Nouvelle Constitution : le ministre Sylla sort l’artillerie lourde pour sa défense et cloue au pilori les détracteurs du projet

juin 8, 2019 10:14

« Le mandat du président Alassane Ouattara a commencé en 2010. Il l’a renouvelé en 2015 comme le président Alpha Condé. En 2016, il a fait voter une constitution qui remet tous les compteurs à zéro et qui lui donne la possibilité, s’il le veut, d’être candidat en 2020… »

Au siège du RPG Arc-en-ciel ce samedi 8 juin, le ministre des Transports et également porte-parole du gouvernement a donné officiellement sa position par rapport au projet de la nouvelle Constitution. Aboubacar Sylla a saisi l’occasion pour retracer toutes les péripéties politiques ayant caractérisé la période allant de 2011 à 2018. Histoire pour le ministre Aboubacar Sylla d’étayer les raisons qui ont empêché le président Alpha Condé de proposer un référendum constitutionnel durant tout ce temps. Lisez son argumentaire :

« En 2011, dès après l’élection présidentielle, il s’est créé ce qu’on appelle le collectif des partis politique pour la finalisation de la transition. Ce collectif était composé des partis de l’alliance Cellou Dalein Président. Cela voulait une organisation des élections législatives qui était devenue une priorité. Mais personne n’a parlé de réforme conditionnelle en ce moment. Nous avons manifesté en 2011, 2012 et 2013. Laborieusement, nous avons pu installer une Assemblée nationale.  Après, nous nous sommes retrouvés dans le cadre du dialogue politique inter guinéen. Nous avons tenu à ce que les élections locales soient organisées. Jusqu’en 2015, cela n’a pas été possible. Entretemps, le mandat du président arrivait à échéance. Toute la classe politique s’est réunie et le consensus qui s’est dégagé, était qu’il ne fallait pas mettre en insécurité l’institution présidentielle en laissant passer le mandat du président sans qu’il ne soit renouvelé à date (…). Nous nous sommes dit avant l’élection présidentielle, d’installer dans les 38 communes et des communales rurales disposant de plus de 10 mille électeurs des délégations spéciales. Les élections communales n’ont eu lieu qu’en 2018. Pendant tout ce temps, il n’était pas possible logiquement de parler de référendum (…). Quand les résultats des élections communales ont été publiés, il n’y a eu que 12 communes rurales et urbaines sur les 342 qui ont été contestées par l’opposition soit environ 4%. L’opposition s’est catégoriquement opposée à l’installation des conseils communaux à cause du contentieux sur les 12 communes. A l’époque, je m’étais démarqué de cette position et j’ai même fait une tribune dans les médias dans laquelle j’ai dit qu’il ne faut pas mettre en péril le pays en déstabilisant notre institution judicaire. En contestant des résultats qui ont été déjà confirmés par la CENI après que les contentieux électoraux aient été déjà vidés au niveau des tribunaux de première instance comme prévu dans le code électoral guinéen. C’est là que mon divorce avec l’opposition républicaine a commencé et après six mois, je suis rentré au gouvernement (…). Si vous regardez très bien, le projet de société de l’UFDG, de l’UFR, bref tous les partis politiques guinéens ont le même projet de société à quelque nuance près. La différence, c’est la crédibilité du leader. Aucune constitution au monde n’a vocation à être éternelle ou permanente. Toutes les constitutions doivent être changées ou modifiées au gré de la situation politique et sociale du pays (…). Une démocratie aussi stable que celle des Etats-Unis en est en son 27ème amendement. La France est à sa 5ème révision mais aussi, elle est à son 24ème amendement. La Guinée est dans la même situation comme la Côte d’Ivoire. Le mandat du président Alassane Ouattara a commencé en 2010. Il l’a renouvelé en 2015 comme le président Alpha Condé. En 2016, il a fait voter une constitution qui remet tous les compteurs à zéro et qui lui donne la possibilité, s’il le veut, d’être candidat en 2020. Mais vous n’entendez pas cette levée de bouclier, ce grand tollé en Côte d’Ivoire contre tout ce qu’Alassane Ouattara fait ou on s’oppose systématiquement à tout ce que ce dernier fait comme, c’est le cas en Guinée.

Ce qui est plus grave, c’est le débat qui est en cours dans notre pays. Tous ceux qui veulent une nouvelle constitution sont dépeints comme des traitres à la nation.  Ceux qui s’accrochent à une constitution qui n’a aucune légitimité et qui a été imposé au peuple sont des (…). Quand j’entends les gens s’accrocher bec et ongle à cette constitution comme il a été débattu, adopté et promulgué dans les conditions normales alors qu’elle a été adoptée par des personnes coptées de la façon la plus arbitraire pour la rédiger et elle a été promulguée par un président putschiste qui n’était même plus le président titulaire mais, par un président intérimaire. Comment voulez-vous qu’une telle constitution serve de référence dans la vie d’une nation. C’est même une honte pour les Guinéens.

Le RPG Arc-en-ciel, les partis alliés, les acteurs de la société civile favorables à une nouvelle constitution doivent aussi former un front pour expliquer au peuple de Guinée le bien de la nouvelle constitution.  Il y a une chose qu’il ne faut pas oublier, qui dit nouvelle constitution, parle de nouvelle République. 

Si l’Etat est faible, chacun fait ce qu’il veut, c’est Etat d’anarchie qui s’installe. Nous avons une administration publique qui ne travaille pas, qui ne joue pas son rôle. Qui, au lieu d’encourager l’investissement et être au service du citoyen, fait exactement le contraire. Si nous allons changer de constitution, il faut qu’on sache qu’on doit aussi changer la République. Il faut qu’on change également notre gouvernance. »