Mise en place de l’Aficcon : la Maire de Kaloum décline ses priorités en attendant la libération des fonds (entretien)

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Dans le cadre de la série d’entretiens initiée suite à l’adoption par le gouvernement du projet de l’agence de financement des communes de Conakry (AFICCON), c’est le maire de Kaloum qui a répondu aux questions de Guineenews ce mercredi.   Aminata Touré n’a pas caché les difficultés auxquelles Kaloum est confrontée à l’image des autres communes de la capitale guinéenne, du fait du manque de moyens.  Mais la seule femme maire issue d’une liste indépendante à Conakry, salue la décision gouvernementale qui suscite beaucoup d’attentes et met l’occasion à profite pour s’engager à poursuivre les efforts pour les biens des populations de Kaloum.

Guineenews.org : il y a bientôt deux semaines, le gouvernement a adopté en Conseil des ministres le projet de l’agence de financement des communs de Conakry. Quelle en est votre réaction ?

Aminata Touré : nous saluons cette décision du gouvernement. Nous avions fait beaucoup de démarches (l’ensemble des maires de Conakry) pour obtenir un tel statut parce que comme vous le savez, nous sommes hors FODEL (fonds de développement local, hors ANAFIC (agence nationale des collectivités locales). Donc depuis notre installation nous n’avons bénéficié d’aucune subvention de l’Etat. Donc cette subvention est la bienvenue. On l’attendait pour essayer de travailler et d’appliquer les projets que nous avions annoncés aux populations lors de notre campagne.

Guineenews.org : l’annonce est belle. Elle est accueillie avec tout l’enthousiasme qui sied. En même temps, l’attente au niveau des populations aussi n’est pas des moindres, notamment à Kaloum. En rapport avec l’annonce du financement, qu’est-ce qu’on peut attendre comme initiative ?

Aminata Touré : vous savez que beaucoup d’initiatives ont été prises à la mairie de Kaloum, sans même c’est financements. Nous avons quand même débuté, nous avons fait des actions concrètes quand même sans financement (de l’Etat). Je ne sais pas s’il faut les énumérer…

Guineenews.org : oui, bien sûr

Aminata Touré : nous avons par exemple, commencé… Parce que vous savez que toute notre campagne était basée sur le développement. C’est vrai que la politique c’est la politique. Mais cette politique politicienne là, on n’y est pas entré. On a parlé de développement parce que pour nous c’est le développement à la base qui était la priorité. Donc nous avons annoncé un certain nombre d’actions à réaliser que nous avons commencées à réaliser. Nous avons commencé par exemple par la formation des jeunes filles et des jeunes garçons de Kaloum à tout ce qui est salubrité, parce que pendant toute la campagne c’est ce dont nous avons parlé. Après la formation de ces jeunes, je pense qu’ils sont 150, donc Albayrak est venue, les jeunes étaient déjà formés. Des jeunes filles et des jeunes garçons. Ce n’était pas seulement que des hommes. Donc quand Albayrak est venue, il était très aisé de travailler avec ces jeunes qui avaient déjà une formation assez solide. Nous avons mis (100) jeunes à la disposition d’Albayrak, qui travaillent régulièrement.  Ensuite, nous avons initié la réhabilitation des toilettes publiques. Mais vous comprendrez que sans moyens, ce n’est pas facile. Mais quand même nous avons fait des démarches auprès de certains des organismes et des ambassades. Nous avons reçu une réponse favorable de l’ambassade de Chine par exemple. Donc nous avons réhabilité les toilettes de Tombo ; et ensuite les toilettes des Coronthie ont été réhabilitées par une ONG de jeunes Guinéens vivant en France. Et aujourd’hui c’est des toilettes qui sont fonctionnelles et tout le monde peut y aller parce que c’est propre. A Coronthie, nous avons mis un réservoir de 3000 litres ; donc maintenant je pense que tout va bien. Ensuite nous sommes passés dans les écoles. Vous savez que tout est priorité. Les écoles ne sont plus aux normes. Toutes les écoles de Conakry, ou elles sont en manque de latrines ou sont en manque d’espaces de jeux pour les enfants. Donc nous nous sommes dit que nous allons faire une école type et c’est cela qui va être avalisé et appliqué à l’ensemble des écoles de Kaloum. Nous avons pris comme école type, l’Ecole de Tombo I. Là, nous avons fait vingt (20) latrines, dix (10) pour les jeunes garçons, dix (10) pour les filles. Nous avons fait un espace de jeux, en créant des balançoires, des sautoirs et nous avons fait une infirmerie parce qu’il n’y en avait plus dans les écoles… Nous avons eu bien sûr des aides. Là aussi c’est l’ambassade de Chine. Mais Topaz s’est chargée de faire tout ce qui est peinture. C’est pour cela que vous voyez que cette école est flambant neuve. Quand vous voyez de l’extérieur, même les murs sont propres. Les murs externes sont propres. Donc Topaz nous a fait toute la peinture. Nous avons été accompagnés aussi par le Rotary club qui nous a offert des arrosoirs et 300 livres. Nous avons Kaloum Yigui Paris qui nous a envoyé des livres aussi et des ordinateurs. Il y a la fondation orange qui nous a accompagnés et qui a offert 100 tablettes. Et nous nous sommes dit que les enfants sortent de l’école, ils trainent dans la rue. Donc il faut leur trouver des occupations. Les occupations c’est premièrement la salle de lecture. Ils auront une salle de lecture avec des livres, des ordinateurs, des tablettes… Et nous-nous sommes dit qu’il faut créer autre chose aussi. Et comme il y avait un espace derrière l’école, nous avons créé là un petit potager. Là, nous avons mis des buttes. Et à la reprise, les enfants vont faire es légumes qu’ils vont essayer de revendre et alimenter la caisse de l’Etat. Nous espérons que toutes les écoles de Conakry seront l’image de cette école.

