Présidentielle, conseils de quartiers, remaniement ministériel : le regard critique du député Badicko

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Baadicko Bah, président de l'UFD

La date du premier tour de la présidentielle, l’installation des chefs de quartiers et de districts, le mini-remaniement gouvernemental et les derniers développements politiques enregistrés en Guinée continuent de susciter des commentaires. Parmi les réactions dans le landerneau  politique figure celle de Mamadou Bah Badicko, président du parti de l’Union des Forces Ddémocratiques (UFD). L’opposant, actuellement député et membre de la commission éducation à l’assemblée nationale, a livré sa lecture des événements à Guineenews.

Guineenews©: La CENI vient de publier un communiqué proposant la date du 18 octobre pour le premier tour de la présidentielle. Quelle réaction cela vous inspire?

Mamadou Bah Baadiko: on a pris connaissance du communiqué de la CENI qui a indiqué le choix de ce 18 octobre 2020. La première réaction est celle de dire que nous n’avons absolument pas d’objection à ce qu’un calendrier légal à la bonne date soit respecté. C’est bien le problème de ce pays. Le calendrier est toujours à la disposition de ceux qui détiennent le pouvoir, pas selon la loi. Donc s’ils veulent que le scrutin se tienne le 18 octobre, cela est dans la logique des textes constitutionnels.  C’est déjà une chose.

La deuxième chose, c’est que nous espérons tout de même que le pays ne va plus jamais connaître la situation explosive de tensions et de déchirements de la collectivité guinéenne comme nous en avons connu aux dernières élections. Donc, il appartient au pouvoir et à tous les acteurs politiques de veiller à s’entendre pour ne pas faire subir à la population  ce que nous avons connu.

Est-ce que toutes les conditions nécessaires sont réunies? Je n’en sais rien. Mais c’est important de noter que c’est un préalable si on ne veut pas nous installer dans des crises à répétition dont les populations en ont déjà assez parce qu’elles ont énormément souffert. C’est elles qui paient le pot cassé en termes de morts, de blessés, de biens détruits y compris des écoles détruites dans le cadre d’une campagne de boycott. (…) On prend note mais je dis que c’est le rôle d’un parti politique de s’organiser pour des élections.

Guineenews© : Vous avez fait allusion aux préalables qui devraient être remplis de part et d’autre pour que ce scrutin s’organise dans les bonnes conditions. A votre avis qu’est-ce qui est indispensable pour que cela soit?

Mamadou Bah Baadiko: c’est avoir au moins un minimum de sérieux dans le processus. Que le fichier électoral ne soit pas contestable comme il l’était. Rappelez-vous des 8 millions 300 mille électeurs qu’on nous a jetés à la figure alors que c’est totalement irréaliste et pratiquement et techniquement impossible d’arriver à un chiffre comme ça. Et qu’il a fallu le passage de la CEDEAO (communauté  économique des Etats de l’Afrique l’ouest) pour qu’on en mette environ deux millions et demi de côté sans aucune garantie que les autres qui restent étaient valables.

Donc le problème du fichier électoral, il faut quand même qu’il soit résolu. Ensuite, nous avons connu des situations absolument dramatiques dans les élections passées où c’est l’appareil d’Etat qui a organisé les élections et non pas la CENI. Il faut quand même qu’on ait l’assurance que cette fois ce soit la CENI effectivement qui va réellement organiser les élections de bout en bout et non l’administration avec toutes les dérives auxquelles on a assistées et qui font que  ça ne ressemblait pas à des élections y compris dans des zones où il n’y avait absolument pas de troubles ou de contestations.

 Guineenews©: si les conditions que vous décrites là sont réunies est-ce que vous serez candidats?

Mamadou Bah Baadiko: je dois répéter que la vocation d’un parti politique surtout comme le nôtre est d’être présent à toutes les batailles électorales. Nous verrons en interne. Dès maintenant, nous allons réfléchir à comment nous allons nous organiser pour participer à ces élections d’une manière ou d’une autre : soit en alliance avec d’autres, soit nous-mêmes. C’est ça la logique d’un parti qui se veut démocratique.

