Monde paysan : immersion chez les apiculteurs de Pita

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Le miel est une matière sucrée plus ou moins épaisse, parfois brune que les abeilles élaborent à partir du nectar qu’elles recueillent sur les fleurs. Vu son importance dans la vie de l’homme à cause de l’ensemble de ses vertus, certains font la production du miel (apiculture) une activité génératrice de revenus. D’où notre immersion chez les producteurs du miel (apiculteurs). Pour pouvoir bien élucider le sujet, nous avons rencontré deux personnes ayant la même mission qui est celle de la production du miel, mais à des procédés différents. Car disait comme disait l’autre « la vie est un livre que chacun lit à sa façon. »

Amadou Bah est un jeune apiculteur sortant de l’Institut agronomique et vétérinaire de Farana. Il est en même temps vice-président chargé de la filière apicole de Guinée au sein de la coordination nationale du secteur socioprofessionnelle de l’élevage (CONASEG). Évoluant dans le secteur plus ou moins amélioré, il a accepté de  répondre à nos préoccupations, sans tabou.

Sur son parcours en tant qu’apiculteur, il répond : « je suis dans cette activité de façon professionnelle depuis 2006, sinon  j’ai  un peu suivi ça avec mon grand-père. »

Sur les raisons qui ont motivé le choix de cette profession,  Amadou Bah explique: « c’est l’idée de la création de l’auto-emploi. Après mes études universitaires, j’ai monté des projets en fonction de mes moyens à travers l’AJDR (Association des Jeunes Pour le Développement Rurale) dont je suis fondateur. Tout ça pour avoir un chemin dans la vie. De tous les projets montés, j’ai réussi avec apiculture. Et surtout dans cette activité il y a moins de vol. »

Quel type de ruche utilisez-vous? « Sur cette question il dira, « on utilise la ruche kényane pour la production d’un miel de qualité, pour la préservation de la nature, pour faciliter l’exploitation et surtout pour la préservation des équipes d’abeilles existantes. »

Sur les endroits favorables à la pose des ruches il cite « les endroits où la forêt est moins dense, les endroits où les abeilles peuvent trouver du nectar, les endroits où il y a des plantes mellifères, des endroits où les abeilles ne subissent pas la pression de l’agriculture. Généralement nous posons nos ruches  dans des endroits où les ruchers sont défavorables à l’agriculture. »

De la confection d’une ruche, il définit la procédure comme suit : « pour que la ruche réponde aux conditions de conformabilité, nous utilisons le bois rouge que nous traitons chez les menuisiers. Çà à cause de la dureté  de la ruche. On utilise aussi des pointes, de la tôle, de la peinture à huile, et du col blanc. À l’intérieur de la ruche, nous mettons de petites traverses d’où les abeilles fixent les rayons d’alvéoles.

Sur le nombre de  ruches pouvant tenir dans un rucher, « cela varie de dix à trente ruches maximum. »

  Selon Amadou Bah, le moment d’extraction le plus favorable est la nuit. Il dira en plus que « pour l’extraction du miel, nous cherchons d’abord les matériels d’extraction qui sont : une tenue, une paire de gants, une paire de bottes, un enfumoir, des sceaux de récolte, une brosse à abeilles, un couteau de récolte et la bouse de vache. Puis nous nous rendons au rucher, faisons descendre la ruche et commençons l’extraction en enfumant d’abord les abeilles. Histoire de les anéantir, le temps pour nous de récupérer le miel sans les tuer. Après extraction nous mettons le miel dans des sceaux au niveau desquels on débarrasse le miel des impuretés en faisant une décantation, afin d’obtenir du miel pure que nous mettons en fin dans des bidons de 10 à 20litres. Le miel est très facile à conserver », ajoute-t-il.

Quelle est la saison pendant laquelle les abeilles investissent les ruches de plus?

Sur ce point il dira: « à ce niveau, il n’y a pas de problème de saison. Il suffit que la ruche réponde aux conditions géotechniques nécessaires pour que les abeilles l’investissent. Quelle que soit la saison pendant laquelle vous la poser au rucher. »

Sur le temps qu’il faut  aux abeilles pour élaborer le miel, «  fréquemment c’est six mois parfois un an. Si nous posons la ruche aux mois de novembre ou décembre, la récolte se fera aux mois de mai ou juin. Mais si nous la posons au mois de mai, il faudra attendre le mois de mai qui va suivre pour la récolte », renseigne Amadou Bah.

