Parcours, accointances avec la mouvance et santé de Ibro : Aboubacar 2 Diaby à cœur ouvert

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Il s’appelle Aboubacar Dembo Diaby alias ‘’2 Diaby’’. Artiste, chanteur, auteur compositeur, né à Conakry en 1972, il est fils d’El hadj Hamidou et de feue Hadja Mariama Kouyaté. Marié et veuf, il est père de 4 enfants, tous des garçons.

Aboubacar 2 Diaby a fait ses études primaires à l’école Bora de Dixinn à Conakry, jusqu’en 5ème année. Victime d’un accident par suite de brûlure au niveau de la main qui commençait à se gangréner, cela lui fera quitter les bancs à cause de la répugnance dont il sera constamment victime de la part de ses camarades de classe et d’école.

Issu d’une famille griotte du côté maternel, Aboubacar 2 Diaby va retourner à la source et se frayer un chemin pour pratiquer la musique. Aujourd’hui détenteur de 3 albums sur le marché du disque, cet autre artiste, produit du Diakankékunda (Boké) est en préparation pour la sortie de son 4ème opus intitulé ‘’Kumala’’(le parolier en diakanké).

Rencontré à Kipé dans la commune de Ratoma, l’artiste s’est livré aux questions du site électronique Guineenews.

De sa venue à la musique, en passant par sa discographie, il relate son beau et mauvais souvenir qui le côtoie jusque-là. Encore très affligé suite aux décès de son épouse et de sa mère, l’artiste décrit ses sentiments à l’endroit de ses deux êtres qui lui sont chers. Très patient et observateur dit-il, 2 Diaby nous révèle dans cette interview ses sources d’inspirations et il s’étale, éclaire la lanterne sur le sujet à travers lequel, des rumeurs le qualifient d’artiste partisan de la mouvance.

Poursuivant, 2 Diaby condamne les auteurs des fausses rumeurs concernant le ‘’décès’’ de son Idole et maître Ibro Diabaté et dans son cri de cœur, il se qualifie et se sent ‘’prisonnier’’ dans son pays suite à ce confinement, qui empêche la réalisation de ses projets et ceux de plusieurs autres artistes. Lisez l’interview.

Guinéenews : Comment êtes-vous venu à la musique ?

Aboubacar 2 Diaby : Je dirais alhamdoulilahi, grâce à Dieu et à ma mère que je suis venu à la musique. Je suis issu d’une famille griotte du côté maternel. Ma mère est la fille du premier garçon du griot du héros national Alpha Yaya Diallo qui s’appelait Kandara Kouyaté. J’ai donc commencé la musique depuis l’école primaire. Pour la petite histoire, on s’était fabriqué des guitares en carton pour simulation. Tenez-vous bien, je faisais office de guitariste en mimant les notes et Bob Barry actuellement journaliste en Allemagne, était au chant et représentait la grande star de l’école. De classe en classe à l’école de Bora de Dixinn, on passait nos prestations pendant les récréations. Par ailleurs, chez mon oncle, il y avait des grands joueurs de balafonqui se produisaient de temps à autre tels, Naby Koya, N’Ta Papa, Dyéligbè qui est actuellement en France, Sökhö Mamy et Ibro Diabaté.Très jeune, je venais suivre les prestations de ces doyens et c’est de là, que j’ai découvert et estimé Ibro Diabaté pour en faire définitivement mon idole sur le plan de la musique. J’avoue qu’aucun jour, ma famille n’a su que je chantais sauf, le jour de ma première dédicace que ma mère a découvert ce côté caché.

Progressivement dans la pratique, je venais m’exercer auprès de Yaya Bangoura ‘’El Bangou’’ et feu Jean Paul Milimono qui me cédait le micro en compagnie du Syli authentique. Toujours dans la poursuite de mon apprentissage, j’ai un moment rejoint Boké où, j’ai évolué dans plusieurs groupes de musique. J’ai joué avec les ainés du Sorsornet de Boké, le groupe ‘’Chalet’’ de Boké en qualité de deuxième chanteur, le ‘’Super Diabatéla’’ de Sangarédi, ainsi que le groupe ‘’Double Bambo’’ de Kamsar.

Ibro Diabaté étant mon idole, je possédais une de ses cassettes dont j’ai auditionné et maîtrisé tout le répertoire. Pendant les cérémonies de mariage et de baptême, j’interprétais les chansons d’Ibro Diabaté, qui demeure mon grand maître au chant. Voilà en bref, comment je suis venu à la musique.

