Mines/Guinée : Human Rights dénonce la course aux recettes au détriment des Communautés

octobre 4, 2018 1:40
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«La quête de revenus ne devrait pas se faire au détriment des communautés locales »

Un rapport de Human Rights Watch (HRW) de 165 pages  publié, ce jeudi 4 octobre 2018 à Conakry, accable les deux plus grands producteurs de bauxite en Guinée, la SMB et la CBG. Intitulé « quels bénéfices en tirons-nous ? Impact de l’exploitation de la bauxite sur les droits humains en Guinée », ce rapport annonce que le mode de vie de milliers d’habitants est menacé par l’exploitation minière avec la destruction des terres ancestrales, de la faune et de la flore.

« La quête de revenus ne devrait pas se faire au détriment des communautés locales », mentionne-t-on dans le document  même si le secteur minier  « connaît une croissance fulgurante ».

Dans ce cas, le rapport invite «  le gouvernement [à] prendre des mesures immédiates pour mieux réglementer les activités des sociétés minières et protéger les communautés ». Parce que l’exploitation de la bauxite non règlementée « met en péril le mode de vie et les moyens de subsistance de dizaines de communautés qui vivent à proximité des activités d’exploitation minière », selon Jim Wormington, chercheur à la Division Afrique de Human Rights Watch.

Car, poursuit-il, « l’accroissement du secteur de la bauxite a trop souvent pris le pas sur la protection de l’environnement et des droits humains ».

Faut-il noter que l’enquête de Human Rights Watch a porté sur trente (30) villages et a touché 300 personnes à Boké, déclarée en 2018 Zone économique spéciale par le président Alpha Condé.

Cependant, souligne le rapport, « des dizaines d’agriculteurs ont expliqué comment les sociétés minières profitent de l’absence de protection par le gouvernement des droits fonciers ruraux pour exploiter des terres ancestrales sans offrir aux communautés d’indemnisation leur permettant de compenser sur le long terme la valeur des terres perdues ». « Ils exploitent maintenant la terre de nos champs, dont nous étions dépendants pour pouvoir manger », a déclaré un leader communautaire de Boundou Waadé, cité par les enquêteurs.

Le rapport souligne également le manque de sensibilisation des citoyens par le gouvernement et les investisseurs pour l’utilisation des indemnisations versées par les sociétés minières.

Aujourd’hui, les habitants des zones minières constatent, impuissants, la «  baisse du niveau et de la qualité des eaux des rivières, des cours d’eau et des puits de la région, menaçant le droit à l’eau de plusieurs milliers de personnes ».

Pourtant, HRW rappelle qu’en mai 2018, le gouvernement de la Guinée lui a expliqué dans un courrier que seuls les projets conformes aux critères environnementaux et sociaux reçoivent son accord avec une garantie « d’assumer pleinement ses fonctions de puissance publique pour faire respecter sa réglementation [relative au secteur minier] et de contrôler les activités des entreprises. »

Pour leur part,  les sociétés minières ont mis en avant leurs efforts de stimuler le développement local et d’atténuer les effets néfastes de l’exploitation minière par a création d’emplois. C’est le cas de la SMB qui affirme à HRW que  « le respect des droits humains constitue le pilier sur lequel reposent nos valeurs ». Tandis que la CBG dit avoir « pris de nombreuses mesures pour améliorer sa gestion environnementale et sociale ».

Ainsi, HRW conseille au gouvernement guinéen de renforcer ses capacités « en matière de supervision des activités de l’industrie minière et de protection des droits des membres des communautés ».

En conclusion, HRW invite le gouvernement à « veiller à ce que les citoyens guinéens ordinaires, en particulier ceux qui vivent au plus près des activités de l’exploitation minière, bénéficient de la croissance rapide de l’industrie minière et n’en deviennent pas les victimes. ».