Pourquoi une formation des formateurs à la police routière, les attentes, le financement, les modules, le Commissaire Nabé dit tout (Entretien)

octobre 15, 2018 11:21
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«L’objectif global visé par cette formation est de doter la Direction Nationale de la Sécurité Routière d’un pool de formateurs capables d’élaborer et de dispenser de manière progressive, un programme de formation continue et durable au profit de leurs collègues dans les différents domaines de compétence du service», dixit, le commissaire divisionnaire de police Nabé Mohamed Lamine, Conseiller chargé des ressources humaines et de la formation au Ministère de la Sécurité et de la Protection Civile, Directeur de la formation. Il a, par ailleurs, été le président du Comité de Normalisation du Football guinéen (CONOR), un organe transitoire ayant toiletté les statuts et règlements de la FEGUIFOOT avant d’organiser le congrès qui a conduit à l’élection de Antonio Souaré à la tête de cette institution faitière du football en Guinée.

Le 08 octobre dernier, une importante cérémonie a été organisée au siège du Département de la Sécurité et de la Protection Civile, à Coléah Domino. Cet évènement a marqué la clôture de la session de formation des formateurs de la police routière qui s’est déroulée du 25 juin au 12 septembre. C’est le Ministre Alpha Ibrahima Kéira qui a présidé la cérémonie. Autour de lui, un parterre de personnalités dont le Ministre Conseiller à la Présidence chargé de la Réforme du  Secteur de la Sécurité, l’Ambassadeur d’Italie, le Représentant de l’ambassade du Japon, le Directeur pays PNUD, le Représentant du Fonds de Consolidation de la Paix, les cadres du département, ainsi que de nombreux invités et partenaires nationaux et internationaux.

Beaucoup de discours ont été délivrés portant sur les acquis de la formation et ses effets induits sur la qualification des personnels de la Direction Nationale de la Sécurité Routière et le renforcement de la prévention et de la sécurité routières dans notre pays.

Nous avons rencontré le commissaire Nabé Mohamed Lamine, l’un des acteurs-clés qui ont conduit cette formation de formateurs à son terme.

Dans cet entretien qu’il nous a accordé, notre interlocuteur campe avec la clarté souhaitée, toute la dynamique qui a prévalu dans la mise en œuvre de cette activité, qualifiée de première du genre dans les annales de la police nationale.

Guinéenews©: quel est le sentiment qui vous anime en ce jour solennel de clôture de cette activité de formation des formateurs de la police routière, que vous avez dirigé ?

Je vous remercie. Permettez-moi de profiter de cette opportunité pour saluer vos nombreux lecteurs. En ce jour, historique pour moi,  ce sont des sentiments intenses et variés qui m’animent. Je suis tout à la fois, ému, heureux, honoré et fier d’avoir été associé au déroulé d’une telle activité que Dieu nous a permis, mes collègues et moi, de mener à bon port. Notre département regorge de cadres de haut niveau, tous aptes et engagés à servir. Que le choix pour accomplir cette exaltante mission soit tombé sur nous est une étape de notre vie qui nous marque de manière indélébile. Nous l’accueillons avec humilité et en sortons renforcés et déterminés à toujours mieux servir notre cher pays auquel nous devons tout. Mes collègues et moi, avons bénéficié d’un capital énorme de confiance que nos autorités ont bien voulu nous accorder, c’est le lieu de les en remercier vivement.

Guinéenews©: on parle de formation de formateurs au compte de la police routière, c’est bien une première dans les annales de la police nationale. Qu’est-ce qui a conduit à cette innovation ?

Commissaire Nabé : je n’ai pas l’autorité nécessaire pour répondre amplement à cette question. Elle relève d’un niveau plus élevé que le mien. Je vous dirais quand même qu’il s’agit de l’expression d’une réelle volonté politique orientée dans le sens de l’amélioration croissante des conditions de circulation et la réduction sensible des accidents de la circulation. Vous savez, tout cela concourt à garantir  le développement social et économique de notre pays. Dans cet ordre d’idées, dès lors que des préalables comme la qualification des acteurs sont satisfaits, l’objectif final recherché est indubitablement atteint. D’où l’importance que revêt la formation. Et puis, pour tout vous dire, cela tient de la volonté politique combien louable, exprimée depuis l’arrivée au pouvoir du Professeur Alpha Condé qui a initié la réforme du secteur de la défense et de la sécurité. Il faut donc qualifier les personnels, améliorer leurs comportements et les rendre plus opérationnels sur le terrain et plus aptes à traduire l’image concourant à regagner la confiance des populations pour leur police. Nous sommes dans la mise en œuvre de ce processus.