Guinéenews : Parlez-nous de votre discographie ?

Aboubacar 2 Diaby : J’ai fait 3 albums, ‘’Allah bidyé’’ (2001), ‘’Hommage à Fatim Kandia Sylla’’ (2003), ‘’N’Kha Dyigui’’ (2013), que j’ai réalisé en France. Je me prépare présentement pour le quatrième album.

Guinéenews : Aviez-vous eu une carrière internationale ?

Aboubacar 2 Diaby : Oui ! J’ai fait près de 8 ans en France. Tout au début, j’ai pratiqué la musique et depuis que j’ai commencé à avoir des enfants, je me suis uniquement consacré à leur éducation. Je n’avais jamais eu d’enfants de ma vie et quand l’occasion s’est présentée, j’ai tout abandonné à leur profit. Je verse des larmes quand je vois mes enfants et je remercie Dieu.

Guinéenews : Quel est le beau et le mauvais souvenir que vous gardez dans la vie ?

Aboubacar 2 Diaby : Mon plus beau souvenir et certainement cela va vous surprendre, c’est le jour quand je me suis brulé la main. Cet accident a ouvert mon chemin vers la musique et m’a motivé pour être le 2Diaby qui est devant vous. Dieu ne fait rien au hasard.

Le plus mauvais souvenir qui me reste encore et très amère est le comportement de ce producteur délégué qui a empêché la sortie de l’album de ma défunte épouse Fatim Kandia Sylla. Trois mois de retard à Abidjan, 9 autres mois à Conakry, pendant que le producteur résidant en France avait mis tous les moyens à disposition. Je m’arrête là car, parler de ce problème m’irrite, quand je pense que mon épouse est décédée, sans faire la dédicace de son album, sur lequel nous avions sérieusement travaillé. C’est un mauvais souvenir.

Guinéenews : Vous avez perdu votre épouse, votre compagne de vie et de carrière (Paix à son âme). Qu’est-ce que vous ressentez aujourd’hui après cette douloureuse épreuve ?

Aboubacar 2 Diaby : Jusque-là où je vous parle, la disparition de Fatim Kandia Sylla joue énormément sur moi. Je suis toujours traumatisé et c’est une autre partie de mon corps qui m’a été extraite. Je ne suis plus le même que vous aviez certainement connu avant. J’avais de gigantesques projets avec elle, tant pour la vie que pour nos différentes carrières musicales. Le destin en a voulu autrement. En tant que croyant, je ne peux que me remettre à la volonté du Tout Puissant Allah qui est toujours au contrôle.

Laissez-moi vous dire que je suis doublement affecté. Et mon épouse et ma mère sont décédées. Cette autre date du mercredi 1er avril 2015, jour du décès de ma mère, restera inoubliable pour moi. Je prie Dieu de les accepter dans le paradis.

Guinéenews : Dans vos précédents albums, des titres tels que môli môli, Allah bidyé, saya le kèta, nyari nun nyènè, ont longtemps cartonné. Peut-on connaître vos sources d’inspiration ?

Aboubacar 2 Diaby : Je suis quelqu’un de très patient et qui observe les faits de la nature. Je chante l’amour, la paix, l’unité nationale, la croyance surtout, ainsi que plusieurs autres faits divers. Une fois que mon cœur est conquis par un fait, directement je le matérialise par une composition musicale. A mon pseudonyme 2Diaby, j’ai toujours rajouté ‘’Allah bidyé’’ qui signifie Dieu existe dans ma langue maternelle (Diakanké). Je suis permanemment inspiré, puisque je suis toujours en train d’observer autour de moi.

Guinéenews : Plusieurs détracteurs vous taxent aujourd’hui d’artiste engagé qui roule pour la mouvance. Que répondez-vous à ces affirmations ?

