Plan de riposte au Covid-19 : un exercice de maquignonnage déjoué ?

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Les sérieuses réserves émises par la Banque Mondiale dans l’appréciation du Plan de riposte au Covid-19 ont semé le doute dans les esprits des Guinéens, tout en noircissant davantage le tableau de la gestion à la godille, pratiquée par l’Exécutif.

Il ne faut pas s’étonner que dans un système où tout et n’importe quoi est permis, que la mise en œuvre du programme de riposte au Covid-19 ne soit réduit à des comptes d’apothicaire.

L’affaire est sérieuse pour être passée sous silence. D’autant que la réplique pied à pied de la Primature est perçue par une bonne frange de l’opinion comme une simple manœuvre de diversion, visant à éteindre les critiques qui ont littéralement enflammé la toile.

En effet, dans le volet énergétique du Plan qui est sujet à équivoque, le gouvernement avait estimé à 456 milliards GNF comme montant de la prise en charge de la gratuité du courant. Mais les experts de la Banque Mondiale ont émis des réserves sur ce chiffre surévalué.

Dr Kassory et son équipe ont dû alors revoir leurs ambitions à la baisse, pour ne retenir finalement que la somme de 126 milliards GNF.

A sa décharge, la Primature dit avoir ‘’constaté, avant même la réception des commentaires de la Banque Mondiale, que les données fournies par le ministère chargé de l’Energie sont erronées. Dès la publication (nécessitée par l’urgence) du plan, le cabinet du Premier ministre a parallèlement demandé à EDG de revoir les données et de fournir des éléments précis sur le nombre d’abonnés au tarif social, les montants théoriques facturés et les montants effectivement recouvrés. Ce travail de reprofilage a permis, à la date du lundi 20 avril 2020, soit avant le courrier de la Banque Mondiale, de situer le niveau de la prise en charge de la gratuité pour les abonnés au tarif social de l’électricité à 126 milliards GNF (et non 456 milliards GNF comme précédemment indiqué par le ministère de l’énergie) pour le trimestre couvert par le plan de riposte.’’

La Primature chargée de coordonner les actions gouvernementales et d’arbitrer entre les ministères sectoriels, s’est donc défaussée sur le ministère de l’Énergie, pour sauver la face.

En tout état de cause, certains observateurs considèrent dorénavant le palais de la Colombe comme une passoire où le traitement des dossiers se ferait de manière discursive.

La vérité est que notre gouvernement vient à travers ce couac, ébrécher une nouvelle fois sa réputation. Même si cette légèreté ne peut être mise que sur le compte de l’hyper présidence. Ainsi, la Primature a beau faire preuve de bonne foi, dans l’exécution de sa feuille de route, dans un système de gouvernance verticale, où des conflits d’hommes et des conflits d’ambitions s’entrechoquent, le dernier mot revient toujours à la Présidence de la République.

Les autres institutions que sont entre autres l’Assemblée nationale, la Primature, la Cour constitutionnelle sont bridées par le palais.

D’où cette désinvolture du ministre de l’Energie, qui se serait permis de ne pas réagir à temps aux injonctions du PM dans le dépôt du document relatif au volet énergie et eau.

Pas surpris donc que  Dr. Cheick Taliby passe pour l’agneau sacrificiel dans ce « scandale » qui met de l’eau au moulin de l’opposition. Un ministre qui est égal à lui même. Après tout, on est ce qu’on est.

Il a fallu la sagacité de la Banque Mondiale pour déjouer cet exercice de maquignonnage. Ce fut néanmoins une chaude alerte pour la Primature.