Pour terminer, je vous dirais que, c’est bien la première fois qu’en dehors du cadre strict de l’école nationale de police, se tient une formation de ce niveau, au sein même du département. Pour la petite histoire, ce besoin de qualification des effectifs a toujours été une préoccupation pour les autorités de notre département. A titre illustratif, nous pouvons citer l’atelier de recyclage organisé en 2016 par la Direction Centrale de la Sécurité Routière d’alors, à l’intention de 105 officiers et agents de la sécurité routière, au siège de la CMIS n0 1 de Cameroun. Une activité de remise à niveau étalée sur deux mois, qui avait été sanctionnée par la délivrance de permis de conduire aux stagiaires. Et nous ne comptons pas nous arrêter en si bon chemin. Les résultats de cette première action ayant été appréciés et validés par qui de droit, nous allons élargir l’éventail pour faire bénéficier tous les autres secteurs de notre corporation.

Guinéenews©: cette formation de formateurs a donc eu lieu. Qu’en attendez-vous ?

Commissaire Nabé : que du bien, rassurez-vous! Je suis d’un naturel optimiste, je fonde beaucoup d’espoir sur cette cohorte d’officiers et d’agents issus de cette session de formation.

Ils ont dit eux-mêmes que la formation qu’on leur a dispensé va leur permettre de qualifier davantage leurs méthodes et manières de servir. Ils affirment pouvoir relever l’image de leur corporation quelquefois ternie par certaines pratiques inappropriées et contraires à l’éthique et à la déontologie. Mais également, ils reconnaissent leurs insuffisances et l’impérieuse nécessité de renforcer leurs capacités, mais aussi, celles de tous leurs homologues des différentes composantes de la police nationale.

Nous pouvons dire sans fioriture, ni exagération que ce groupe de formateurs va surprendre plus d’un et dans le bon sens. Les éléments qui le composent sont bien outillés pour réussir le pari. Ils nous ont impressionnés par l’engagement et la détermination dont ils ont fait montre durant la formation.

Guinéenews© : vous semblez très optimiste, n’est-ce pas un peu risqué de s’aventurer à être si positif ?

Commissaire Nabé : Je ne suis pas un adepte de l’autosatisfaction. Nous avons encadré cette activité d’un bout à l’autre et estimons que c’est aux autres de l’apprécier, de la juger. Mais, nous pouvons cependant affirmer, avec toute l’objectivité requise, que ces nouveaux formateurs vont vite révéler leurs aptitudes à remplir leur mission. Il suffit qu’ils soient coachés, ne serait ce que pendant les premiers déploiements sur le terrain, de manière à acquérir de l’expérience. J’ajoute que si dès maintenant ils sont constitués en pool, on est en droit d’attendre d’eux qu’ils impulsent une nouvelle dynamique à la sécurité routière. Ainsi, au-delà d’être aptes à élaborer des programmes de formation et produire des modules validés, ils vont induire beaucoup d’autres résultats salutaires pour une nette amélioration de la sécurité routière. Je vais citer entre autres, un changement de comportement du personnel de la sécurité routière, une fluidité sensible du trafic routier par le désengorgement des intersections, une amélioration des relations entre les usagers, les syndicats, l’union des transporteurs et la police et j’en passe…

Guinéenews©: combien sont-ils, ces futurs formateurs de la police routière et quels ont été les critères de leur sélection ?

Commissaire Nabé : cette formation, il faut le dire d’emblée, a été ouverte à tous les effectifs évoluant dans les structures de la sécurité routière à travers le pays.  Au lancement du programme, il suffisait simplement de postuler. C’est ainsi qu’une liste de candidatures est parvenue à la Direction Nationale de la Sécurité Routière, en provenance de Conakry, Faranah, Mamou, Lola, Boké, Kankan, Nzérékoré. Une première sélection organisée à ce niveau a permis de retenir 41 éléments. Au terme de la seconde sélection qui a suivi, organisée, cette fois, par le comité de pilotage du département, le nombre définitif de candidats est passé à 25.  C’est cet effectif que nous avons formé.

Guinéenews© : je n’ai certes pas besoin de vous demander si, dans ce processus, le problème de genre a été pris en compte. C’est une évidence que vous ne l’avez pas occulté, n’est ce pas ?

Commissaire Nabé : bien entendu qu’on n’a pas occulté cette question de genre. C’est une question d’actualité qui est au centre des préoccupations de la police nationale. Le nombre de femmes qu’on rencontre aujourd’hui dans toutes les unités de police à travers le pays l’atteste aisément.