Aboubacar 2 Diaby : Je m’inscris en  faux contre toutes ces allégations. Vous savez en Guinée, si tu n’as rien à faire, donne toi le temps d’écouter les rumeurs. Sachez aussi, qu’il n’est pas interdit d’avoir une obédience politique. Lors des élections présidentielles de 2010, j’avais composé un titre pour le Professeur Alpha Condé et malheureusement je n’ai pas pu le sortir pour fautes de moyens. Si la mouvance a aujourd’hui besoin de moi, je ne trouve aucun inconvénient à cela, ainsi que ceux de l’opposition. Je peux donc porter tous les foulards aux couleurs jaune, vert, bleu et plusieurs autres. En 2010, je militais dans le RPG arc-en-ciel, tandis que ma défunte mère militait dans l’UFDG. Le plus souvent on se chahutait à la maison sans rancœur. D’ailleurs ma mère à cause de son dévouement pour l’UFDG a finalement été surnommée dans le quartier ‘’Mariama Dalein’’. Lors de son décès, le véhicule qui a transporté sa dépouille mortelle est venu de la part de Hadja Halimatou Dalein Diallo. Je suis un artiste qui est à la disposition de tout un chacun et sauf que présentement, c’est le souci pour ma carrière qui m’anime. Laissez les gens parler et essayons seulement d’avancer vers nos objectifs.

Guinéenews : En ce temps de confinement qui court, quelles sont vos sources de revenus ?

Aboubacar 2 Diaby : Je ne vis que de mon métier d’artistes, puisque présentement mes affaires ne marchent pas bien. Avec ce confinement qui sévit, les artistes souffrent beaucoup car, il n’y a pas de prestations à livrer et tout est fermé. A part cela, c’est d’ailleurs l’occasion pour moi de remercier toutes ces bonnes personnes qui viennent à mon secours. Les autres sources de revenus, c’est aussi les droits d’auteur que je perçois au niveau du BGDA.

Guinéenews : De nombreux artistes malades se retrouvent sans aucune ressource pour faire face à leurs problèmes de santé. Le Département de tutelle a mis en œuvre le contrat d’assurance entre le BGDA et NSIA-ASSURANCE, pour la souscription à la couverture assurance maladie. Peut-on savoir si vous vous êtes acquitté de votre cotisation annuelle ?

Aboubacar 2 Diaby : Franchement je ne me suis pas acquitté pour le moment. Je suis largement informé et dans les prochains jours, je compte résoudre ce problème qui est important. Ce n’est pas puisqu’on est présentement en bonne santé que l’on doit négliger ce problème d’assurance. C’est pitoyable de voir aujourd’hui les artistes en détresse et sans aucun moyen. Je crois qu’il est grand temps de prendre conscience et payer la cotisation qui ne coûte pas du tout cher. C’est un problème de culture chez nous, sinon ailleurs, l’assurance a sa valeur.

Guinéenews : Récemment sur votre page, vous aviez réalisé un direct suite aux rumeurs, qui ont couru annonçant le ‘’décès’’ de l’Artiste Ibro Diabaté. Quel est votre point de vue sur ce genre de pratique de désinformation ?

Aboubacar 2 Diaby : C’est aussi simple. Il faut que l’être humain puisse avoir peur de Dieu. Comment un humain peut souhaiter la mort à son prochain. Tout le monde va mourir mais avoir de telles intentions dans le mensonge, c’est ce qui est grave condamnable. J’ai fait mon direct en compagnie de l’épouse d’Ibro Diabaté, c’était simplement pour renforcer le démenti car, j’avais reçu trop d’appels téléphoniques à propos. Souhaitons toujours du bien pour nos prochains.

Guinéenews : Quel est présentement l’état de santé de votre idole Ibro Diabaté ?

Aboubacar 2 Diaby : Je suis tous les jours à son chevet à domicile. Il est sorti de l’hôpital et il se remet progressivement bien grâce à Dieu. Suite à ces rumeurs, j’ai encore eu de sages conseils de sa part et j’en profiterai inchallah !

Guinéenews : Avez-vous un cri de cœur à lancer?

Aboubacar 2 Diaby : Oui bien sûr. Présentement je me sens en prison dans mon pays. Je ne suis pas libre de réaliser mes projets suite à ce confinement qui prend du temps et qui ne fait que perdurer. J’ai mis beaucoup d’argents pour la réalisation de mon album et aujourd’hui, il est impossible de programmer ma dédicace. C’est une perte que  je suis en train de subir. Je suis conscient de l’existence de cette pandémie, seulement il ne faut pas en faire du business ou une affaire politique. Il faut encore réfléchir sur ces mesures barrières. Les artistes ont besoin de vivre et c’est le seul moyen à notre disposition pour faire vivre nos parents ainsi que nos différentes familles. Voilà comment je pourrai exprimer mon état d’actuel prisonnier dans mon pays. Je prie Dieu que cela puisse prendre fin, afin de nous permettre de mieux souffler.

Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guinéenews