De la conformabilité et l’attirance des abeilles dans la ruche, l’apiculteur avance que « nous utilisons de la cire d’abeilles pour les attirer. Une fois la cire frottée à l’intérieur de la ruche, cela leur indique une place confortable. L’autre condition de conformabilité c’est la chaleur, une autre raison pour laquelle nous protégeons bien la ruche », selon lui.

Sur le nombre de litres de miel à extraire d’une ruche, il notera que « le nombre varie suivant l’équipe d’abeilles qui a investi la ruche. Si l’équipe d’abeilles n’avait pas subi d’attaque lors de la récolte d’une ruche traditionnelle ou dans des creux d’arbres. Et si l’équipe a une bonne reine, on peut avoir 10 à 25 litres de miel par ruche. En tenant compte bien-sûr de la dimension de ruche qui peut être 75 ou 80 cm longueur et 46 ou 48 cm largeur. »

Quand aux avantages de cette activité, Amadou Bah apiculteur souligne que « les avantages sont d’ordre économique, social et surtout environnemental. Parce que nous participons avec notre méthode à la protection de l’environnement, à la concrétisation de certaines luttes traditionnelles à travers les mœurs (sacrifices et autres). Économiquement, nous, nous faisons des revenus, nous permettant de subvenir à nos besoins. »

De l’écoulement de leurs produits il confie : « nous revendons notre miel un peu partout à commencer par notre préfecture, à Conakry et certains pays comme la Côte-d’Ivoire, la Sierra Léone, le Sénégal, la Gambie et la Guinée Bissau », explique Amadou Bah.

Pour adhérer à leur structure et suivre une formation, l’intéressé envoie une ruche plus 50.000fg.

Sur les besoins qu’ils attendent d’une ONG ou de l’État, il parle de financement, d’un laboratoire pour la modernisation de leur système d’exploitation et d’une amélioration de leur formation.

Dans le cadre de notre reportage, nous nous sommes rendus chez un doyen du nom de Baldé Saliou, pour nous enquérir de l’aspect  traditionnel de la production de miel à Pita. Ce dernier nous résume son expérience en ces termes : « le miel est une matière destinée à la consommation qui ne s’obtient pas  n’importe comment. Il faut un savoir- faire. Et nous traditionalistes, nous tenons notre savoir-faire de nos ancêtres. Nous fabriquons nos ruches à base de bambous ou d’écorces d’arbres. Après confection de la ruche, nous la couvrons avec de la paille. Pour empêcher l’eau de pénétrer et conserver une chaleur à l’intérieur de la ruche afin qu’elle soit confortable pour les abeilles. Car les abeilles ne restent pas dans la ruche si l’intérieur est humide. Mais nous laissons un petit trou qui sert d’entrée pour les abeilles.

Le Doyen Saliou Baldé continue en disant : « sachez que les abeilles ne produisent pas le miel dans le sens propre du mot. Les abeilles élaborent le miel à partir des matières qu’elles collectent à partir de plusieurs plantes à fleur précisément pendant la floraison. Et le fait de collecter ces matières à partir de plusieurs plantes, fait du miel l’un des meilleurs médicaments qui puisse exister sur terre. Dans une ruche nous pouvons gagner de 5 à 20 litres, selon la grandeur de la ruche », explique-t-il.

« Je pratique cette activité depuis mon jeune âge avec mon grand-père et aujourd’hui j’ai moins 63 ans. Je pratique cette activité parce que c’est une activité génératrice de revenus. Et à travers ça, on aide les gens dans le cadre  de la valorisation de nos mœurs. Nous revendons notre miel dans nos marchés locaux. Le litre se vend à 25000 fg et le pot à 5000 fg », indique notre interlocuteur.

Pour finir signalons qu’à Pita, dans le souci de lutter contre le chômage, plusieurs jeunes s’organisent en des associations et optent pour la production du miel comme activité génératrice de revenue.