Pour le cas précis dont il est question ici, cinq femmes officiers et sous officiers font partie de la cohorte des 25 qui ont été retenus pour la formation de formateurs. Et je peux vous dire que nous n’avons pas eu à le regretter. En effet, c’est une femme : la capitaine de police ALINE PROSPER du Commissariat  Spécial de la Sécurité Routière d’ENTA, qui est classée première au terme de l’évaluation qui a sanctionné la formation. C’est une preuve éloquente de la capacité de nos sœurs, mères et filles à accomplir pleinement toutes les tâches auxquelles elles sont soumises, même celles traditionnellement masculines, tel le métier des armes qui est le nôtre.

Guinéenews© : qui a financé cette formation?

Commissaire Nabé : le financement a été octroyé par le PNUD, à travers le Fonds de Consolidation de la Paix. Ces institutions nous ont toujours accompagné dans la réalisation de tous les projets et programmes entrant dans le cadre de la mise en œuvre de la réforme des forces de défense et de sécurité. Notre chef de département les a solennellement remerciés, au nom du gouvernement, lors de la cérémonie officielle de sortie.

Guinéenews©: quels sont les modules retenus pour la formation de ces formateurs?

Commissaire Nabé : avant de parler des modules de formation, je vous dirais qu’il a fallu satisfaire à un préalable. Le département a d’abord jugé plus opportun d’installer un comité de pilotage de 06 membres comprenant 04 conseillers au cabinet du Ministre et 02 cadres du comité technique sectoriel. C’est ce pool d’experts, avec l’appui de celui du bureau Conseils Stratégiques de la Présidence de la République qui a élaboré les modules de formation. En rapport, bien entendu, avec les formateurs retenus dans les différentes spécialités. Cela a permis d’avoir un programme de formation le plus performant et adapté qui soit.

Guinéenews©: quel est donc ce programme ou les modules qui le composent?

Commissaire Nabé : ce programme a été subdivisé en deux volets. Le premier visait à renforcer les capacités des stagiaires. Il porte sur certaines notions classiques de la police en général et de la police routière en particulier. Ces matières principales sont :

-Ethique et déontologie policière

-Règlementation de la circulation routière

-Constat d’accident de la circulation et rédaction de rapport

-Code de la route et conduite défensive

Nous avons y ajouté la détection de faux documents, le secourisme, l’assurance automobile et la police de proximité ainsi des matières juridiques, notamment le droit pénal général, le droit pénal spécial et la procédure pénale.

Dans le second volet de formation, nous avons abordé le volet pédagogique permettant aux stagiaires de transmettre les connaissances acquises à leurs collègues. Les modules suivants leur ont été dispensés :

-Planification d’une session de formation

-Techniques de communication

-Méthodes et moyens pédagogiques

-Organisation et animation d’une séance de formation

Guinéenews© : d’où vous sont venus les formateurs de ces formateurs ?

Commissaire Nabé : les formateurs qui ont assuré cette mission, oh combien importante, nous sont venus de deux niveaux : à l’interne et à l’externe. Je ne vous apprendrais rien en vous disant qu’une sélection très rigoureuse a prévalu dans leur désignation. ils ont été évalués sur tous les plans. Le comité de pilotage, les bailleurs et même au-delà, ont chacun dit leur mot. Ces formateurs sont tous experts reconnus dans leur domaine. En plus, comme il s’agit d’un secteur aussi spécifique et sensible que le nôtre, vous comprenez bien que nous ne puissions travailler avec le premier venu.

Guinéenews© : au terme de la formation, vous avez procédé à une évaluation de vos stagiaires, quels en sont les résultats?

Commissaire Nabé : nous avons organisé une évaluation très rigoureuse qui a porté sur des épreuves écrites, des exercices de simulation et des appréciations du savoir-faire et du savoir-être. Les résultats obtenus sont les suivants : 11 stagiaires (soit 44%) sont certifiés en qualité de formateurs, 10 autres (40%) le sont en qualité d’assistants formateurs et enfin 04 d’entre eux n’ont pas pu obtenir la moyenne requise. Ils ne sont pas retenus et recevront seulement une attestation de participation.

Guinéenews© : une conclusion à cet entretien ?

Commissaire Nabé : merci d’avoir bien voulu nous accompagner et porter notre message. Au nom du comité de pilotage, je voudrais rendre hommage aux cadres de notre département, à l’expert national du Bureau Conseils Stratégiques, aux formateurs, aux bailleurs, en un mot à tous ceux qui ont, de près ou de loin, contribué au succès de cette activité. J’adresserais les hommages les plus mérités à Monsieur le Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile pour le grand intérêt et la disponibilité constante accordés à cette formation. L’impact de cette formation se fera vite sentir sur le terrain pour une meilleure circulation routière chez nous.

Interview réalisée par Diao Diallo pour Guinéenews©