N’zérékoré : Les planteurs d’hévéa appellent à la vente de la SOGUIPAH

septembre 10, 2019 3:17

Située à six kilomètres du chef-lieu de la préfecture de N’zérékoré, la sous-préfecture de Samôe abrite de nombreuses plantations d’hévéas.  Pour vivre leur quotidien qui s’apparente de plus en plus à un calvaire, notre correspondant est allé à la rencontre de certains planteurs.

On sait, depuis belle lurette, plusieurs Guinéens se sont lancés surtout dans la région forestière, à la culture d’hévéas, plante destinée à produire du caoutchouc après son processus de transformation.

Sauf que depuis plus de deux ans, la principale unité industrielle « SOGUIPAH » qui servait de lieu de destination de cette production locale est dans une situation de banqueroute. Ce qui entraine une baisse drastique du prix du caoutchouc. A l’heure actuelle, le kilogramme est vendu entre 2 600 GNF et 3 000 GNF alors qu’auparavant, il se négociait à 11 000 GNF.

Interrogé par notre rédaction, Soromou Gonana, le directeur préfectoral de l’agriculture, précise : « la baisse du coagulons (liquide obtenu de l’hévéa) ne dépend pas de nous. C’est un problème qui est plus fort que nous. Vous savez en ce moment notre priorité, ce sont les cultures locales dont entres autres : le maraichage, la riziculture, …  Car l’ambition du président de la République et de son gouvernement est de faire de la Guinée un pays exportateur du riz. C’est pour cette raison d’ailleurs que nous recevons chaque année des engrais de l’état ».

A la question de savoir si des actions sont entamées pour le bien-être des planteurs d’hévéa, notre interlocuteur répond en ces termes : « notre priorité n’est pas l’hévéa en ce moment. Le conseil que je donne est que les gens n’ont qu’à s’investir sur les cultures localement transformables ».

Quel quotidien pour les citoyens de cette localité ?

S’exprimant sur ce sujet Victor Haba, un vieux du troisième âge dira : « je vous remercie car c’est la première fois qu’un journaliste s’intéresse à nous. Chaque jour, vous ne parlez que de la politique à la radio, alors que c’est pas important. Moi, je suis un planteur d’hévéa depuis plus de quinze ans et j’ai à ce jour 17 hectares qu’on saigne. Mais sauf que depuis plusieurs mois, on ne comprend plus rien. Car, avant lorsqu’on saignait, on envoyait à Diecké pour revendre à 11 000 GNF. Mais de nos jours, on nous propose 2 500 GNF le kilogramme. Ce qui ne peut même pas couvrir les frais liés à l’entretien de la plantation. Au même moment, nos amis planteurs du Liberia revend pour eux, entre 12 mille et 13 mille GNF. Et pire, on nous interdit à la frontière d’envoyer au Liberia. Aujourd’hui, la SOGUIPAH de Diecké doit beaucoup d’argent aux planteurs. On avait beaucoup d’espoir lorsqu’on a nommé notre frère Michel Bemy, comme directeur à la SOGUIPAH, mais depuis rien n’a changé. La situation devient de plus en plus misérable. Je regrette aujourd’hui du fait que je me suis lancé dans cette activité de culture industrielle. Car je n’arrive plus à financer la scolarité de mes enfants. Certains ont abandonné par faute de moyens ».

Poursuivant, Pierre Konomou, la cinquantaine précise : « le gouvernement guinéen est en train de nous faire souffrir et nous tuer à petit feu. Comment pouvez-vous comprendre que les planteurs du Liberia voisin arrivent à maintenir le prix à plus de 12 000 GNF, alors que nous ici, on n’a pas 3 000 GNF. C’est pour vous dire que c’est mal géré. Le premier argument des dirigeants de la SOGUIPAH, au temps de Mme Mariam Camara, c’était de dire que le prix a baissé sur le marché mondial. Mais on sait rendu compte au fil du temps que c’est archi-faux. Sinon, le prix allait baisser également du côté du Liberia. Depuis que les campagnes présidentielles du « Coup-chaos » ont passé, la situation est toujours catastrophique. C’est pour cette raison aujourd’hui, il y a plusieurs planteurs qui ont des problèmes dans leurs familles. Car, on n’arrive même pas à assurer la scolarité de nos enfants et pire, il y a plusieurs divorces. Moi qui vous parle, j’avais trois femmes mais depuis le revirement de la situation, deux femmes sont parties. Parce que même trouver la dépense est difficile. Encore bientôt la fin des vacances, je me demande comment trouver les cahiers et tenues pour mes sept enfants ? Car là où tu n’as pas mangé, comment tu vas étudier ? Moi aujourd’hui je demande au Président de la République, de faire face à cette situation, en revendant la SOGUIPAH à une autre société qui pourra bien travailler, sinon ce n’est pas bon. »

Pour cet agronome qui a préféré garder son anonymat : « la situation actuelle des planteurs d’hévéa est très déplorable. C’est pour cette raison, j’invite les uns et les autres à privilégier toujours les cultures à transformation locale. Par exemple même si l’état ne fait rien pour les planteurs de palmiers, ils n’ont pas de problème car la transformation locale pour obtenir l’huile rouge ou l’huile d’amande est possible. Ce qui n’est pas le cas pour l’hévéa. Donc, il faut également avoir peur de ce qui adviendrait également pour le cas de l’anacarde si des mesures ne sont pas prises ».

A noter que malgré nos multiples tentatives de rentrer en contact avec le président de la chambre d’agriculture, Antoine Dramou, n’a pas voulu s’exprimer sous prétexte qu’il est toujours occupé.