Passages à niveau dans la capitale : quand la communication permet d’éviter des accidents graves

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Nous avons à peine publié l’article intitulé : ‘’une position à haut risque sur un passage à niveau ‘’que des échos nous sont parvenus du milieu professionnel des transports ferroviaires. Nous nous rendons compte que ce secteur, quoique mal connu du grand public, est cependant bien là. Mieux, il se montre même assez sensible à tout ce qui touche à son fonctionnement quotidien. Ce qui change notre perception qui nous donnait à croire qu’il est plutôt indolent et frileux dans la gestion du trafic ferroviaire qui sillonne la ville au quotidien.

L’opinion même n’en dit pas le contraire. En général, les citoyens ne retiennent de lui qu’un seul pan qui se résume à ce qu’ils voient : les trains, les rails et les passages à niveau.

« Nous saluons les efforts que vous consentez à parler de nos problèmes quotidiens sur la voie ferrée. Ils contribuent à assurer la sécurité de tout le monde. Un accident avec le train au passage à niveau n’est jamais souhaitable, puisqu’il est toujours très grave de conséquences. Vous en conviendrez avec nous. Beaucoup a été dit sur ce qui se passe dans notre secteur. Mais, il en reste encore peut-être que vous ne sachiez pas. C’est à nous d’en parler, puisque nous vivons les réalités sur le terrain. Nous allons compléter vos informations. »

Ainsi ont réagi les gardes-barrière que nous avons trouvés à un des nombreux passages à niveau disséminés dans la capitale. Nous ne demandions pas mieux comme accueil et leur avons tendu une oreille attentive, convaincu que nous étions à la bonne source et rassuré d’obtenir des informations claires et précises sur les conflits entre la route et la voie ferrée.

D’emblée, ils nous ont dit que le passage à niveau est pour le train, ce que la tour de contrôle est pour l’avion. En conséquence, tant à leur niveau qu’à celui de leurs responsables chargés de la régulation, l’alerte et la vigilance sont de rigueur. Ce sont même des conditions essentielles pour assurer une sécurité maximale à tous leurs convois qui effectuent chaque jour, de multiples rotations entre la mine et le port autonome.

« Ne voyez pas seulement l’aspect extérieur des choses pour juger ou commenter notre travail. Beaucoup de situations graves peuvent se passer que les usagers n’imaginent même pas. Et c’est même mieux ainsi, car beaucoup n’auraient pas supporté le stress qui en découle.

Tout le monde remarque l’envahissement dont nous sommes l’objet à chaque passage de train. Le débordement est excessif. C’est à croire que les gens n’ont plus peur de ce ‘’monstre’’ à la puissance phénoménale, à nulle autre pareille, sur la route.

Ils forcent même la situation pour contourner la barrière baissée et s’arrêter dans la zone située entre celle-ci et les rails, juste pour être sûrs de passer les premiers, avant même que le dernier wagon ne franchisse entièrement la limite du passage à niveau. Cela s’observe surtout chez les motocyclistes. C’est un vrai spectacle empreint d’anarchie totale, qui fait peur à toute personne bien réfléchie.

On se demande ce qui va bien arriver, le jour où notre pays aura deux à plusieurs trains qui passent l’un après l’autre, ou se croisent, sur des voies parallèles.

Mais, au-delà de tous ces dangers évoqués qui sont visibles et vérifiables, il y en a un que les gens ignorent totalement et que nous gérons à l’interne.

C’est le cas, lorsque des camions en circulation tombent en panne, juste au passage à niveau et restent bloqués sur les rails. Au même moment, on nous avertit qu’un de nos trains progresse dans notre direction. Que faire, alors que le camion ne démarre pas et qu’on ne peut pas le pousser, encore moins le réparer? Un vrai dilemme !

Pendant ce temps, le train annoncé se rapproche inexorablement et nous ne devons pas céder à la panique ou à l’affolement. Ce qui serait extrêmement grave, devant le public. C’est l’épreuve la plus terrible qu’il nous arrive de vivre dans notre travail !  

C’est alors que nous utilisons le dernier recours, la dernière alternative qui nous reste : l’un des moyens de communication à notre disposition (la radio ou le téléphone). Nous informons immédiatement nos autorités à la régulation, lesquelles alertent le conducteur du train qui aussitôt, ralentit et freine pour pouvoir s’immobiliser avant l’obstacle placé en travers de sa voie. A noter qu’avec une vitesse moyenne de 40 km/h qu’il pratique en zone urbaine, notre train met entre 300 et 400 m pour s’arrêter.

C’est comme ça que nous évitons quelquefois les catastrophes imminentes, grâce aux moyens de communication. Les usagers n’en savent rien. Il n’ y a aucun dommage apparent.

Mais, pareil incident entraîne toujours un retard qui impacte la planification du mouvement des trains. Avec toutes les conséquences qui vont avec! »  

Après des explications aussi claires et précises, une seule question nous est venue à l’idée : qu’arrivera-t-il le jour où, par extraordinaire, aucun de leurs moyens de communication ne va fonctionner ?

Nos interlocuteurs, pourtant loquaces et qui se sont montrés si courtois et coopératifs avec nous, n’ont pas répondu !