Guinenews.org : vous avez fait tout cela sans moyens a priori. Maintenant que les moyens sont annoncés, on peut s’attendre, les populations de Kaloum peuvent s’attendre à mieux. Sans vous amener à vendre vos initiatives qui peuvent faire la différence entre les autres communes et vous, est-ce qu’il y a des idées et d’autres ambitions plus importantes ?

Aminata Touré : oui bien sûr parce que la commune n’est pas aux normes. Vous voyez que les routes ne sont pas goudronnées, il y des crevasses un peu partout, il n’y a pas de trottoirs, il n’y a pas d’espaces verts, les hôpitaux, les centres de santé ne sont pas aux normes. Donc tout est priorité ; tout est à faire. Il faut pouvoir faire tout cela obligatoirement. Nous avons commencé le pavage. Nous avons une unité de production de dallettes où nous avons 150 jeunes garçons et filles qui sont rompus à la production et à la pause des dallettes parce qu’ils le font depuis six (6) mois. Donc nous avons commencé ; vous pouvez voir à la corniche en allant vers le port autonome. Ensuite en ville en allant vers AFRILAND Banque. Mais avec la pandémie du coronavirus nous avons été obligés de suspendre perce que c’était un regroupement massif de jeunes ; pour les mettre à l’abri. Ensuite les moyens manquants, c’était difficile parce que nous devons aller jusqu’au palais du peuple. Et puis nous devons rentrer dans les quartiers parce que c’est insalubre et il n’y a vraiment pas de trottoirs. Et en ce qui concerne l’intérieur des quartiers, nous avons pensé à une unité de fabrication de dallettes à partir des sachets plastiques. Là, ça nous reviendrait moins cher et ça assainirait aussi les bordures de mer et même la ville.

Guineenews.org : toujours en se projetant sur l’avenir, en ce qui concerne les moyens, c’est vrai que toutes les mairies, notamment Kaloum subissent. Mais derrière, quelles sont les dispositions pour la bonne gouvernance, pour la gestion des moyens une fois mis à votre disposition parce que vous savez que chez nous, en général, le problème de gouvernance reste quand même une réelle préoccupation ?

Aminata Touré : nous sommes en train de finaliser le PDL (programme de développement local), parce qu’on ne va pas travailler au hasard. Plutôt sur la base d’un programme. Et on a besoin aussi de rendre compte à ceux qui nous ont mis à la mairie. Donc je pense que l’un dans l’autre… nous avons aussi (je pense que nous sommes la seule commune de Guinée), accepté de faire le gouvernement ouvert. Nous avons un site internet où nous mettons à la disposition des populations, tout ce que nous faisons à l’interne. Toutes les dépenses qui seront faites selon les programmes, seront mises à la disposition des populations. Ils pourront lire exactement. En ce qui concerne les passations des marchés, nous les feront légalement, avec des appels d’offre. Jusque-là nous ne l’avons pas fait parce qu’on se débrouillait, on n’avait pas les moyens ; donc c’était le mieux offrant qui pouvait nous accompagner et attendre d’être payés. Mais une fois que nous avons le PDL, il n’y a pas de raisons que nous allions au hasard. Il faut faire exactement ce qui doit être fait. Mais en tout cas, ce qui concerne la commune de Kaloum et toutes les communes d’ailleurs, ceux qui sont là sont conscients de ce qu’ils doivent faire et de ce que les populations attendent d’eux ; parce que les populations attendent beaucoup de nous. Nous avons fait beaucoup de promesses et il faut les tenir.

