Moussa Camara, commissaire spécial de la sécurité routière de Bambéto à Guinéenews©

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« si nous étions, il n’y a pas encore longtemps, considérés comme le réceptacle des accidents mortels de la circulation à Conakry,  aujourd’hui nous sommes heureux et fiers de faire partie du groupe enviable des commissariats cités en exemple pour la sécurité qu’ils offrent aux usagers circulant dans leur zone. » 

Cette déclaration à elle seule a motivé cet entretien que nous avons eu avec le premier responsable de cette unité de la sécurité routière. Comment ce changement radical de statut a-t-il pu se produire ? Comment s’explique pareille évolution qui étonne plus d’un ?

Pour avoir la vraie réponse à ce que bon nombre d’usagers assimilent à une véritable énigme, nous avons rencontré le commissaire spécial de la zone. Il nous reçoit pour tenter d’expliciter ce qui semble constituer encore, une réelle surprise pour bon nombre d’usagers.

Guineenews : bonjour monsieur le commissaire . Comment avez-vous réussi à hisser votre service, réputé, il n’y a pas encore longtemps, pour le nombre d’accidents graves qu’il enregistrait, au rang des meilleurs aujourd’hui dans la capitale ?

Moussa Camara : bonjour ! Je ne suis point surpris que nous commencions cet entretien par cette question. Elle est dans l’esprit de tout le monde à Conakry. Et bien, oui ! Que cela ne vous étonne point, nous affirmons sans hésiter et sans nous tromper, qu’en matière de circulation routière, notre zone est aujourd’hui, devenue plus sûre.  Notre commissariat a fait de nets progrès, contrairement à ce qu’on a toujours dit ou pensé de nous. Notre Direction peut vous le confirmer. Votre affirmation nous classant parmi ceux qui font le plus d’accidents était valable pendant la période allant de l’ouverture de la route Le Prince à la circulation, jusqu’en 2010. Là, nous avions vraiment beaucoup d’accidents et de morts. Il faut le reconnaître. Mais nous sommes fiers et heureux qu’aujourd’hui, cela ait radicalement changé. Les accidents ont nettement baissé chez nous. Le recueil annuel des données statistiques en fait foi. On nous cite quelque fois parmi les commissariats qui font un bilan des plus infimes en termes de nombre d’accidents. Malheureusement, cela n’est pas connu du grand public. Et on continue toujours à penser que nous sommes restés le commissariat qui fait le plus grand nombre d’accidents à Conakry.

Guineenews : à quoi tient tout cela, d’après vous ?

Moussa Camara : Hélas, il s’agit d’un état d’esprit qui mettra du temps à se dissiper. Nous en sommes conscients. Il faut de la communication, beaucoup de communication. En même temps, il faut informer, sensibiliser, éduquer. Notre entretien d’aujourd’hui participe de cette dynamique. Votre site est, parmi d’autres, l’un des moyens efficaces qui vont nous permettre de rétablir les faits et faire oublier le passé.

Voyez-vous, nous sommes victimes de notre nom et de la réputation qui en découle. Dès qu’on annonce Bambéto, on pense que tout est mauvais. Alors que ce n’est pas le cas, dans tous les domaines.

La simple évocation de notre nom entraîne des réactions. Dans certains milieux ou certaines circonstances, vous sentez nettement que l’on vous regarde. Et à ce moment précis, soyez rassuré que les gens pensent à l’axe Bambéto-Cosa et aux séries de violences cycliques qui s’y produisent. Vous comprendrez donc aisément le fait qu’on croit fermement que cette zone soit la plus grande pourvoyeuse d’accidents de la capitale. Alors qu’il n’en est rien, surtout maintenant. Mais, reconnaissons qu’il est tout à fait normal que les gens pensent comme ça. C’est humain et c’est, pour tout dire, la rançon de notre mauvaise réputation.

Cependant, il est à souligner que ces deux aspects (instabilité de la zone et accidents qui s’y produisent) ne sont pas toujours liés. Par exemple, toutes les fois qu’il y a des troubles, la première conséquence qu’on en tire est l’interruption de la circulation. Et partant, une totale impossibilité de voir un quelconque accident survenir à ce moment.

Guineenews : à quoi est dû ce succès dont vous semblez si fier ?

Moussa Camara : Notre modestie ne nous permet pas de verser dans l’autosatisfaction. ‘’Bien faire et laisser dire’’, dit-on. C’est aux autres d’apprécier ce que nous avons réussi à faire. Nous ne nions pas avoir enregistré des progrès énormes dont nous nous réjouissons ici. Notre secret est parti de la conjugaison des efforts des uns et des autres. C’est la participation de tout notre personnel et de tous nos partenaires de terrain. Nous avons réussi à établir et à activer une synergie d’actions avec l’ensemble des services de police évoluant dans notre commune qui est Ratoma. Les résultats obtenus sont le fruit du travail que nous avons effectué avec toutes ces unités, de façon permanente et avec engagement et motivation.

Pour tout dire, c’est grâce à ces initiatives et à l’action quotidienne menée sur le terrain que nous avons réussi à renforcer la prévention, ce qui a nettement réduit le nombre d’accidents de la circulation dans notre zone.

Guineenews : je pense que, de manière explicite, vous n’avez cité que vos homologues évoluant comme vous à Ratoma. Sont-ils les seuls avec qui vous avez travaillé pour obtenir ce résultat ?

