Pendaisons du 25 janvier 1971 en Guinée : réactions des fils de victimes et de Bah Oury

janvier 27, 2019 12:22

En janvier 1971, des dizaines de Guinéens ont été pendus à travers tout le pays. Ce vendredi 25 janvier, des victimes, des fils de victimes et petits-fils ont commémoré ce triste anniversaire à travers une marche, partie du Pont 8 novembre au Camp Boiro, sis au quartier Cameroun et une lecture du Saint Coran en la mémoire des victimes.

A cet effet, Guinéenews© a recueilli la réaction de Hawa Dramé, fille d’Alioune Dramé, du député Dr Fodé Maréga, de Thierno Oumar Barry, le fils de Barry Diawadou et de Bah Oury, de l’UFDG-Renouveau.

Hawa Dramé : « Nous n’arrêterons pas tant que la vérité ne jaillira pas »

« Nous marchons parce qu’en réalité, nous voyons qu’en face les pouvoirs publics ne font pas grand-chose pour que la vérité puisse jaillir dans ce pays. Donc, nous ne baisserons pas les bras.  Nous devons cette marche à nos parents disparus. Nous voulons la vérité, nous voulons savoir ce qui s’est passé. Nous voulons faire notre deuil. Quand vous n’avez pas vu le corps de votre parent, vous ne savez pas comment et quand la personne est décédée, vous ne pouvez pas faire le deuil.  Vous vivez avec ça, vous ne pouvez pas faire le deuil. Aujourd’hui, tout ce que nous réclamons, c’est la justice et la réhabilitation. S’ils sont innocents, il faut qu’ils soient réhabilités aux yeux de la Nation.  C’est pourquoi, j’ai aujourd’hui ce drapeau aux couleurs nationales. Ce sont nos parents qui ont fait ce pays-là. Il ne faut pas l’oublier. Ce sont eux les fils de ce pays qui se sont sacrifiés pour qu’aujourd’hui on parle de la Guinée. Il ne faut pas l’oublier. Certaines personnes ont l’art d’essayer de modifier l’histoire, de raconter des histoires. Nous nous voulons simplement la vérité parce que ce pays leur doit tout.

Malheureusement, il n’y a pas eu d’avancées. Et nous n’avons aucune explication. Nous avons écrit, nous avons fait toutes les démarches possibles et imaginables. Chaque année, nous organisons des journées de commémoration pour que tout le monde se rappelle de ces jours tragiques dans notre pays. Nous n’arrêterons pas tant que la vérité ne jaillira pas.

C’est pourquoi quand on nous parle de réconciliation, nous réconcilier avec qui? Qu’on nous le dise ! Nous voulons que la nation qui leur doit énormément, puisse se souvenir d’eux comme les bâtisseurs de ce pays.

Dr Fodé Maréga : « Nous sommes toujours dans cette quête de vérité, de justice et de réconciliation »

«48 ans après ces pendaisons, c’est toujours la peine que l’on ressent quand on arrive dans l’enceinte du Camp Boiro. Parce qu’ici, nous sommes dans la zone carcérale. Tout ce qu’il y a ici est bâti sur les ruines d’une prison où se passaient des choses ignominieuses. A chaque fois qu’on rentre ici, on a ce petit pincement au cœur. (…) nous souhaiterions vraiment qu’à partir de maintenant, nous puissions avoir le monument et que nous puissions tous les ans venir régulièrement nous recueillir ici. Le Camp Boiro représente tous les camps qui ont existé de tout le long de ces 26 ans sur toute l’étendue du territoire guinéen. Nous sommes toujours dans cette quête de vérité, de justice et de réconciliation depuis 1985 quand l’Association a été créée. On a eu à un moment donné les consultations nationales qui ont permis à tout le peuple de Guinée de s’exprimer. De cela, est sorti un rapport. Aujourd’hui, ce rapport est devenu un projet de loi qui a été déposé sur la table de l’ancien Premier ministre Mamady Youla. Aujourd’hui, il est sur la table  de Kassory Fofana et du président de la République, Alpha Condé. Nous, nous disons à Alpha Condé qui a été condamné par contumace, qu’il est sur une liste de condamnés. Il a pu être président de la République, il a pu être député. Cela veut dire qu’il a été extrait de la liste. Maintenant, tous ceux qui étaient sur cette liste, il était le seul innocent? Ou tous ceux qui étaient morts sont aussi innocents que lui.  Nous, nous disons qu’il a un devoir de mémoire en vers toutes les victimes. Cette marche d’aujourd’hui représente un espoir parce que nous avons écrit une lettre au président de la République.


Bah Oury
 : « Nous avons payé un tribut très lourd pour que notre pays évolue »

« Je participe à cette marche parce que c’est un devoir de citoyen, un devoir aussi de militant des droits de l’homme. Et c’est aussi un devoir pour un responsable politique qui souhaite que son pays aille vers un approfondissement de la démocratie à travers le respect des droits de l’homme.

Nous avons payé un tribut très lourd pour que notre pays évolue progressivement vers un environnement démocratique. Il y a eu des milliers et des milliers de personnes qui ont péri au cours de ces 60 dernières années. A chaque fois, tout responsable devra s’en souvenir  pour se dire, c’est un devoir de faire de ce pays, un pays démocratique, une nation réconciliée et tournée vers l’avenir. Citoyen et militant de droits de l’homme, je veux que mon pays aille dans un sens de réconciliation tout en mettant en avant une dynamique de vérité et de justice.

Thierno Oumar Barry

« Nous avons toujours manifesté mais les gouvernements successifs font la sourde oreille. En principe, Alpha Condé le sait, il doit faire en vérité une répression  contre le régime PDG, sinon il restera toujours nuisible dans ce pays et son clairon ne pourra pas tenir. Car, on est plus nombreux qu’eux. 95% des populations guinéennes ont été victimes au Camp Boiro. Il n’y a pas une ethnie qui y a échappé.  Pour la justice, rien n’a été amorcé. On a fait tout ce qu’on peut faire mais, on ne les laissera pas faire. Quand je vois des enfants de tortionnaires qui ont  des promotions à la police, (…) ces gens-là ne vont pas aider à ce que la Guinée avance. Cela va changer parce que le procès de Nuremburg continue On aurait pu faire la même chose avec le PDG ».