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    Migration clandestine : Pourquoi la jeunesse prend-elle autant de risques ?

    De nombreux jeunes guinéens sont tentés par l’aventure pour changer une façon de vivre, estimant que leur avenir est incertain dans le pays. L’envie de vite réussir les pousses à faire un saut dans le vide. Certains tiennent coûte que coûte de rejoindre l’Europe [l’eldorado] où ils n’ont aucune adresse, pour d’autres, aucune qualification professionnelle.

    Parmi les candidats à la migration clandestine, il y a ceux qui possèdent des montants un peu plus importants qu’ils pouvaient investir dans leur pays. Mais, sans aucune vision claire avec une obstination de partir pour devenir riche, ils préfèrent se lancer [parce que leur camarade ou le fils du voisin est partit et a construit, ou a aidé une connaissance à changer sa vie, ndlr], au risque et péril de leur vie.  Ainsi, ils entament un voyage ‘’incertain’’ avec tous les contre-coups. La plupart, prennent le couloir du désert vers la mer méditerranée : Mali, Niger, Algérie, Libye, etc. L’argent qu’ils avaient est remis à des passeurs pendant la traversée du désert et dans la mer.

    Bien que de nombreux jeunes guinéens perçoivent le mieux-être ailleurs (Europe), certains réalisent le contraire. C’est le cas de deux jeunes rencontrés dans la banlieue de Conakry et à Coyah. L’un n’a jamais été tenté par l’aventure, même si l’autre a fait neuf ans à Lisbonne et à Genève avant de rentrer au pays. Aujourd’hui, ils réussissent en profitant des opportunités qui s’offrent à eux dans l’agro-élevage.

    Boubacar Dansoko, la trentaine, cogère une entreprise familiale qui évolue dans la production d’aliments pour volailles, l’élevage de la poule pondeuse, l’agriculture et le négoce des intrants des matières premières. Cette entreprise a une capacité de 200 mille pondeuses. A côté, il a créé une autre entreprise qui s’occupe de l’aviculture et du commerce (AVICOM) qui possède 32 mille pondeuses. L’idée d’aller en aventure ne l’a jamais traversé la tête.

    Ayant un père entrepreneur évoluant dans le domaine de l’aviculture et un grand-père éleveur, on comprend tout de suite d’où est parti cet amour pour l’agro élevage, adoubé d’une forte détermination de réussir ici en Guinée.

    « Notre père nous a fait un premier prêt qu’il fallait rembourser et qu’on a pu rembourser. C’était un bon départ pour pouvoir continuer. Il m’a confié 6000 pondeuses à gérer sans me dire que c’était un prêt. Quand les poules sont prêtes à pondre, il m’a dit que comme j’ai sué pour gérer ce lot, il me l’accorde en guise de prêt », explique Boubacar Dansoko.

    Si de nombreux jeunes sont tentés par l’aventure, le jeune Dansoko n’a en tête qu’investir ici (Guinée) le peu de moyens mis à sa disposition : « Je n’ai jamais pensé à l’aventure. J’ai fait mes études au Sénégal. Plusieurs universités sont venues me voir pour me proposer de postuler pour des bourses à l’étranger. C’est l’unique fois où l’idée m’a traversé d’aller me former et revenir. La formation est très importante, mais puisque ce que j’ai envie de faire c’est l’agriculture et l’élevage, j’ai dit que je n’ai pas besoin d’aller à l’étranger pour apprendre comment les terres africaines sont, comment sont élevés les animaux ici en Afrique. J’ai dit que c’est plutôt l’expérience qui va gouverner. Donc, après mon bac, je suis revenu. J’ai repris les activités d’élevage et d’agriculture à côté de mon père. L’idée ne m’est jamais venue d’aller à l’étranger parce que je me suis dit que l’avenir et la richesse c’est ici. Rien ne sert d’aller rechercher des Bac+5 ou 7 pour revenir faire ce qu’un détenteur de Bac+1 peut faire. »

    Prendre 30 millions pour risquer la vie dans le désert, dans la Méditerranée, c’est ce que font beaucoup de jeunes Guinéens. Et malheureusement, certains n’arrivent jamais à leur destination de rêve, puisqu’ils meurent de soif dans le désert ou sont noyés en mer. Boubacar Dansoko se demande pourquoi ces jeunes prennent-ils autant de risques alors qu’ils pouvaient débuter avec ces 30 millions ici en Guinée.

    « Je crois que mobiliser 15 millions, 30 millions voire plus pour travers le désert, la mer pour un saut dans l’inconnu, c’est prendre un grand risque. Ils pouvaient investir ça ici. Et au bout de cinq ans, parce que le temps qu’ils font en route pour rejoindre l’Europe, il y en a qui font deux ans, je suis sûr que s’ils avaient investi ça dans l’agriculture, ils auraient doublé ou triplé cette somme, au lieu de prendre le risque d’abord de mourir, puisque beaucoup meurent en cours de route », soutient-il.

    Pour réussir en Guinée, Boubacar Dansoko pense qu’il faut profiter des opportunités qu’offre le pays : « Je dis à tous ces jeunes [qui sont tentés par la migration clandestine] que l’avenir c’est ici. Il suffit juste de voir les opportunités. Je pense qu’ici on ne regarde pas le pays, on ne regarde pas les terres, on ne regarde pas les animaux comme des opportunités, mais plutôt comme des fardeaux insupportables. Alors que si on les avait regardés comme des opportunités à saisir, je crois qu’il y a de la place pour tout le monde ici. »

    Habib Barry a fait neuf ans en Europe, mais il a décidé de rentrer au pays pour investir dans l’aviculture. Si certains prennent des risques en allant dans des pays européens où ils vivront plusieurs années en clandestinité, le jeune Habib a la nationalité portugaise grâce à un regroupement familial qui lui a permis de vivre à Lisbonne plusieurs années avant d’aller suivre quelques formations en Suisse. Malgré tous ces atouts, il a décidé de revenir en Guinée de son propre chef.

    Comme Dansoko, Habib Barry a choisi l’agro élevage. Il a une ferme avicole qui possède des milliers de pondeuses et son entreprise emploie actuellement une dizaine de personnes. « J’ai décidé de revenir parce qu’on est mieux que chez soi », lance-t-il, ajoutant qu’il est « parfaitement à l’aise » ici.

    Barry explique : « Ce qui pousse certains à avoir l’envie d’aller en Europe, ce sont les réseaux sociaux. Ils pensent qu’une fois là-bas, ils sont au paradis. Aujourd’hui il y a beaucoup de Guinéens en Europe qui ne peuvent pas venir parce que d’abord ils n’ont rien à envoyer ici et ont honte de revenir les mains vides. Ensuite certains sont des sans-papiers. Ils vivent en clandestinité. Donc ils se cherchent, comme on dit».

    Les opportunités sont énormes dans la plupart des secteurs de développement. Si chacun a un minimum et un esprit d’entrepreneuriat (réussite), il peut vivre et réussir en Guinée.

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