avoir  donné l’autorisation à Me Aboubacar Ouattara de faire des retraits sur le compte bancaire de l’entreprise. Selon lui, Me Ouattara a retiré deux milliards sept cents quatre-vingt millions de francs guinéens. Une somme qui revenait à tous les avocats et à l’huissier de justice qui a travaillé dans ce dossier. Mais les autres avocats, ainsi que l’huissier, n’auraient jamais bénéficié de cette somme. Et c’est pourquoi, ils se sont tournés vers le patron de Mil Impression pour demander leur part d’argent.

Face aux questions des avocats de la défense, Mathurin Bangoura n’hésitera pas à dire que  Me Ouattara « est de mauvaise foi ». Des mots qui ne plairont pas du tout aux avocats de Me Ouattara.

Pour les avocats de Me Ouattara, leur client a été le seul à défendre Mathurin Millimono lorsqu’il faisait face à la justice. Pour preuve, ont-ils indiqué, c’est le nom de Me Ouattara qui se trouve dans tous les dossiers de Mathurin Millimono devant la justice nationale et celle internationale. Reprenant les propos de leur client, les avocats ont indiqué que Me Ouattara n’a jamais connu ses confrères Benjamin et Sylvain Millimono dans ce dossier. « Pourquoi ces avocats n’ont aucune trace dans le dossier ? », a-t-on demandé à Mathurin Millimono. « Je ne sais pas. Je sais quand même qu’eux aussi m’avaient défendu et que Me Ouattara avait pris l’argent pour eux aussi ».

Le passage à la barre de Mathurin a permis de comprendre qu’il n’y a jamais de contrat écrit entre l’avocat et son client. Pour les avocats de la partie civile, c’est la faute à leur confrère qui, en tant que juriste, devrait faire comprendre à son client qu’un avocat ne peut défendre que sur la base d’un contrat écrit. « S’il ne l’a pas fait, c’est bien en connaissance de cause… », estime Me Faya Gabriel Kamano, avocat de Mil Impression.

Un prévenu particulier

Même s’il est prévenu, Me Ouattara était plutôt aux côtés de ses avocats. Par moments, il pouvait même répondre à certaines déclarations de la partie adverse. Ce qui amènera le procureur Abdoulaye Israël Kpogomou a menacé de l’amener dans le box des prévenus. Certains avocats de Me Ouattara ont estimé que le procureur cherche à régler des antécédents avec leur client. Mais pour le procureur, ça ne serait que l’application du principe qui ne fait pas de distinction entre les prévenus. Avec l’intervention des autres avocats, Me Ouattara n’ira pas au box des prévenus…

Après l’audition de Mathurin Millimono, le tribunal a renvoyé l’affaire à la quinzaine pour la suite des débats. A l’audience du 18 mars prochain, ça sera le tour  des avocats Benjamin et Sylvain Millimono de comparaître comme témoin.

Tokpanan Doré