Présidentielle du 18 octobre: Cellou rejoint le casting à tâtons

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Le gouvernement qui craignait certainement d’être taxé de vouloir organiser un scrutin présidentiel à sens unique, peut dorénavant se frotter les mains, vu que  le leader de l’Union des forces démocratiques de guinée (Ufdg) et principal opposant au régime vient de valider son ticket de participation au vote du 18 octobre prochain. Une candidature qui pourrait légitimer cette élection dont l’enjeu pour l’opposition est de « chasser » Alpha Condé du pouvoir par la voie des urnes.

C’est désormais acté,  Cellou Dalein Diallo sera bel et bien du rendez-vous du 18 octobre. C’est après une longue  réflexion sur fond  de  tergiversation que  le principal opposant  à Alpha Condé se serait finalement résolu à se mettre sur les rangs pour la présidentielle, susurre un de ses proches.

On s’apprête donc à  revivre le casting de 2010 et 2015, où le scrutin  s’était  joué dans un mouchoir de poche entre les deux éléphants de la scène politique.

C’est bien entendu Alpha Condé qui était parvenu à prendre le dessus lors de ces deux joutes électorales. D’abord en 2010, par une remontada au second tour, dont lui seul a le secret, alors qu’au premier tour, il avait été battu à plate couture par son challenger, n’ayant récolté que le faible score de 18, 25%.

C’est donc à la surprise générale que Dalein, arrivé en tête avec 43, 69% des suffrages au premier tour, avait trébuché sur la dernière marche du podium.

Le leader de l’Ufdg avait certes accepté le verdict des urnes, tout en continuant à se cristalliser sur sa défaite.

Dans l’espoir sans doute de prendre sa revanche en 2015. Là encore le mano à mano entre Alpha et Cellou profita au candidat du Rpg arc-en-ciel. Pendant que l’opposition se répandait en récrimination, le camp présidentiel se vantait d’avoir bénéficié de la  prime au sortant.

Pour cette présidentielle qui s’annonce à grands pas, on ne s’attendait pas à ce que le chef de l’Etat actuel puisse se représenter. Quand on sait que la constitution sur la base de laquelle il s’était fait élire à la magistrature suprême limitait le nombre de mandat à deux.

Mais Alpha Condé contre toute attente, a procédé à un forcing, en procédant à un replâtrage constitutionnel. La nouvelle constitution adoptée dans des conditions dignes d’un univers orwellien, permet désormais au président de rempiler pour un nouveau mandat.

Comme il fallait s’y attendre, cette tentation du troisième mandat a réveillé les vieux démons, plongeant le pays dans l’incertitude, avec à la clé des violences qui se sont soldées par des dizaines de victimes.

C’est dans ce climat délétère que le vote du 18 octobre va se dérouler. Le Front national pour la défense de la constitution (Fndc), étant toujours vent débout contre la candidature du président à un mandat de « trop ».

Le Front qui ne pense pas à la tenue d’élections régulières à l’issue de ces joutes, a même recommandé de manière tacite à ses membres, notamment les partis politiques, à boycotter ce vote. Soupçonnant l’exécutif d’organiser un scrutin taillé sur mesure pour Alpha Condé.

Mais si Lansana Kouyaté et Sydia Touré, respectivement leaders du Pedn et de l’Ufr se sont rendus aux raisons du Front, d’autres opposants ont eux, décidé d’en découdre par la voie des urnes.

C’est le cas du Dr Ousmane Kaba, de Me Kabèlè et de Cellou Dalein Diallo.

Discours martial d’un opposant sur la brèche

Dans son investiture d’investiture de ce dimanche, Dalein était d’humeur martiale. Lui, qui a semble avoir fait sa mue.

Si en 2010, il était en sucre, le président de l’Ufdg a désormais la carapace d’un animal politique.

Après avoir harangué la foule mobilisée pour son investiture, Dalein a dressé un sombre tableau des 10 ans de gouvernance du président sortant, avant de battre le rappel de ses troupes pour un vote massif le jour J.

« J’accepte votre mandat en espérant aussi que le dialogue politique inter-guinéen annoncé par la CEDEAO se tiendra et examinera de manière objective les revendications de l’Opposition politique, conformément à notre droit national et au Protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance », a prêché l’opposant.

Tout en rappelant dans la foulée le chapelet de revendications  soumises à la délégation conjointe de la CEDEAO, de l’UA et des NU lors des deux réunions préparatoires de ce dialogue.

Des revendications portant sur « l’annulation du double scrutin du 22 mars ; l’audit et l’assainissement du Fichier électoral ; l’achèvement des élections locales du 4 février 2018 par l’installation des Conseils de
quartier et de district ainsi que des huit Conseils régionaux ; l’ouverture du processus électoral aux partenaires traditionnels de la Guinée dans
l’organisation des élections, notamment l’UE, l’OIF et les NU et enfin  l’envoi d’une mission tripartite (CEDEAO, UA, NU) pour faire le bilan des violences
policières lors des manifestations du FNDC contre le troisième mandat ».

Dans tous les cas prévient-il,  « nous serons là, dans les urnes, dans la rue, sans tanks ni fusils mitrailleurs, sans faux bulletins pour bourrer les urnes et nous ferons face à toute volonté de confiscation de nos suffrages et pour imposer la vérité des urnes. Nous avons une seule arme, la plus grande de toutes : le peuple. Et le peuple gagne toujours. Je serais devant la pointe de l’épée, le fer de lance, la poudre du canon. Nous ne déserterons pas ! Je ne déserterais pas ! Dans ce champ de bataille, je ne fléchirais pas », a-t-il juré.

On s’attend donc à vivre un face à  face ultime entre  un opposant opiniâtre et un président qui a pris ses aises.

Si au départ, des pronostiqueurs présidaient une victoire du président Condé, les doigts dans le nez, la présence de Dalein qui vient de se confirmer dans le casting de cette présidentielle  du 18 octobre, va les contraindre à revoir leurs tickets.

Car le candidat de l’Ufdg est loin d’un outsider. Sans oublier que depuis 2010, beaucoup d’eau a coulé sous le pont, sans que les attentes des Guinéens ne soient comblées par ce pouvoir certes prodigue en promesses.

De quoi donner quelques soucis au champion du Rpg. Bien que la présence de Dalein vienne légitimer ce scrutin a sens unique.