Mort de Djouma l’ambulancier à Labé :  les compagnons du défunt brisent le silence

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Deux des quatre occupant de l’ambulance qui a été dépêché pour aller récupérer la deuxième victime des violentes manifestations enregistrées dans la journée du jeudi 23 janvier 2020 à Labé, ont finalement accepté de briser le silence. Cherif Haïdara et Mamadou Alpha Diallo ont dans un entretien accordé à la rédaction locale de Guinéenews tenté de retracer le film du drame.

Toujours sous le choc, Cherif Haïdara, l’un des passagers de l’ambulance explique : « après la prière de 16 heures, on nous a demandés d’aller chercher l’ambulance pour venir récupérer le corps qui était à la grande mosquée. On a donc été à l’hôpital et on nous a donné l’ambulance. Maintenant, c’est en allant chercher le corps qu’il y a eu l’accrochage. On était pris au piège entre les services de sécurité et les enfants qui jetaient des cailloux. Ils nous ont interceptés et on leur a expliqué notre objectif. Je vous jure sur mon honneur, je n’ai assisté à aucune scène de bastonnade. Mais quand même, j’ai vu Sally Tounkara (muezzin de la grande mosquée) avec des agents. Je ne sais pas s’ils voulaient son téléphone… Mais en âme et conscience j’étais sous l’effet de la panique. Je ne sais pas ce qui est arrivé au chauffeur en réalité. J’ai demandé où est le chauffeur et on m’a dit qu’il est couché en bas. Pour moi, il a piqué une crise. On l’a pris puis l’amené à l’hôpital. Donc, c’est après cela qu’on nous a dit qu’il est décédé. »

De son côté, Mamadou Alpha Diallo, l’autre passager de l’ambulance témoigne de ce qu’il a vécu : « après avoir dépassé la barricade des enfants, nous sommes tombés sur le pick-up des forces de sécurités qui était juste devant. Ceux-ci sont venus nous trouver dans l’ambulance et on leur a dit qu’on part chercher un corps et qu’on n’est pas des manifestants. Mais ils étaient très chauds. Ainsi, certains d’entre eux ont cassé les parebrises de l’ambulance et s’en ai suivi des jets de pierres. Agents et manifestants jetaient des pierres. C’est dans ce contexte qu’on s’est aperçu de la disparation du chauffeur. Nous avons voulu nous expliquer aux militaires, mais ils ne nous ont pas écouté. Car, ils nous rouaient de coups et les agents ont également continué à donner des coups à l’ambulance. Donc, les jeunes ont intensifié les jets de pierre pour permettre de nous sauver. J’ai aussi vu les gendarmes qui s’attaquaient à Sally Tounkara. C’est dans cette situation confuse qu’on a vu le chauffeur couché à même le sol. »

Une version rejetée par le gouverneur de région qui soutient que maitre Al Djouma Diallo (l’ambulancier en question) a été battu à mort par les manifestants.