Guineenews©: vous avez indiqué les conditions dans lesquelles la présidentielle devrait se tenir selon votre vision. Mais il y a une précision à faire concernant la candidature ou non de l’actuel président de la République. Quelle sera votre attitude en cas de candidature du président Alpha Condé?

Mamadou Bah Baadiko: pour nous, de toutes les façons, s’il se présente, ce sera dans le cadre d’un troisième mandat. C’est un acte illégal mais ce ne sera pas la première fois que le pouvoir pose des actes illégaux. Il ne fait que cela depuis 2011. Donc nous n’allons pas dire que nous acceptons mais…si jamais son parti n’a pas d’autres candidats que lui, nous serons obligés de le relever mais ce n’est pas à nous de nous rendre justice.

Guineenews©: l’actualité, c’est aussi le remaniement ministériel intervenu le vendredi 19 juin 2020. Quelle est votre lecture?

Mamadou Bah Baadiko: Je dis que la montagne a accouché d’une souris. Beaucoup s’attendaient à des chambardements. Mais là, le président de la République a vraiment choisi la stabilité pour asseoir une équipe de combat pour le troisième mandat. Donc quelques permutations, quelques mouvements sans grande importance, quelques sanctions apparemment. Mais fondamentalement, on ne voit absolument aucune ouverture, que nous n’attendions pas de toutes les façons, mais c’est à noter. Il n’y a aucune ouverture. C’est un gouvernement qui n’est pas là pour travailler. L’unique tâche qu’il aura, c’est de faire gagner le candidat du pouvoir aux prochaines élections. C’est ce que nous comprenons.

Guineenews©: avant ce décret, un autre avait été pris par le président de la République, concernant l’installation des conseils de quartiers et de districts. Comment avez-vous réagi à cela, en sachant que cette installation devrait intervenir juste après les élections communales de février 2018?

Mamadou Bah Baadiko: la première réaction, c’est de dire à la bonne heure! Justement parce que nous sommes dans un système dictatorial. On ne respecte pas les textes qui sont parfois piétinés. Ils sont à la disposition du pouvoir comme il le veut, comme on l’entend. On a vu même quand il (le pouvoir ndlr) se retrouve avec un texte légal mais qui ne lui plaît pas, comme la constitution, il n’hésite pas de le modifier pour dire que c’est la dernière version-là qui est valable.

Donc on n’est toujours pas sous le règne de la loi parce que ces installations auraient dû avoir lieu depuis longtemps. Nous estimons que mieux vaux tard que jamais. Mais ça illustre encore une fois le fait qu’on n’admet absolument pas les actes du pouvoir. C’est à propos de cette situation justement, à l’assemblée nationale, j’espère que vous savez que je suis député, nous avons un nouveau code électoral à discuter. Et là-dedans, un  des points sur lesquels les discussions ont achoppé, c’était le risque de réactivité des lois, parce la nouvelle loi ne prévoit pas que les conseils de quartiers et de districts soient élus.

Ils vont être purement et simplement nommés par l’administration, sans même qu’on nous précise dans quelle condition. Donc si la loi (nouveau projet de code électoral ndlr) était votée telle qu’elle, on se posait la question de savoir s’il y aurait rétroactivité ou non par rapport aux précédents qui ne sont pas installés plus de deux ans et quelques mois après l’élection. Donc ça nous règle un problème qui était une véritable épine du pied mais en même temps ça ouvre un débat qui est en cours à l’assemblée. Il s’agit de savoir quelles sont les fonctions réelles du chef de quartier ou de district?

Est-ce que qu’il est détenteur d’un pouvoir étatique ou il est là dans un esprit partisan pour travailler pour son parti et non pour la collectivité? Le problème n’est pas résolu. Nous espérons qu’on va y arriver. Mais que ces éléments (membres de conseils de quartiers, ndlr) soient nommés par leurs partis, l’anomalie demeure. C’est qu’ils détiennent un certain pouvoir alors qu’ils ne sont pas du tout au service de la collectivité, ils sont soit au service du pouvoir, soit au service du parti qui les a installés. C’est l’ancien système de condominium qui a produit ça et les résultats on les a même vus au mois de mars dernier à l’occasion du double scrutin…