Guineenews.org : parmi les promesses que vous avez faites, elles doivent certes être toutes importantes. Mais est-ce qu’il y en a une qui vous tient vraiment à cœur et qui peut être considérée comme l’élément à privilégier une fois que les moyens sont accessibles ?

Aminata Touré : le pense que la priorité c’est rendre Kaloum propre parce que tout découle de là ; la santé et tout le reste. C’est rendre Kaloum propre. Ensuite ce sont les écoles. Il faut que les années à venir, les écoles soient à niveau et que les étudiants et élèves aient un niveau qui leur permette de poursuivre leurs études. Pour ça, il faut organiser même les cours du soir pour le rattrapage afin que les enfants soient à niveau parce que leur niveau est très bas. Quand vous entendez un élève de 6ème année parler, vous vous posez la question de savoir s’il vient d’être inscrit à l’école. C’est quand même catastrophique cela, et il faut vraiment y remédier parce que tout dépend de la base. Surtout les écoles primaires, il faut renforcer la capacité des enfants parce que quand ils ratent cette partie de leur vie, c’est difficile de rattraper après. Donc il faut vraiment les mettre à niveau. Et nous avons des enseignants à la retraite, mais très compétents. Il faut leur faire appel pour qu’ils aident un peu. Mais pour ça il faut leur donner, pas un salaire, mais une petite rémunération pour les encourager à aider ces enfants.

Guineenews.org : Peut-être pour terminer, madame le maire, il y a l’aspect sécurité qui est évoqué dans le compte rendu du conseil des ministres parlant de l’AFICCON. Est-ce que vous en tenez compte ?

Aminata Touré : oui bien sûr. C’est vrai que nous avons moins de problèmes (de sécurité, ndlr) que les autres quartiers. Nous n’avons presque pas de criminalité à Kaloum. Et il y a moins de problèmes parce qu’il n’est pas facile d’être un bandit de grand chemin à Kaloum parce que Kaloum… donc nous avons moins de problèmes dans ce sens. Mais quand même, nous sommes en passe de mettre en place la garde communale. Tout est prêt. Il y a même une personne qui est chargée de cela. Mais il faut les moyens parce qu’il faut pouvoir rémunérer ces personnes chaque fin du mois. Je pense que ce serait une priorité aussi parce que ce n’est pas seulement la grande délinquance. Il y a la petite délinquance aussi ; il y a les pickpockets. Aussi il y a même dans la circulation. Vous savez, en Guinée, quand le feu est rouge tout le monde passe. Donc il faut essayer de mettre tout cela aux normes. Ensuite il y a les taxi-motos qu’il faut abonner, il y a les parkings qu’il faut mettre en place…

Guineenews.org : le denier développement de votre réponse ramène à l’employabilité et à l’autonomisation des jeunes et des femmes. Vous avez évoqué des initiatives que vous avez prises dans ce sens. En plus de ce qui est fait, est-ce qu’il y a prolongement qui est prévu ?

Aminata Touré : oui par exemple avec les femmes nous avons commencé le programme de la saponification. Je pense que c’est un réel programme. Le jour qu’elles vont exposer ce qu’elles ont fabriqué, les gens seront vraiment étonnés du savoir-faire de ces femmes. Elles font du savon liquide, du savon solide et puis du savon granulé.  Nous sommes en train de chercher un magasin où elles peuvent vendre. Là, ce sont les femmes de Coronthie. On voudrait spécialiser par exemple tous les quartiers dans un domaine c’est-à-dire que le prochain quartier que nous toucherons, ça peut être la couture, pour d’autres quartiers, ça peut être la teinture. Donc on va essayer de spécialiser les femmes dans les différents quartiers pour que chaque année on puisse faire une grande foire où ces femmes viennent montrer leurs productions. Les jeunes, c’est la même chose. Il faut obligatoirement créer de l’emploi. Aujourd’hui nous pouvons dire que nous avons créé de l’emploi. En ce qui concerne le pavage il y a cent-cinquante (150), de l’autre côté cent (100), les femmes aussi maîtrisent la saponification. Mais c’est minime par rapport à ce qu’on devrait faire. Donc il faut encore multiplier les efforts et continuer à créer, à travailler…

Entretien réalisé par Thierno Souleymne Diallo et  Sékou Sano