Moussa Camara : bien sûr que non ! Notez que nous avons parlé aussi de partenaires de terrain. C’est là où nous devions être plus loquace. Notre mission revêt un caractère éminemment social. Elle touche toute la population qui, pour la satisfaction de ses besoins, s’engage chaque jour sur la route. Piétons, cyclistes, motocyclistes, automobilistes, sont tous des utilisateurs du réseau routier, donc des usagers. Nous ne pouvons rien faire et rien réussir sans eux. Tous les plans, toutes les stratégies ou les dispositifs que l’on met en place pour une meilleure circulation routière s’adressent à ces usagers d’abord. Ils sont au centre de nos préoccupations. Nous ne pouvons donc pas les ignorer. C’est bien eux qui nous ont permis d’atteindre ces résultats appréciables dont nous nous réjouissons aujourd’hui. Nous pouvons citer les  citoyens, les conducteurs, les syndicats des transports et mécanique générale, l’union des transporteurs routiers, les services de santé, les assureurs, les tribunaux, la mairie de Ratoma et les responsables des quartiers…

Guineenews : on dit souvent qu’il est plus facile d’être premier que de le rester. Que dites-vous de cette affirmation en la transposant au  statut actuel de votre commissariat ?

Moussa Camara : Permettez-moi de vous dire que nous ne sommes pas habités par un sentiment de concurrence avec qui que ce soit. Notre état d’esprit est basé sur la loyauté, le partage et l’échange d’expériences. Avec nos homologues des autres commissariats, nous sommes en partenariat et en parfaite synergie. Nos activités sont complémentaires plutôt que compétitives. Nous avons le  même objectif, celui de contribuer à la réduction des accidents de la circulation dans nos zones respectives. C’est donc une saine émulation qui caractérise nos relations. Chacun cherche toujours à mieux accomplir la mission régalienne qui lui est dévolue. Les autorités évaluent les uns et les autres.  Nous sommes déterminés à toujours mieux agir pour garantir à tous ceux qui empruntent le réseau routier de Bambéto, notre zone de contrôle, une parfaite sécurité routière.

Guineenews : justement, veuillez nous présenter les limites géographiques de votre zone de contrôle ?

Moussa Camara : De manière succincte, voici les limites géographiques du commissariat de Bambéto :

Dans le sens ouest-est, sur la route Le Prince, à  partir du pylône dénommé Tour Eiffel non loin de la T1,  jusqu’aux rails de Simanbossia, côté Enco 5 en passant par les ronds-points de Bambeto et Cosa.

Sur la corniche nord, du pont Kakimbo au carrefour ambiance en passant par les quartiers Kipé, Cité des médecins, Kaporo et Nongo.

La T 2 (transversale) n° 2 : à partir des rails de la CBK (cité de l’air) jusqu’au carrefour centre émetteur de Kipé ;

la T3 (transversale) n° 3, à partir des rails CBK, entre Cosa et Tannerie, jusqu’au carrefour Nongo-tady en passant par les quartiers simbaya 2, kiroti et nongo centre.

Guineenews : C’est dire que vous gérez une zone à forte densité de circulation, mais aussi d’habitation !

Moussa Camara : affirmatif. C’est le cas de le dire ! Qui parle de la corniche nord, de Kakimbo au carrefour ambiance, parle de circulation intense de véhicules de tous genres et à toute heure du jour et de la nuit. Mais également, cela sous-entend les embouteillages énormes qui s’y produisent, surtout aux points de jonction avec les transversales n0S 2 et 3 ou à hauteur des marchés ou des zones de plaisance. Justement, à propos de plaisance, j’attire votre attention sur le fait que c’est sur cette corniche nord que se situent les principaux centres de loisirs (plages, bars-dancings et night-clubs) que compte Conakry. C’est aussi la zone résidentielle par excellence pour bon nombre de personnes que l’on retrouve dans la circulation, à l’aller comme au retour, en direction de Kaloum, notamment des hauts cadres ou des expatriés.

Guineenews : Comment faites-vous pour gérer toute cette situation ?

Moussa Camara : je sais que la presse est toujours très curieuse. C’est un fait, mais pour autant, ne me demandez pas de vous livrer tous nos secrets ! (Rires) Pour chaque situation qui se présente, nous développons une stratégie adaptée. Il y a des limites à ce que nous pouvons livrer au grand public. Toujours est-il que les différentes actions que nous avons menées jusque là, se sont avérées concluantes. C’est bien la méthodologie définie plus haut qui nous a permis d’obtenir ces résultats. Elle repose, nous l’avions dit, sur un engagement et une détermination que nous avons en partage avec l’ensemble de nos partenaires de terrain. Et je vous rassure que nous maintiendrons toujours ce cap en ayant soin de toujours parfaire nos méthodes et stratégies. C’est le prix à payer pour une sécurité routière renforcée à Bambéto et plus loin, dans notre capitale.  

Guineenews : vous noterez, commissaire que notre entretien est juste ouvert. Aujourd’hui, il n’a été question que de théories et de principes généraux. Il manque les faits, les chiffres en liaison avec votre quotidien sur le terrain. Nous souhaitons que vous nous consacriez un autre rendez-vous pour parler de vos difficultés, des infractions commises par les usagers, des points noirs et de quelques cas d’accidents graves ou d’embouteillages pénibles et énormes. Avec votre permission, monsieur le commissaire, nous allons donc marquer juste une pause et au plaisir de vous retrouver la fois prochaine.

Moussa Camara ok pour le rendez-vous. Je  vous remercie à mon tour pour le soutien que Guineenews.org apporte sans relâche à la sécurité routière

Entretien réalisé par Diao Diallo pour guineenews