Pneus d’occasion : un marché qui ne dérape pas encore, malgré les risques qu’il génère  

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Intérêts croisés entre pays fournisseurs et demandeurs

Il est évident que la majorité des véhicules qui circulent dans notre pays, ‘’chaussent’’ des pneus d’occasion. Il s’agit de pneus importés de divers pays européens et qui ont déjà roulé des milliers de kilomètres. Dans ces contrées, conformément à la règlementation en vigueur, la limite d’usure tolérée sur les pneumatiques est de 1,6mm, pour les véhicules légers. Une fois ce seuil atteint, ils sont strictement interdits de circulation et doivent être obligatoirement remplacés par des pneus neufs. On imagine bien que ces pays industrialisés au volume de circulation énorme, disposent de lots de pneus usagés en quantité phénoménale, qu’ils ont de la peine à recycler. D’autant que les experts soutiennent qu’un pneu met des siècles (jusqu’à quatre) à se désagréger et que parallèlement, les pays qui les utilisent jusqu’à la limite de l’usure indiquée ne savent trop ce qu’il faut en faire. Des stocks illimités de ces produits n’arrêtent pas de s’accumuler. Pendant qu’ils ne peuvent pas les incinérer. Non plus, ils  ne peuvent pas les enfouir tous dans le sol ou les jeter à la poubelle. Ils leur restent donc entre les bras.

C’est donc avec bonheur que l’on nous envoie cette poubelle pour équiper nos véhicules. Et nous semblons en être très heureux, sinon satisfaits (les européens et nous). Le traitement réservé à ces ‘’rebuts’’ contente les deux parties : nous ‘’chaussons’’ nos véhicules et les autres se débarrassent de leurs ordures. A chacun de voir qui trouve le meilleur compte dans pareille transaction. Toujours est-il que la question de savoir ce que nous gagnons exactement est à poser. Nous disons bien que nous avons joué les éboueurs en débarrassant les européens de leur dépotoir encombrant, polluant et embarrassant. En mettant la main à la poche, en plus!  Retenez que ce n’est pas gratuit, tout ceci ! Les pneus sont achetés, nous affirment les importateurs. Une fois chez nous, nous les montons sur nos véhicules, pour les oublier carrément, au motif qu’ils sont ‘’Bruxelles’’, donc importés et bons. En général, quand ce label est énoncé par les conducteurs ou propriétaires, les pneus ne font plus objet de soins particuliers. Leurs acquéreurs estiment s’être équipés du meilleur produit disponible sur le marché. (En dehors du neuf, bien entendu). Les voilà  donc, parfaitement tranquilles de ce côté.

Cependant, il n’en est rien. Un pneu d’occasion est un pneu usagé, donc à risque.  S’il est permis qu’on l’utilise encore, alors il faut le faire avec grand soin et beaucoup de prudence. Le contrôle de la pression doit être régulièrement suivi, la vitesse et le chargement du véhicule ne doivent pas être excessifs. Les risques d’éclatement de pneus suivis de dérapages sont très fréquents pour qu’on se permette la moindre négligence.

Malheureusement, c’est ainsi que nous roulons depuis toujours et c’est bien ce qui explique la survenue de bon nombre d’accidents graves que nous enregistrons sur nos routes, surtout en rase campagne.

Le pneu neuf inaccessible à la majorité des usagers

Pour le commun des usagers, parler de pneumatiques pour son véhicule signifie, ipso facto, aller chez le vendeur d’occasion. Son esprit ne s’orientera jamais vers le marché du neuf qui est pourtant bien fourni. Il vous dira qu’il n’a rien à y faire qu’à regarder et se torturer l’esprit, d’envie non comblée. Le prix du pneu neuf chez nous varie, au bas mot, entre 1(un) et 05(cinq) millions de nos francs, pour les véhicules les plus couramment utilisés.

C’est cet argument massue que les détenteurs de véhicules utilisent pour vous rétorquer au passage, quand vous leur parlez des risques qu’ils prennent à rouler avec les pneus d’occasion : « oui, grand, tu as parfaitement raison ! Les pneus d’occasion ne sont pas bons. Mais que veux tu que je fasse ? Que j’attende de trouver cinq millions pour chausser ma voiture? Cela va me prendre combien d’années, avant de réunir pareil montant et pendant ce temps, comment je vais rouler et avec quoi je vais vivre, si je dois économiser ? Comme ce n’est pas toi qui va me faire ce cadeau, alors laisse-moi en paix yandi (s’il te plaît !) En attendant, je vais courir le risque comme tous les autres, en roulant avec mes pneus d’occasion. »

Devant pareils arguments, le plus engagé au respect des bonnes règles, reste éberlué, pantois et bouche-bée.

C’est ce qui explique que le marché du pneu neuf ne soit jusqu’à maintenant fréquenté que par les seuls clients que sont : l’administration, les institutions, le  corps diplomatique et consulaire, les sociétés et entreprises et les nantis.

Cette proportion d’usagers est très infime pour représenter la grande  famille des automobilistes qui empruntent le réseau routier national.

Aussi, dirons-nous sans exagérer, que le marché de l’occasion a encore de beaux jours devant lui, hélas, avec tous les risques que cela sous-entend!a