Oyégate: des voix s’élèvent à Kindia contre les « micmacs » ayant favorisé le retour de Oyé

juin 6, 2018 2:55
0

Le retour du ministre Oyé Guilavogui aux affaires dans la nouvelle équipe gouvernementale, loin de calmer les nerfs, continue de diviser Kindia qui est aujourd’hui partagée entre la joie des pro Oyé et la déception et l’indignation des anti.

A l’euphorie qui a suivi la nomination de Oyé au poste de ministre d’Etat chargé de l’Environnement et des Eaux et Forêt, succède l’indignation des jeunes et femmes responsables des quartiers qui se sont mobilisés à leur tour ce mercredi pour dénoncer le rôle qu’aurait joué l’Imam de Tafory, par ailleurs oncle et Secrétaire de la ligue islamique régionale  de Kindia.

Ils étaient plusieurs dizaines de femmes et jeunes issus des différentes structures sociales qui se sont réunis dans la matinée dans l’enceinte de la mutuelle des femmes (MUFFA). Cette mobilisation, soutiennent-ils, vise à dénoncer le comportement de certains leaders religieux dont l’imam de Tafory pour leur implication dans les tractations ayant favorisé le retour de Oyé Guilavogui au sein de la nouvelle équipe gouvernementale.  Ils accusent ce regroupe de leaders religieux d’avoir rédigé un courrier adressé au chef de l’Etat au nom de l’ensemble de la population de Kindia. Un courrier dans lequel ses auteurs menaçaient explicitement, dit-on, de retirer le soutien de tout Kindia du RPG, au cas où la reconduction du ministre Oyé Guilavogui dans le nouveau gouvernement n’était pas actée au plus vite par le président de la République.

Dans beaucoup de milieux  dans la commune urbaine de Kindia, ce rôle présumé prêté à l’imam Elhadj Mamoudou Camara, continue de vexer plus d’un.

 Selon ses détracteurs, l’Imam de Tafory, qui jouit d’une très grande notoriété dans la ville, aurait pesé de tout son poids pour amener le président de la République  à reprendre Oyé dans le gouvernement Kassory. Il est accusé dans cette démarche avec un groupe de leaders religieux appartenant tous à l’association ‘’Kania Langni’’.

« J’ai le cœur serré aujourd’hui pour la population de Kindia suite au décret du chef d’Etat qui a ramené Oyé Guilavogui aux affaires. Nous sommes contre cette façon de faire. Puisque ce sont nos soi-disant religieux qui ont rédigé une lettre au nom de la population de Kindia. Alors que personne n’a été associé à cette démarche. Voilà les raisons de  notre frustration aujourd’hui. C’est pourquoi nous nous sommes mobilisés ce matin pour dire au président Alpha Condé que le chef quand il prend une décision, elle devient parole d’évangile. Nous demandons aussi à la ligue islamique que la religion est différente de la politique. Ils ont menti au président en l’intimidant», se lâche Mme Camara Fatoumata Cissé, présidente de la mutuelle de croissance communautaire.

«Nous les femmes de Kindia, ne sommes pas contentes du président Alpha Condé. Il y’a d’autres ministres, fils de la région de Kindia, qui ont été limogés comme Kabèlè, Mohamed Lamine Doumbouya, mais ceux-ci n’ont fait aucun bruit sauf Oyé Guilavogui.  Et nous condamnons la façon par laquelle les choses se sont déroulées. C’est-à-dire, écrire une lettre au nom de Kindia en menaçant que si Oyé n’est pas reconduit, c’est toute la ville de Kindia qui démissionnerait du RPG. Il ne faut pas qu’un petit groupe, pour son intérêt personnel égoïste, parle au nom de Kindia. C’est ce que nous dénonçons avec la dernière énergie», s’indigne Fatoumata Bouly Camara, présidente des femmes de Kindia.

A Kindia, il n’est un secret pour personne en affirmant que c’est l’imam de Tafory qui a soigneusement planifié le retour de Oyé Guilavogui aux affaires.

En tout cas, le chef animateur de la jeunesse du quartier Fissa-hôpital, dans la commune urbaine, ne cache pas sa déception par rapport à cet acte qu’il condamne avec vigueur. «Nous n’avons pas été informés d’une telle démarche. C’est pourquoi tous mes collègues des 33 quartiers ont décidé de se faire entendre à travers cette marche. Parce qu’on ne peut pas prendre Kindia en otage pour servir les intérêts égoïstes. Aujourd’hui, nous sommes déçus du comportement de ces religieux qui parlent au nom de Kindia alors qu’ils ne peuvent même pas sortir 10 personnes. Les propos des Imams ne sont pas de ceux des citoyens de Kindia», a-t-il fait savoir.

Quant à Mohamed Fofana, agriculteur  et militant du RPG depuis 1993, il jette l’anathème sur le président de la République avant de jeter l’éponge : « Je suis amèrement déçu du président Alpha Condé. Il est un président sans décision et manipulable. Pour ces raisons, mon groupe et moi démissionnons tous et à l’instant du RPG.»

Par souci d’équilibre, notre Rédaction a tenté d’avoir  les réactions du principal accusé dans cette affaire, en l’occurrence le religieux, Elhadj Mamoudou Camara, imam de Tafory. Mais vu la tournure que les événements sont en train de prendre, l’Imam Camara n’a souhaité faire aucun commentaire ce mercredi 6 juin.

Toutefois dans une précédente édition publiée sur Guinéenews le 4 juin (https://www.guineenews.org/retour-de-oye-aux-affaires-les-dessous-dun-sauvetage-organise-depuis-kindia/), lorsque l’affaire commençait à  dégénérer, l’imam a déclaré ceci: «depuis la publication du décret du président Alpha Condé, on m’attribue des propos dont j’ignore les origines. Ce qui est vrai, le président Alpha Condé est mon fils et Oyé est mon neveu. Donc, les deux sont des frères. Et surtout, j’ai fait la connaissance du premier à travers le second. J’attends le retour du chef de l’Etat pour lui recommander davantage son jeune frère. Oyé Guilavogui est mon fils et c’est valable pour tout père. Quand ton fils à un problème, vous vous sentez aussi touché. C’est Dieu qui m’a créé, mais à présent, c’est Oyé Guilavogui  qui supporte le coût d’une partie de ma vie. Comme le président de la République est en voyage, j’attends son retour pour lui confier son jeune frère.»